COVID-19: Premières infos sur les essais sur l’humain du vaccin mRNA-1273 de la biotech Moderna

Les tous premiers résultats d’un essai sur l’être humain d’un vaccin contre le virus SARS-CoV-2 à l’origine du COVID-19 viennent d’être annoncés. Il s’agit de résultats sur la toxicité et l’efficacité. Première bonne nouvelle : les personnes vaccinées ont développé des anticorps semblables à ceux des patients guéris. Mais ce n’est que le début de l’aventure.

Il n’aura fallu que 42 jours à la biotech Moderna, basée à Cambridge près de Boston, pour mettre au point son prototype de vaccin contre le nouveau coronavirus.
Un vaccin totalement différent de ceux qui ont été employés jusque-là. Pas de virus entier, pas de virus vivant atténué, pas de particule virale.
Ce prototype de vaccin ne comporte aucun élément venant directement du coronavirus SARS-CoV-2.

C’est ce qu’on appelle un vaccin à ARN messager, en abrégé mRNA-1273.

La technologie est nouvelle et c’est pour cela qu’il n’aura fallu que sept semaines entre la connaissance du génome du virus et la mise au point du vaccin.
Ce virus a, sur sa surface des sortes de petites pointes appelées spicules. Ces spicules lui servent à s’arrimer aux cellules qu’il veut infecter et à se lier à une zone très précise où se trouve la « serrure ». Cette serrure c’est ce qu’on appelle un récepteur, en l’occurrence le récepteur ACE2.

La protéine du spicule, appelée protéine S, s’insère dans le récepteur et le virus peut entrer dans la cellule et utiliser la machinerie cellulaire pour se reproduire à des milliers d’exemplaires.

Les chercheurs américains ont synthétisé le code génétique de cette protéine S, plus précisément son ARN messager.

Un vaccin d’un type totalement inédit


Sans entrer dans un cours de SVT, on peut dire que l’ARN messager résulte de la lecture du code génétique d’une cellule, ADN ou ARN, et qu’il va être lu pour pouvoir fabriquer des protéines destinées à divers usages.
C’est un ARN qui est en quelques sorte formé de mots de trois lettres.
Imaginez le mode d’emploi pour assembler un meuble acheté dans un magasin d’origine suédoise. Tous les mots font trois lettres.
La chance c’est que la cellule dispose d’un « lecteur », qu’on appelle les ribosomes. Le message ARN passe dans les têtes de lecture et chaque triplet est lu et va s’accrocher au précédent. La chaine ainsi formée va prendre une forme en 3D et formera la protéine finale.

Dans le cas du vaccin mRNA-1273 de Moderna, la protéine S ainsi obtenue va fonctionner comme un antigène et se signaler à la surface des cellules-hôtes. On injecte l’ARN messager de la protéine S comme tout autre vaccin et cet ARN va dans les cellules. Point important, il n’entre pas dans le noyau, là où se trouve notre ADN et ne peut donc en aucun cas y insérer quoi que ce soit de façon définitive ou temporaire.


Notre organisme, pour lequel tout ce qui est étranger est suspect, va envoyer des cellules de défense voir la tété de cette protéine et, en quelque sorte la photographier et d’autres cellules vont la garder en mémoire.


En même temps, d’autres cellules encore vont développer des anticorps spécifiques contre cette protéine, des menottes sur mesure.
Si le virus s’aventure dans l’organisme et tente d’entrer en utilisant sa protéine S, des patrouilles de cellules de défense viendront lui passer les menottes, les fameux anticorps, et le détruire.

Tout cela c’est la théorie.

Le vaccin entraîne une réponse immunitaire

Voyons ce qu’on sait déjà en pratique.
Les premiers éléments sont minces. Ce qui a filtré, et fait bondir le titre de 27 % en bourse ce 17 mai, ce sont des résultats de la première phase d’essai sur 8 patients.
Trois doses ont été utilisées : 25, 100 et 250 microgrammes de préparation. Trois groupes sont évalués :
Un groupe 18-55 ans
Un groupe 55-70 ans
Un groupe 71 ans+
Pour l’instant, seuls les résultats du groupe 18-55 ans sont analysables

Selon Moderna « A J43, deux semaines après injection de la deuxième dose, dans le groupe ayant reçu 25 µg (15 personnes), le taux d’anticorps protecteurs était équivalent à celui mesuré chez des patients guéris du COVID-19.
Dans le groupe ayant reçu 100µg, le taux dépasse de façon significative celui de patients convalescents ».
Moderna va maintenant lancer deux nouvelles cohortes avec plus de patients en testant des doses de 50 et 100 µg, c r les premiers retours en termes de sécurité n’ont montré qu’une rougeur au point d’injection chez un seul patient. En revanche la dose de 250 *g a apparemment été moins bien tolérée et va être abandonnée.

Cette phase 2 devrait, si les résultats se confirmant, conduire très rapidement cet été à la mise en œuvre d’une phase 3, l’étape ultime avant la demande de mise sur le marché.
Il n’est donc, théoriquement, pas impossible que la biotech présidée par le français Stéphane Bancel, puisse faire cette demande aux autorités américaines avant la fin 2020.

Beaucoup d’inconnues encore

Mais il ne faut pas oublier que des inconnues persistent et en premier lieu, les questions sur la sécurité vaccinale. Ce vaccin serait le premier vaccin reposant sur la technologie de l’ARNm administré chez l’humain. Cet ARN reste intracellulaire et ne franchit pas le noyau où est l’ADN, ce qui est rassurant, mais il faudra surveiller ce que deviennent les personnes vaccinées.

L’autre énorme point d’interrogation concerne la durée et la qualité des anticorps ainsi développés. Nous manquons évidemment de recul face à une pandémie vieille de quelques mois seulement. Il est donc difficile de savoir combien de temps ces anticorps vont subsister. Mais l’existence du vaccin a au moins l’avantage de permettre de faire des rappels.
Il faudra aussi savoir si ces anticorps, même produits à des taux élevés, sont suffisant pour inhiber l’entrée du virus. Beaucoup d’équipes travaillent sur ce sujet.
Un récent point de vue de la revue médicale « JAMA » revient d’ailleurs sur le sujet, appelant à des travaux scientifiques de qualité et à une information du public également faite sans tintamarre.

Enfin, et ce n’est pas négligeable, Moderna a déclaré que son vaccin serait mis à disposition du monde entier. Il est cependant évident que les USA qui ont déjà investi près de 450 millions d’euros dans cette recherche demanderont à être servis les premiers.

Références :


John Carroll
Moderna posts a promising snapshot of human data for a leading Covid-19 vaccine

Endpts.com.May 18,2020 09 :46 AM

Kirkcaldy RD, King BA, Brooks JT.
COVID-19 and Postinfection Immunity : Limited Evidence, Many Remaining Questions.

JAMA. Published online May 11, 2020. doi :10.1001/jama.2020.7869

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