COVID-19: Pour éviter le syndrome de Lazare, commerçants, artisans, petits patrons ont besoin d’un soutien psychologique.

cSi, pour l’instant, la crise sanitaire semble se calmer en France, il en est une autre qui nous guette : la crise économique. Tout laisse à penser que la rentrée de septembre et les mois qui vont suivre vont être très difficiles pour l’emploi et les entreprises. Et pour les artisans, commerçants et patrons de petites et très petites entreprises, il y a un besoin urgent de soutien pas seulement économique.


L
e vendredi 12 juin, Philippe Roussy, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Touraine (CCI37), m’a invité à échanger avec lui sur les premiers enseignements à tirer de la crise liée à la pandémie de COVID-19, en essayant de voir en quoi les aspects sanitaires et les aspects économiques pouvaient se rapprocher ou différer.
On ne parle pas là d’une branche du MEDEF, mais d’une structure en lien direct avec le commerce, les petites entreprises et les artisans, même si ces derniers disposent, avec les Chambres de Métiers de structures propres.


La première chose que j’ai apprise au cours de cette discussion c’est que la préfète d’Indre et Loire a d’emblée incorporé les acteurs économiques au sein de la cellule de crise.
L’un des résultats concrets aura été la mobilisation de la CCI37 et de ses membres pour apporter leurs stocks de masques et de diverses protections aux structures de soins qui en étaient démunies.
Mais leur autre rôle a té de participer à la « perfusion » du tissu économique, en répartissant les aides de façon large, sans conditions, afin de permettre à une activité, même minime de subsister.

L’urgence économique en parallèle de l’urgence sanitaire


La réalité du terrain telle que la raconte Philippe Roussy est à mille lieues des commentaires des éditorialistes parisiens de l’audiovisuel, dont le postérieur aurait bénéficié à être soulevé afin de permettre à ces omniscients de se rendre dans les Chambres consulaires ou les préfectures pour voir comment les aides étaient ventilées.


Sans tomber dans l’allégorie médicale systématique, on entre maintenant dans une phase critique économiquement. Une phase où des entreprises vont tomber et d’autres se relever, des emplois vont être détruits, d’autres préservés mais au prix sans doute de modifications.
« Dans un premier temps nous avons aidé tout le monde » dit Philippe Roussy « mais maintenant nous allons devoir faire des choix ». Et de souligner que les entreprises et les commerces qui n’étaient pas en grande forme avant la crise sanitaire, près du dépôt de bilan et de la cessation de paiement, ne seraient pas prioritaires, loin de là. La réanimation prendra fin pour un certain nombre de ces commerces avec, hélas, les conséquences humaines que cela implique.

Une phase critique longue


D’autres vont entrer en convalescence, tenter de remonter la pente. Beaucoup sont reparties aux alentours du premier déconfinement, le 11 mai. Paradoxalement, elles étaient à la recherche de masques car, comme dit plus haut, elles avaient donné leurs stocks aux soignants. Et reconstituer des stocks s’est avéré difficile et dispendieux, tant les fournisseurs en ont profité pour multiplier les prix parfois par dix.

Et c’est là que se pose le soutien économique, certes, mais aussi psychologique envers ces commerçants, ces artisans, ces chefs de petites entreprises qui n’ont rien à voir avec les dirigeants du CAC40. Ces entreprises sont le 1er employeur de France, ne l’oublions pas.
Ces femmes et ces hommes qui ont investi leur argent personnel dans ces activités, qui ont embauché, qui ont cherché à développer leurs activités, à les diversifier, sont aujourd’hui confrontés à de durs défis.


Il a fallu ainsi s’adapter pendant la crise, se mettre au commerce en ligne pour certains, aux produits à emporter, au « click and collect », changer les méthodes de travail en préservant les emplois au maximum.
Dans d’autres domaines, on a pu développer le télétravail pour les cadres ou dans les industries de service.
Et le résultat de tout cela c’est que souvent, celle ou celui qui est à la tête du commerce ou de l’entreprise s’est retrouvé seul, isolé, ne sachant pas de quoi serait fait le lendemain.
On ne sort pas indemne de ce genre de situation même si une euphorie ambiante semble régner. Mais on ne mesure pas les difficultés au nombre de clients aux terrasses des cafés enfin réinstallées.

Le syndrome de Lazare


Le risque est de développer, pour certains, ce que le psychiatre, Patrick Clairvoy, a appelé le « syndrome de Lazare » en référence à Lazare dont il est dit qu’il ressuscita grâce à Jésus.
Cela se manifeste souvent par une période euphorique qui, au cours des semaines, va faire place à des manifestations diamétralement opposées, un retrait vit à vis de l’environnement familial, social et professionnel.
Et le risque c’est de planter l’entreprise par de mauvais choix, des décisions hasardeuses, des dépenses ou des investissement pas assez réfléchis. Continuer l’isolement, vivre sans les autres, surtout si on a l’impression que certains collaborateurs n’ont peut-être plus la même envie de rejouer collectivement.


Généralement, dans ce monde du petit commerce ou de la PME TPE les patrons sont des gens pudiques, qui ne s’épanchent pas trop.
Il est donc très important d’aller au-devant d’eux, de les interroger, d’essayer de voir quels sont leurs éventuels problèmes et de les confier à des intervenants professionnels capables de leur faire passer ce cap difficile.
Ainsi, à Tours, la CCI37 met en place tout un réseau d’écoute et d’orientation et je pense que ce doit être le cas dans bien d’autres structures, Chambres consulaires ou Chambre des Métiers.

Un monde nouveau ou plutôt différent

La santé publique c’est aussi cela. Il y a 10 % de médecine et de sciences et 90 % d’autres choses. ET tout comme l’environnement ou les conditions sociales type habitat, la santé de celles et ceux, salariés et responsables, qui font tourner la machine, en fait partie.

Cette crise sanitaire aura aussi d’autres conséquences et amènera à tirer d’autres leçons. Dans les commerces et les entreprises, des salariés et des cadres se sont révélés. Des personnalités qu’on avait sans doute mal appréciées et que ces moments durs auront montré sous un autre jour.
Et les relations sociales devront aussi changer car, au moment où il est nécessaire de jouer collectivement, les endroits où l’absence de dialogue et un fonctionnement hiérarchique désuet et paternaliste ne passeront plus.

Tous vos commentaires et retours d’expériences sont les bienvenus.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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