Tabac : les institutions médicales n’ont pas le courage de mettre le paquet…neutre

La santé publique qui fut un point fort de la médecine française jusque dans la moitié du siècle dernier est devenue une préoccupation lointaine aujourd’hui, sauf lorsqu’elle dessert des besoins de marketing. La remise en cause du paquet neutre par Nicolas Sarkozy a été suivie d’un silence assourdissant des institutions médicales de ce pays.

Le président du parti Les Républicains (LR), l’ancien chef de l’Etat Nicolas Sarkozy a récemment brocardé l’idée d’un paquet de tabac neutre. Cette mesure, votée dans le cadre de la loi santé en décembre 2015, a été déclarée constitutionnelle par le rejet du pourvoi du groupe parlementaire LR par le Conseil Constitutionnel le 21 décembre 2015.

La mesure devrait donc entrer en vigueur dans quelques semaines et unifier l’emballage des paquets de cigarettes, laissant aux marques une portion très limitée sur le paquet.

A ce jour le paquet neutre est utilisé seulement en Australie, depuis 2012. Mais treize pays, dont la France, vont l’instituer dans les deux ans qui viennent.

Le paquet neutre n’est pas vu comme une panacée mais comme un moyen ajouté à d’autres de rendre moine « sexy » le tabac. D’ailleurs des études menées en Australie montraient que les fumeurs avaient la sensation que les cigarettes issues de paquets neutres avaient moins de goût qu’avec les paquets classiques, alors que le produit est identique.

La charge de Nicolas Sarkozy contre ce paquet neutre et l’évocation de la mise à mal des terroirs peut donc paraître assez bizarre. Faut-il rappeler que la culture du tabac en France représente seulement 7000 hectares répartis entre 2075 exploitations.

Cela représente 70 km² dans un pays d’une surface de 550000km² soit 0,012 % de notre territoire. Un sacré terroir !

Si cette attaque a pu surprendre, voir choquer un certain nombre de personnes quand on sait le nombre de décès attribuables au tabac, environ 70000 par an, ce qui a été pour moi le plus étonnant a été l’absence quasi-totale de réactions de la part du corps médical français.

Le tabagisme n’est pas une affaire de droite ou de gauche, ni du centre ou des extrêmes. C’est une question de santé publique dans toute l’acception du terme : aspect médical certes, mais aspects économiques et sociaux également.

Les morts prématurées des fumeurs et des fumeuses plongent les familles dans la détresse et dans des difficultés souvent insurmontables.
Les dépenses de santé pour traiter les cancers et autres affections, les pertes de revenus, les arrêts de travail coûtent bien plus cher à notre société que les taxes rapportées par le tabac.

Ces aspects les médecins les connaissent et les touchent du doigt dans leur pratique, que ce soit le médecin de famille ou le spécialiste, le libéral ou l’hospitalier, sans oublier les chirurgiens dentistes et les sages-femmes.

Or, on n’a quasiment rien entendu de la part de ces professionnels de santé après la sortie de Nicolas Sarkozy.
Bien sûr le Pr Dautzenberg a parlé ainsi que Michèle Delaunay, députée et oncologue.

Mais c’est à peu près tout.
Pourquoi l’Académie de médecine, dont le rôle est de conseiller les pouvoirs publics, est-elle restée muette ? L’honorable Compagnie de la rue Bonaparte a-t-elle eu peur de provoquer un choc chez ses membres les plus fragiles ?

Où étaient les multiples sociétés savantes, notamment celles qui regroupent des cardiologues ou des pneumologues, concernés au premier chef ?

Ne sont-elles pas capables d’avoir le courage de parler du tabac et de ses fléaux ?
Elles savent être moins timides sur d’autres sujets, qu’elles abordent avec l’aide de partenaires industriels parfois.

Encore une fois, la question du tabac dépasse les clivages politiques et mérite un tant soit peu d’engagement et de courage.

Ils devraient, par exemple, regarder de l’autre côté de la Manche pour voir ce que peut être l’implication des professions de santé sur des questions sociétales.

En Grande-Bretagne il y a la British Medical Association, la célèbre BMA. Elle est à la fois un syndicat et une organisation professionnelle pour les 170000 médecins britanniques.

Depuis de longues années, la BMA a été en première ligne contre le tabac et les manufacturiers. Elle a ainsi désinvesti tous ses avoirs dans des sociétés cotées en Bourse et qui avaient directement ou indirectement des activités liées au tabac. Elle a demandé à tous ses membres d’en faire autant à titre individuel.

La BMA a pris position en faveur du paquet neutre et a fait le siège du gouvernement et du parlement en ce sens. Elle ne s’est pas posé la question de savoir si ainsi elle jouait en faveur des Tories, du labour ou des LibDem.

Pour rappel et en comparaison, quand la loi Evin est venue devant le Parlement en France, il y a eu un appel en sa faveur signée par…550 médecins sur les 150000 que comptait notre pays !

Face au tabac, le corps médical français devrait faire preuve d’un peu plus de courage et de responsabilité. Vu les ravages liés à l’herbe à Nicot, le temps n’est plus à mégoter.

 

LIRE :

la prise de position de la BMA en faveur du paquet neutre

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