Cancer ASCO19 : mieux traiter les métastases, améliorer la qualité et la quantité de vie

C’est la plus importante conférence médicale dans le domaine de l’oncologie. La session annuelle de l’ASCO qui durera jusqu’au 4 juin à Chicago, réunit plus de 40000 spécialistes, dont la moitié d’étrangers. Des milliers d’études exposées, présentée, discutées.

Les habitués voient cette édition 2019 comme une année moyenne, pas un grand cru. Il faut dire que mener des études prends des années, les analyser encore des années, et il faut donc laisser du temps au temps.

Mais ce qui semble néanmoins émerger de ce programme c’est la multiplication d’études concernant des formes avancées de cancers. Sein, poumon, prostate, colon, un peu moins pancréas, les choses bougent.

Il y a encore quelques années, parler de métastases c’était prononcer la condamnation à plus ou moins court terme en même temps. Aujourd’hui, on ne parle toujours pas de guérison face à la découverte ou à la progression de métastases. Mais on ose parler de rémission et devant certaines images obtenues après traitement par immunothérapie, par exemple, on se demande si la route n’est pas en train de s’ouvrir.

Et même si la guérison reste un but inatteignable dans beaucoup de cas, de nouvelles molécules sont en train de transformer certaines situations de façon spectaculaire.

Dans certaines formes de cancers du sein avancés, on arrive non seulement à freiner considérablement la progression de la maladie, mais aussi à montrer qu’on peut réduire la mortalité de façon importante.

Dans des formes elles aussi très avancées de certains cancers du poumon, on a vécu en quelques années d’incroyables bouleversements. Là où les statistiques disaient que dans des formes avancées, seuls 5% des patients diagnostiqués 5 ans plus tôt étaient toujours vivants, on constate aujourd’hui que pour certains, pas les plus nombreux hélas, cette survie a été multipliée par 3, voire par 5.

Imaginer que 25 % de patients puissent toujours être là cinq ans après la découverte d’un cancer du poumon étendu et inopérable, personne n’aurait oser l’imaginer.

Et que dire de la prise en charge des mélanomes cutanés, dont le pronostic était si souvent désespérant.

Là encore, des progrès thérapeutiques, des thérapies ciblées, des associations de médicaments et, bien sûr, l’immunothérapie, ont montré des résultats qui poussent certaines équipes à envisager, sur la pointe des pieds, de pouvoir dire le mot tabou de « guérison ».

On voit, en même temps, émerger des molécules capables, de façon expérimentale, d’aller combattre des tumeurs contre lesquelles on était plutôt désarmés. C’est le cas de certains produits capables d’interférer avec ce qu’on appelle des gènes de fusion, comme NTRK. Ces molécules donnent des résultats préliminaires encourageants dans des cancers pédiatriques, en particulier des tumeurs cérébrales.

Toujours expérimentalement, un médicament utilisé dans le lymphome et certaines formes de leucémies, le venetoclax, pourrait connaitre de nouvelles indications dans certains cancers du sein métastatiques.

Beaucoup de recherches dans des secteurs trop longtemps négligés, des données encourageantes mais encore très préliminaires, des effets secondaires à évaluer et à savoir combattre et prévenir.

Et des coûts à ne pas laisser s’envoler au risque de priver de traitement celles et ceux qui, déjà en situation précaire, sont encore plus précarisés par la maladie.

Et ne pas oublier la prévention, à la fois par des interventions nutritionnelles et environnementales, par des politiques de dépistage qui reposent sur des évaluations solides, par un accès aux soins le plus égalitaire qui soit.

Indéniablement le paysage de la cancérologie bouge et change, même si on aimerait que ce soit plus rapide. Mais les progrès sont réels. Il ne faudra cependant pas se contenter de gagner de la quantité de vie si ces gains ne s’accompagnent pas de gains encore plus importants concernant la qualité de vie.

Le respect et la dignité des patients et de celles et ceux qui les aident et les entourent sont à ce prix.

Je n’ai aucun lien d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique ou des sociétés de biotechnologie. Ce que j’écris n’engage que moi.

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