Vaccins AstraZeneca et Johnson & Johnson: la piste de l’adénovirus semble se préciser

Quelques jours après que les agences sanitaires ont reconnu un lien entre la survenue de rarissimes accidents à type de formation de caillots sanguins et l’injection du vaccin anti-COVID-19 d’AstraZeneca, c’est le vaccin de Johnson et Johnson ,J&J, qui est à son tour sous le feu des projecteurs avec une suspension temporaire d’utilisation. En cause, là encore, de mystérieux accidents thrombotiques.

La décision est donc tombée ce mardi 13 avril 2021 : les agences de sécurité sanitaires américaines ont demandé qu’on arrête momentanément la vaccination avec le vaccin de J&J après le signalement de six cas d’accidents liés à des caillots sanguins cérébraux. Il s’agit de six femmes, âgées de 18 à 48 ans. L’une d’entre elles est décédée, une deuxième est hospitalisée dans un état critique.

Des mécanismes d’action semblables


Comme le vaccin AZ, ce vaccin, administré en une seule fois, repose sur l’injection de plusieurs milliards d’adénovirus, des virus de la même famille que ceux qui causent les rhumes.
Ces virus, tels des capsules spatiales, contiennent une charge utile sous la forme d’un gène constitué d’ADN, et qui, une fois entré dans nos cellules va entraîner la fabrication de la protéine S, celle par laquelle le virus SARS-CoV-2, s’arrime à nos tissus pour envahir les poumons et d’autres organes

Les accidents rencontrés sont rarissimes. Il s’agit de caillots situés dans des veines du cerveau, ce qu’on appelle des sinus veineux, ou encore dans une veine drainant la rate.
Ce type d’accident , hors vaccination, est constaté entre 5 et 14 fois par million au cours d’une année
Avec le vaccin AZ on a rapporté 222 thromboses sur plus de 34 millions de personnes vaccinées, soit un peu plus de 6 pour un million.
Pour le vaccin J&J près de sept millions de personnes ont été vaccinées aux USA, ces six accidents indiquent donc un taux de 0,9 pour un million.

Un type d’accident connu mais rarissime

Ce qui intrigue les spécialistes c’est que cette formation de caillots s’accompagne d’une chute des plaquettes sanguines, une thrombopénie, avec parfois des hémorragies liées à des fuites par les Ces phénomènes étranges, on les rencontre dans des accidents médicamenteux rarissimes, liés à l’utilisation d’un anticoagulant injectable, l’héparine.
Le mécanisme est connu dans ce cas, il s’agit d’une réaction immunitaire, des anticorps venant inhiber un facteur secrété par les plaquettes, une cytokine appelée PF4

Cette cytokine, sorte de médiateur chimique, intervient lors de phénomènes de réparations lors de blessures ou de mécanismes inflammatoires.
Dans l’analyse des accidents du vaccin AZ on a pu ainsi mettre en évidence chez les personnes touchées, des taux importants d’anticorps dirigés contre cette molécule réparatrice PF4.
La question c’est bien sûr de comprendre pourquoi ce dérèglement s’est ainsi mis en place.
Et c’est là qu’intervient de plus en plus vraisemblablement la piste du vecteur, le fameux adénovirus.

Victimes du vecteur ?


Remarque préliminaire : les vaccins AZ et J&J n’utilisent pas le même adénovirus : le AZ est d’origine simienne, le chimpanzé, le J&J est d’origine humaine.
Tous deux sont « désactivés », ce qui veut dire qu’ils ne sont pas en mesure de se reproduire.
Autre rappel : on injecte plusieurs milliards de particules virales lors de chaque vaccination. Or, les leçons tirées des traitements utilisés en thérapie génique ont montré un très fort potentiel inflammatoire lié à ces adénovirus.
Mais il se passe autre chose en plus. L’une des questions est : y a-t-il un « effet-classe », c’et à dire ce type d’accident arrive-il avec tous les adénovirus ? Cela laisserait-supposer que chez certaines personnes, une portion du virus serait identifiée par le système immunitaire à tort comme ressemblant à l’héparine et que cela provoquerait une réaction immunitaire comme lors des thrombopénies induites par l’héparine, ou TIH , qui entrent dans le cadre des maladies auto-immunes.

Charges très négatives


Autre piste évoquée, celui d’une rupture d’un certain nombre d’adénovirus, relarguant ainsi leur charge utile, le gène de la protéine S sous forme d’ADN.
L’ADN a, comme l’héparine, une structure physico-chimique avec une charge négative, ce qui attire les anticorps anti-PF4 chargés positivement.

Vu la rareté des cas, ces accidents étaient indécelables lors des essais cliniques qui comportaient 40000 à 50000 personnes environ pour chaque produit.
Il va s’agir de définir maintenant quels sont les profils à risque afin de voir si en excluant, comme on a commencé à le faire, certaines classes d’âge, on va pouvoir continuer à vacciner avec ces deux produits.
Il va falloir regarder aussi de près les données du vaccin russe Sputnik V, bâti également sur deux adénovirus différents.
Enfin et ce sera le plus dur, il faudra entamer de gros efforts de pédagogie pour convaincre les personnes a priori les moins à risque d’accidents, d’accepter ces vaccins.
Le risque de contracter une infection au coronavirus est sana commune mesure avec celui de développer un accident.


Le Pr Peter Offit, spécialiste américain de la sécurité vaccinale dit qu’on a plus de risques d’avoir un accident de la circulation en allant se faire vacciner qu’en recevant une dose de l’un ou l’autre des vaccins.


Mais ce type de message a beaucoup de mal à être accepté par nos sociétés qui ont développé une aversion totale au risque.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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3 réponses à Vaccins AstraZeneca et Johnson & Johnson: la piste de l’adénovirus semble se préciser

  1. Raphaële dit :

    Bonjour,

    Clair et passionnant, merci !

    Est-il simpliste d’en déduire que, si l’on n’a pas eu de problèmes lors d’injections r d’héparine dix ou vingt ans plus tôt, on est peu susceptible d’être touché par un risque de thrombose avec ce type de vaccins ?

    • docteurjd dit :

      Tout depend s’il s’agit d’heparine classique ou d’heparine de bas poids moleculaire ! Je crois qu’il serait très hasardeux de ma part d’affirmer quoi que ce soit. Aucune hypothèse n’est avérée et on est face à des evenements dont la frequence est de 1cas sur 1 million

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