PMA : Ces questions qu’on n’évoque pas et dont on ne peut faire l’économie.

Le Comité consultatif national d’éthique, CCNE a rendu un avis favorable ce 27 juin 2017 concernant l’accès à l’assistance médicale à la procréation, AMP, pour les femmes seules et les couples lesbiennes.

Cet avis est, rappelons-le, consultatif et n’a donc pas de valeur autre. Ce n’est pas une décision réglementaire et l’exécutif peut suivre ou ne pas suivre.

Il semble cependant évident que le Président de la République attendait cet avis avant de se prononcer officiellement et de faire voter une loi en ce sens.

Au-delà du débat politique et philosophique qui ne va pas manquer d’être agité, il y a au moins deux points sur lesquels il faudra apporter de toute façon des réponses.

 

Dons en quantité iinsuffisante

Le premier point concerne l’IAD, l’insémination artificielle avec donneur. Le donneur est anonyme, le don est bénévole. Le sperme recueilli a subi une série complexe et complète d’analyses bactériologiques et virales afin de s’assurer de sa qualité.

Ce type de traitement est actuellement réservé aux couples dont le conjoint masculin est stérile ou s’il existe parfois une forme d’allergie au sperme de ce conjoint.

Le gros, voire très gros problème en France, c’est la rareté des donneurs. Il faut qu’il soit déjà père d’enfants en bonne santé et, redisons-le, le don est anonyme, bénévole et le nombre d’utilisations à partir d’un même donneur est limité pour éviter un risque hypothétique de consanguinité.
Ce qui fait que des couples ayant une stérilité médicale établie doivent attendre longtemps pour pouvoir espérer bénéficier de l’IAD. le délai actuel est d’environ 18 mois.

le coût varie selon les établissements et les dépassements d’honoraires éventuels. la fourchette est d’environ 100o à 1500 euros.

Une fois la procédure ouverte à toutes, comment va-t-on fixer les priorités ? Il faudra bien, si la pénurie dure, faire des choix.
Entre une stérilité médicale avérée et un désir d’enfant non rempli en raison de conditions autres que médicales, qui doit passer en première ?

Autre technique d’AMP, la fécondation in vitro ou FIV.

Elle fait appel à une technique beaucoup plus lourde, au cours de laquelle des ovocytes de la femme, après stimulation médicamenteuse ovarienne sont  recueillis par des techniques de ponction de l’ovaire , au moyen d’une sonde traversant la paroi du vagin sous repérage échographique.  Ils seront ensuite fécondés en laboratoire par des spermatozoïdes du conjoint ou d’un donneur.

 

Une fois fécondés, les ovocytes sont implantés dans l’utérus afin de se développer et de donner une grossesse.
Cette technique, assez lourde et pénible pour la femme en raison des stimulations ovariennes, est prise en charge par l’assurance-maladie dans la limite de quatre tentatives et pas au-delà de 43 ans pour la future mère.

Chaque cycle complet de FIV revient environ à 4000 euros, donc 16000 euros pour les quatre tentatives actuellement couvertes. Sans garantie de réussite, bien évidemment.

Prise en charge solidaire ou personnelle

Là se pose une question économique : face à ce qui n’est en aucun cas une ou une infertilité d’un des membres du couple, mais qui correspond à ce qu’on nomme désormais une « stérilité sociétale », qui doit payer les sommes impliquées dans la réalisation d’une procédure d’assistance une fois encore « médicale » ?

Est-ce un geste qui ne doit pas être pris en charge, créant de fait une distorsion et une inégalité entre les couples féminins en fonction de leurs revenus.
Faut-il moduler la prise en charge en fonction des ressources ?

Faut-il enfin faire supporter le coût à la collectivité ? Dans ce cas, comment expliquer alors que d’autres situations pathologiques soient moins bien prises en charge ? On ne coupera pas à des arguments concernant, par exemple, les soins dentaires ou la prise en charge des lunettes.

A partir du moment où une technique, mise au point pour traiter une pathologie comme la stérilité de couple, devient une méthode pour répondre à une demande sociétale sans considération médicale, on ne peut éviter certains débats liés à notre système de prise en charge solidaire et aux choix à faire en situation de pénurie.

Les mentionner est une obligation et les réfuter au prétexte qu’ils vont à l’encontre des droits des personnes homosexuelles serait une erreur.

Il y a un vrai besoin de dialogue et d’explications plutôt que de voir s’affronter deux camps à coups d’insultes et d’anathèmes.

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