Cancer/ASCO15 : l’explosion de l’immunothérapie ou comment on rééduque notre système de défense pour qu’il redevienne un tueur de tumeurs.

C’est au minimum une avancée importante, peut-être même beaucoup plus. Mais il faut encore savoir raison garder quand on parle de la nouvelle arme anti-cancer, l’immunothérapie. Une forme de traitement qui sera la grande vedette du prochain congrès de l’ASCO, le sommet annuel de la cancérologie, du 29 mai au 2 juin 2015 à Chicago.

Les noms sont quasi imprononçables : pembrolizumab, ipilimumab ou encore nivolumab, MPDL3280A. Des terminaisons en « ab » pour désigner des anticorps (AntiBodies) ces armes que la médecine a développées pour gérer un certain nombre de situations dans lesquelles notre système de défense présente des anomalies.

Le monde de la cancérologie ne pouvait pas rester loin de ce type d’arsenal tant cette maladie est causée par l’impossibilité de notre système immunitaire à se débarrasser de l’intrus qu’est le cancer.

Petit rappel : notre système de défense ne tolère pas ce qui est étranger à notre organisme. Tout élément étranger est traqué, identifié et détruit.
Seule exception notable, le fœtus que porte la femme enceinte, bien que la moitié de son matériel génétique provienne du père, donc d’un élément extérieur !

C’est ainsi que nous éliminons chaque jour des paquets de cellules anormales dont certaines sont franchement cancéreuses.

Tueurs nés

C’est le rôle de « patrouilleurs », des globules blancs appelés lymphocytes T d’organiser cette chasse à l’intrus.

Ces cellules de défense peuvent aussi freiner les ardeurs de leurs congénères et abaisser un peu la garde grâce à une protéine appelée PD-1, pour Programmed cell Death ou « mort cellulaire programmée »

Sollicité, le récepteur PD-1, à la surface du lymphocyte va rendre l’organisme plus tolérant.

Et c’est exactement ce sur quoi comptent les cellules cancéreuses.

Normalement, tels une escadrille de chasse, les lymphocytes T fondent sur la tumeur pour la tuer.

Mais la cellule cancéreuse sort son « joker », ce qu’on appelle un ligand, une sorte de bras implanté sur sa surface et qui vient s’emboiter dans le récepteur PD-1 du lymphocyte T.
Cette « poignée de mains » va entrainer une baisse de la garde de notre système immunitaire, qui va laisser tranquillement la cellule cancéreuse croitre, se diviser, proliférer et migrer vers diverses parties de l’organisme pour créer des métastases.

Depuis quelques années, la recherche s’est intéressée à cette collaboration contre nature et à la façon d’y mettre fin.

Les projets se sont donc mis en place, qui cherchent à redonner leur « légitimité » aux cellules de défense et à les amener à retrouver non seulement leurs fonctions d’attaque, mais aussi les amener à recruter d’autres cellules de défense afin de »nettoyer » l’organisme de toute présence de cellules suspectes.

Finie la poignée de mains funeste

Après bien des années, on a commencé voici trois ou quatre ans à tester des produits capables théoriquement de répondre à ce cahier des charges. Ce sont des anticorps, des substances synthétisées en laboratoire, qui viennent se coller sur les récepteurs un peu comme un bouchon qu’on enfoncerait dans un goulot.

Empêcher la liaison entre le récepteur PD-1 et le ligand PD-L1 peut se faire de deux façons :
Bloquer le récepteur du lymphocyte par un anticorps anti PD-1, comme le pembrolizumab ou bloquer le ligand porté par la cellule tumorale par un anti PD-L1 comme le MPDL3280A.

Ces anticorps une fois en place, la « poignée de mains » mortelle ne peut plus se faire. Le système de défense subit une rééducation et un entrainement lui apprenant à nouveau à attaquer et détruire ces cellules tumorales étrangères.

Ces molécules sont administrées seules ou en combinaison, sans chimiothérapie associée.

Avec le temps les essais se sont multipliés et pour des pathologies cancéreuses très variées tant les espoirs ont été grands.

L’engouement ne faiblit pas mais au fur et à mesure que rentrent les résultats on constate qu’actuellement, globalement, ces traitements entrainent des réponses très importantes chez environ un tiers des personnes ainsi traitées.

Des résultats surprenants

Un tiers pourrait paraitre peu mais c’est en fait énorme. Les malades inclus dans les essais sont des patients ayant des formes très avancées de leur maladie cancéreuse, avec une dissémination métastatique et pour lesquels on n’avait quasiment plus de traitements à offrir, sauf au prix de très lourdes toxicités pour des bénéfices très aléatoires.

Les résultats les plus encourageants et les plus spectaculaires concernent actuellement les cancers du poumon, plus précisément ceux dits « non à petites cellules » et, dans un autre domaine, le mélanome métastatique, une forme très sévère de cancer de la peau. Des essais encourageants sont aussi en cours dans des tumeurs de la vessie.

Ces traitements par immunothérapie stabilisent les lésions les font même régresser, voire disparaître quasiment totalement pour des périodes de plusieurs mois, et même dans certains cas et malgré un recul encore limité, de plusieurs années.
Une dermato-oncologue me confiait avoir traité ainsi un patient promis à une mort certaine dans les semaines qui suivaient et qui, huit ans après est toujours vivant.
Et un pneumologue raconte en souriant, l’anecdote d’un patient très en colère d’avoir patienté une heure en salle d’attente et que cela se reproduisait trop souvent à son gré depuis trois ans. « Il ya trois ans il n’avait que deux mois devant lui et l’immunothérapie a totalement stabilisé sa maladie » dit le spécialiste. « J’ai parfois envie de lui dire qu’être là trois ans plus tard grâce à l’immunothérapie ça doit faire passer les retards de la consultation »

Bonne tolérance

Fatigue, nausées, perte d’appétit sont les effets secondaires les plus souvent constatés, mais à des degrés relativement peu agressifs. Il existe aussi des atteintes beaucoup plus sévères mais, heureusement plus rares, de type dysimmunitaires, comme des colites avec risque de perforation intestinale ou des atteintes de la glande hypophyse entrainant de graves dysfonctionnements

De façon un peu inattendue, les spécialistes ont constaté que même une fois le traitement suspendu ou arrêté, les effets subsistaient comme si la rééducation avait porté ses fruits et que le système immunitaire avait compris qu’il s’était fourvoyé et avait repris le droit chemin de la destruction du cancer.

Cet effet rémanent a un double intérêt théorique. Le premier serait de pouvoir traiter les patients pendant un an environ, puis cesser tout en les surveillant et reprendre le traitement en cas de rechute.

Le second serait économique. Ces produits issus des biotechnologies sont extrêmement coûteux, jusqu’à sept à dix mille euros par flacon ! Pouvoir donc limiter la durée du traitement soulagerait également les finances publiques.

 

Notules d’informations

A partir du 29 mai, je vous rapporterai les informations essentielles de la conférence de l’American Society of Clinical Oncology, l’ASCO.

Et comme j’ai quelques « amis » qui ne me veulent que du bien, je signale que mon voyage et mon hébergement sont payés par France 2 et personne d’autre . Ma rédaction , malgré un contexte pas facile, juge en effet important que nous couvrions un tel événement et je l’en remercie

 

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