Vaccin AstraZeneca : une sacrée dose de mystère et de confusion

Décidément, depuis la publication des essais cliniques jusqu’à aujourd’hui, le vaccin AstraZeneca aura été l’objet d’une communication plutôt désastreuse. Et tout cela au milieu d’une pandémie qui ne faiblit pas et que le besoin de vaccins est plus fort que jamais.

Dernier avatar en date, l’idée d’un expert italien de l’EMA, l’Agence Européenne du Médicament, qui ne trouve rien de plus utile que de donner une interview au quotidien « Il Messagero’ pour annoncer que le lien entre l’administration du vaccin AstraZeneca et les rares cas de thromboses veineuses aux localisations inhabituelles est quasiment établi.

On sait, en effet qu’on a constaté en Europe un événement très inhabituel et très rare. Si rare que même avec plusieurs dizaines de milliers de personnes incluses dans les essais cliniques, aucun cas n’avait été alors signalé. Ces accidents, la formation de caillots dans les veines, associez à une chute du nombre des plaquettes sanguines, une thrombopénie, se voit parfois à la suite de l’injection d’un anticoagulant, l’héparine.

Ce qui a frappé les responsables de la surveillance c’est que ces caillots ou thrombus se localisaient dans une région du cerveau appelée sinus veineux caverneux et parfois aussi dans l’abdomen.

La première des localisations surtout est rarissime et, en l’état actuel, inexplicable.

A-t-on la preuve que c’est bien le vaccin qui est à l’origine de tout cela ? « Oui » dit l’expert italien « Attention, rien n’est encore certain et nous examinons encore les pistes » répond ce soir l’EMA.

L’Agence devrait rendre publique sa position cette semaine, ce qui entrainera aussi une décision à l’échelle de notre pays de la part de la Haute Autorité de Santé.

Car de nombreuses personnes ont reçu une première dose de ce vaccin et doivent recevoir une seconde dose neuve à douze semaines après cette première injection.

Face aux premiers accidents constatés, il avait été décidé de réserver le vaccin à la tranche d’âge au-dessus de 55 ans. Ironie du sort, c’est cette tranche d’Age qu’on avait exclue au début de l’utilisation du vaccin, faute d’évaluation suffisante dans cette classe d’âge lors des essais du laboratoire.

A quoi doit-on s’attendre alors et que sait-on ? : D’abord les accidents thrombotiques sont rarissimes, de l’ordre de 1 pour cent mille à 1 pour un million selon les pays. Mais ce qui complique les choses c’est qu’il y a eu quelques décès. A ce jour, on ne peut formellement les imputer au vaccin, mais dans l’opinion la causalité est avancée par beaucoup alors qu’il n’y a, répétons-le, aucun élément formel et indiscutable.

Le problème c’est que de nombreuses personnes ont été vaccinées avec une première dose du vaccin AstraZeneca et qu’elles se demandent ce qu’il va se passer quand viendra, neuf à douze semaines plus tard, le moment de la deuxième dose.

Il est évident que dans le cadre d’une évaluation des risques et des bénéfices, en termes de population, le vaccin AstraZeneca est un très bon vaccin offrant une protection solide et évitant les infections graves.

Seul bémol, son inefficacité face au variant sud-africain, fort peu présent chez nous.

On peut imaginer, au vu des données, qu’on propose aux personnes de plus de 55 ans, voire de 60 ans et plus, de recevoir une deuxième dose.

Beaucoup l’accepteront si on sait leur expliquer la situation en toute transparence , en fournissant les données colligées.

Pour les plus jeunes, et pour celles et ceux qui ne voudront pas de cette seconde dose, il est fort probable qu’on propose l’injection d’un des deux vaccins à base d’ARN messager, c’est-à-dire soit le Pfizer-BioNTech, soit le Moderna.

Les Anglais évaluent depuis de longues semaines cette combinaison et il semble que les premières données d’efficacité soient satisfaisantes.

Dans ce cas, il sera nécessaire de prévoir des créneaux prioritaires pour les personnes concernées afin que le délai entre deux injections ne soit pas repoussé au-delà de ce que les données actuelles de la science recommandent.

L’urgence c’est aussi de comprendre ce qui se passe avec ce vaccin. C’est le seul des trois autorisés ) provoquer ainsi ces thromboses. Les deux autres sont à base d’ARN messager. On a avancé la possibilité d’un passage intra-veineux lors de l’injection. Mais les trois vaccins sont injectés par la même voie intramusculaire. Donc un passage veineux devrait provoquer des réactions également avec les deux autres. Au passage, aucun de ces vaccins ne contient d’adjuvant.

