COVID-19: Quelques précisions et quelques questions sur les deux premiers vaccins

En peu de temps, deux compagnies auront annoncé des premiers résultats concernant la mise au point d’un vaccin contre le coronavirus à l’origine de la COVID-19. Le moment de faire un point sur ces annonces et de préciser certains points.

Coup sur coup la biotech allemande BioNTech associée au géant américain Pfizer, puis la biotech US Moderna auront donc publié des communiqués de presse très longs pour annoncer des résultats très prometteurs de leur candidat vaccin.
Deux sociétés différentes mais un point commun : le vaccin repose sur une technologie dite d’ARN messager, mRNA en anglais. Nous y reviendrons.
Il faut en effet dire d’emblée que les résultats sont des données d’étape. Le régulateur, en l’occurrence l’agence sanitaire américaine FDA, a défini trois étapes à franchir avant de donner un éventuel feu vert aux candidats vaccins.

Un peu à la façon des solitaires embarqués sur le Vendée Globe, les deux biotechs ont viré le premier cap. Il en reste deux.
On doit donc considérer les résultats annoncés, aussi bons puissent-ils être, comme des premiers résultats, pas du tout comme des résultats définitifs.
D’autre part, ces résultats n’ont été soumis ni aux agences sanitaires, ni publiées dans des revues scientifiques. Ainsi , les scientifiques du monde entier n’ont pas vraiment de réponses à un certain nombre de questions que posent ces résultats.

Les communiqués des deux sociétés ont surtout un but : rassurer les investisseurs et les milieux financiers. Accessoirement permettre aussi des prises de bénéfices. Le PDG de Pfizer, Albert Bourla a ainsi, tout à fait légalement, enregistré un gain de près de 4,7 millions d’euros le lendemain de l’annonce de son laboratoire, grâce à la vente de plus de 200000 titres.

Passons maintenant à la partie un peu plus technique.
Ces deux vaccins font appel à une technologie jamais employée à ce jour. Jusque là les vaccins ont fait appel à des virus vivants inactivés, à des virus morts, à des portions de virus. Là pour la première fois on a synthétisé une partie du programme du virus et on veut, en l’injectant, faire fabriquer par les cellules de la personne vaccinée, un morceau de virus afin de le faire identifier par notre système de défense.

On sait que pour entrer dans nos divers organes, le coronavirus SARS-CoV-2 s’accroche à la paroi de nos cellules à un récepteur baptisé ACE 2. Cet accrochage se fait grâce à un système d’amarrage, nommé spicule et constitué par une protéine, la protéine S.
Le virus dont le patrimoine génétique est constitué d’ARN et non d’ADN comme chez l’être humain a besoin de cette protéine S.
On a donc, en laboratoire, synthétisé la réplique du programme qu’utilise le virus pour fabriquer le spicule.
En fait, le programme, sous forme d’ARN messager , est une sorte de bande magnétique qui va être lue par une tête de lecture dénommée ribosome. Tous les 3 « mots », un acide aminé est appelé et à chaque fois vient s’accrocher tel un wagon au précédent. Une fois le train formé, un polypeptide, la chaine va prendre une forme en 3D et former la protéine S qui va sortir de la cellule.
Mais là, malheur à elle ! Notre organisme n’aime pas du tout ce qui est étranger. Le seul moment de tolérance est pour le fœtus, formé de 50 % de matériel venant du père.
Donc ces spicules vont déclencher la mise en œuvre des patrouilleurs qui vont les identifier et les signaler à nos cellules de défenses spécialisées qui les intercepteront et les détruiront.
Et elles gardent tout cela en mémoire, ce qui fait que, théoriquement, le jour où le coronavirus se présentera pour de bon, il sera immédiatement identifié par sa protéine S et neutralisé.

Apparemment, les deux vaccins ont plutôt bien fonctionné dans la première phase . Parmi les dizaines de milliers de volontaires, la moitié vaccinés, l’autre moitié recevant un placebo, il y a eu une protection allant de 90 à 94,5%. Ainsi dans l’essai Moderna, le groupe placebo a connu 90 cas de Covid-19, le groupe vacciné 5.
Mais, redisons-le, ces données n’ont pas fait l’objet d’une publication et il reste des inconnues.
Une personne vaccinée peut-elle, par exemple, contracter néanmoins le virus et le disséminer sans être elle-même malade ?
Le vaccin prévient-il des formes graves, celles qui conduisent en soins intensifs et en réanimation avec un syndrome de détresse respiratoire aigüe ?
Combien de temps le vaccin protège-t-il et , hormis les anticorps, entraine-t-il une mobilisation de cellules de défense dite immunité cellulaire ?

Si on peut être serein sur le fait que cet ARN messager n’a aucune chance d’être traduit en ADN et incorporé dans notre patrimoine génétique, on ne sait évidemment rien des effets )à long terme de ces vaccins.

Comme pour le Vendée Globe, il va falloir attendre le franchissement des deux prochains caps (à ce jour les solitaires n’ont pas passé le cap de Bonne Espérance). Donc pour des raisons de sécurité et d’efficacité le vaccin ne sera disponible au plus tôt que dans quelques semaines.
Si les bons résultats se confirment, si les données sont vérifiables et vérifiées en toute transparence, la vaccination deviendra alors une option intéressante faute de pouvoir assurer une immunisation « grégaire », immunisation de masse, de façon naturelle. Elle supposerait d’accepter de payer un prix fort avec des morts par dizaines de milliers.

Les spécialistes du complot et les antivax vont redoubler d’efforts, de mensonges et d’intoxication.
Il faudra face à cela de la transparence, de la bonne science et beaucoup de pédagogie.

Ce ne va pas être simple .

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