Angelina Jolie : elle parle de son ablation des ovaires pour informer les femmes, pas pour sa pub.

Après avoir choisi de subir une mastectomie préventive en 201, l’actrice Angélina Jolie annonce aujourd’hui qu’elle a subi une ablation des ovaires et des trompes, toujours à titre préventif. Elle est porteuse, en effet de la mutation BRCA1, une anomalie qui favorise l’apparition de cancers du sein et de l’ovaire.

En 2013, l’annonce de sa mastectomie par l’actrice elle-même avait soulevé beaucoup d’émotion. Ce geste vécu légitimement par les femmes comme une mutilation, a té fait non pas à titre curatif mais prophylactique. La star est en effet porteuse d’une mutation génétique dite BRCA1 (il existe aussi une version BRCA2).

Ce gene BRCA1/BRCA2 joue un rôle essentiel dans la cellule. Il répare les lésions de l’ADN prévenant ainsi la dérive de la cellule vers la cancérisation.
Mais si le gene est muté, donc anormal, il ne joue plus ce rôle salutaire de réparation.

Les femmes porteuses de ce gene BRCA1 (BReast CAncer 1, ou cancer du sein 1) courent le risque de développer un cancer du sein très jeunes, souvent avant 40 ans, et cette probabilité est, selon les études, de 40 à 60 %.

Cette même mutation peut entraîner des cancers de l’ovaire.
A noter que la mutation concerne aussi les hommes, avec pour traduction, des formes de cancers de la prostate.

Quand ces mutations sont connues, souvent après un premier cas de cancer chez une femme jeune, il y a deux possibilités, la première étant une surveillance régulière active faisant appel à une imagerie impliquant souvent l’IRM.
La seconde option est la chirurgie à titre prophylactique, comme dans le cas de l’actrice.
On enlève la glande mammaire de façon bilatérale.
Cependant, on n’obtient pas pour autant un risque &zéro ensuite, le risque résiduel de cancer est de l’ordre de 3 à 5 %.

L’ablation des trompes et des ovaires est généralement faite dans un second temps, après que la femme a donné naissance à son ou ses enfants. Aux Etats-Unis, elle est proposée généralement après 35 ans.

La conséquence de ce geste est d’induire une ménopause chez des femmes encore jeunes.

Revenons à 2013 et à l’annonce de la mastectomie d’Angelina Jolie.
Cette annonce avait, outre-Atlantique, amené à faire prendre conscience à de nombreuses femmes de l’existence de cette mutation BRCA1, retrouvée dans certaines populations issues du nord de l’Europe mais aussi d’Europe Centrale, notamment chez les femmes juives ashkénazes.

Le test de dépistage coûte plusieurs milliers de dollars et la question de l’accès à ce test pour beaucoup de femmes américaines s’est posé de façon aigue.

L’autre effet a été une augmentation de la demande de mastectomies préventives.

En France, le retentissement a été moindre mais non négligeable.
Notre pays a la chance de posséder un maillage du territoire par des services dit d’oncogénétique. Dans ces services, des femmes peuvent consulter et, si nécessaire bénéficier de la recherche de la mutation du gene BRCA1.
Cette recherche est totalement prise en charge.

Mais, paradoxalement, trop peu des femmes concernées utilisent cette possibilité de consultation.

La position française est de proposer une surveillance active plutôt que la chirurgie prophylactique.
Or, cette annonce a poussé de nombreuses femmes à s’enquérir de la possibilité de se faire opérer. Même des femmes non porteuses de la mutation mais chez lesquelles il y a eu des proches concernées par un cancer du sein à un âge relativement jeune, mais au-delà de 50 ans.

Il faut dire que la tendance française, partisane de la surveillance, n’a sans doute pas toujours délivré aux femmes concernées toutes les informations nécessaires sur les diverses options thérapeutiques.

Or, la décision ne doit en aucun cas être imposée aux femmes, mais c’est à elles de décider en fonction des informations reçues, de leur connaissance des risques et des bénéfices des diverses méthodes possible.

En cela, Angelina Jolie aura permis de mieux faire connaitre ces options, comme je l’avais déjà souligné dans un article de ce blog.

Enfin, je voudrais terminer en vous proposant de lire deux références. Il y a d’abord un article de Michèle Rivasi, députée européenne EE-LV, publié dans le Huffington Post. Cet article où l’incompétence le dispute à la bêtise avait laissé entendre que l’action de l’actrice était en fait un coup des industriels de la prothèse. Comme si choisir une double mutilation pouvait s’apparenter à un coup commercial.

Le second morceau d’anthologie est un tweet de Christine Boutin. Le lire suffit, tout commentaire est superflu.

 

LIRE :
L’article du blog consacré à la double mastectomie d’Angelina Jolie 

La situation sur le dépistage des cancers héréditaires en France

L’article de Michèle Rivasi du 28/05/2013 dans le Huffington Post 

Le tweet de Christine Boutin

Une synthèse du JAMA sur les risques de cancer chez les porteuses de mutations.

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