Est-ce alors le vecteur, l’adénovirus utilisé pour aller déposer dans nos cellules le gène de la protéine S et faire convertir son ADN en ARN messager ? Cet adénovirus est d’origine simienne, il vient du chimpanzé. L’adénovirus utilisé dans le vaccin de Johnson & Johnson et les deux adénovirus du vaccin russe Sputnik V sont d’origine humaine. Constatera-t-on le même type d’incident quand on en sera à des millions de personnes vaccinées ?

Une chose est certaine : on n’avait à ce jour jamais utilisé un vecteur adenovirus chez une telle quantité de gens.

En thérapie génique, on traite quelques patients porteurs d’une maladie génétique peu répandue, pas des millions d’individus. On a cpendant vu des complications, notamment lorsqu’on utilisait des doses de plusieurs centaines de millions de virus. mais ce n’est absolument pas le cas ici.

Un article très informatif, en anglais, publié dans « Nature briefing » explique l’immense difficulté à mettre en évidence les causes de certains accidents rarissimes. Ils prennent l’exemple de ce qui s’est passé en 2009 avec le vaccin contre le virus grippal H1N1.

Dans certains pays nordiques, mais aussi moins fréquemment chez nous, des personnes vaccinées ont développé dans les suites un syndrome dit de narcolepsie. Un trouble du sommeil avec des endormissements brutaux et ingérables à n’importe quel moment de la journée. Le vaccin Pandemrix, le plus utilisé, fut mis en cause, notamment en raison de la présence d’un adjuvant le squalène.

Mais cette théorie fut invalidée par des équipes ultra spécialisées. Au bout de dix ans on a conclu à une association entre l’injection de ce vaccin et l’apparition dans les 4 à 5 mois qui suivaient d’une narcolepsie, mais on n’a jamais démontré un lien de cause à effet.

Beaucoup d’inconnues donc mais une certitude également : la pandémie ne recule pas, les cas se multiplient et des gens meurent à cause de la maladie avec une magnitude des milliers de fois plus importante qu’avec le vaccin.

Attendons donc les décisions des agences sanitaires, n’écoutons pas les complotistes , les panélistes qui vient mangent et dorment sur les plateaux TV et qui étalent sans vergogne ni pudeur, leur incompétence crasse.

Respectez les gestes barrière et dès que vous en avez la possibilité, s’il vous plait, vaccinez-vous.

Vous pourrez lire le très intéressant article de Nature briefing ICI

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
Ce contenu a été publié dans Maladies infectieuses, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

3 réponses à Vaccin AstraZeneca : une sacrée dose de mystère et de confusion

  1. Sabrina F dit :

    Est-ce alors le vecteur, l’adénovirus utilisé pour aller déposer dans nos cellules le gène de la protéine S et faire convertir son ADN en ARN messager ?? Je suis un peu surprise de lire cela d’un journaliste scientifique. C’est un peu quand on lisait les théorie de rétrotranscription de l’ARN du Pfizer ; et de sa possible intégration dans nos génomes. Restons humbles ; nous ne savons pas le mécanisme de ces thromboses rares voisine des TIH et évitons en tant que scientifique de véhiculer la théorie de l’intégration de l’adenovirus dans nos cellule ; AZ fonctionne en faisant fabriquer des Ac contre la protéine S et en déclenchant l’immunité cellulaire contre la protéine S ; il n’y a pas d’histoire de gène la dedans !!

    • docteurjd dit :

      Quand on veut donner des leçons mieux vaut savoir de quoi on parle, ce qui ne semble pas etre votre cas. La charge utile de l’adenovirus est le gene de la proteine S sous forme d’ADN . Il sera retranscrit de façon massive en ARNm puis en proteine S. Ensuite apprenez à lire plutôt que d’interpreter n’importe comment ce que j’ai ecrit. Et enfin si vous pouvez eviter de revenir ici ça me fera des vacances

  2. @DeodatoPianobar dit :

    A ce que j’ai compris le passage IV par défaut de vérification de l’absence de retour veineux ne concerne pas les ARNm mais uniquement l’AZ à cause de l’injection de l’adénovirus (cf. dernier rapport du PRAC EMA). Et je trouve incompréhensible qu’on conseille de ne pas vérifier le retour veineux, sous prétexte sans doute de la fragilité des enveloppes lipidiques. C’est un « réflexe » pour ma part à chaque vaccin IM, et je continuerai à le faire.

Répondre à Sabrina F Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.