COVID-19 : La Chine livre des données sur 72314 cas de la maladie liée au SRAS-CoV–2

Les temps changent. En 2002-2003 il avait fallu plus de quatre mois pour que les autorités chinoises reconnaissent qu’une épidémie liée à un coronavirus responsable du SRAS avait frappé la Chine avant de toucher d’autres pays.
Avec l’irruption depuis décembre 2019 du nouveau virus SARS-CoV-2, Pékin semble plus enclin à dire les choses, preuve en est ces données publiées dans la revue américaine JAMA.


Le Centre de contrôle des maladies chinois publie donc des données sur les 72314 cas répertoriés jusqu’au 20 février 2020 de cette affection respiratoire virale désormais identifiée sous le nom de COVID-19


62 % des cas ont été confirmés par un test de laboratoire, 22% ont d’abord été classés comme « suspects », faute de capacités suffisantes de laboratoire. Mais l’existence de symptômes et la notion d’exposition les ont fait entrer dans la catégorie des cas confirmés. Pour 15 % des cas, il s’est agi des mêmes critères que précédemment, symptômes et exposition, plus des critères radiographiques sur les clichés pulmonaires. Cette classification était propre à la région du Hubei où se trouve Wuhan.


Enfin dans 1% des cas, les sujets étaient totalement asymptomatiques, sans fièvre, toux sèche ou fatigue, mais avaient un test positif.
Pratiquement neuf cas sur dix (87%) avaient entre 30 et 79 ans et la même proportion vivait dans la région du Hubei.
Quand on regarde la mortalité globale, elle est de 2,3 % pour l’ensemble des cas confirmés biologiquement.


Mais elle monte à 8% dans la classe d’âge 70-79 ans et à 14,8% chez les 80 ans et plus.
Pour les patients dont la situation était très grave, le risque de décès a été de 50 %.
Comme pour d’autres affections virales respiratoires, comme la grippe, une ou des pathologies préexistantes, diabète, maladies cardiovasculaires, bronchopneumopathie obstructive, augmentaient le risque de décès.
Au total 81 % des cas ont été considérés comme peu graves, 14 % sévères et 5 % critiques.

Le personnel de santé a payé un lourd tribut à cette vague épidémique. Ce sont un peu plus de 1700 professionnels qui ont été contaminés, 250 ont été dans un état sévère ou critique et on a dénombré 5 décès.


En moins de trente jours, ce qui a débuté par une transmission de l’animal à l’humain sur un marché de Wuhan a touché l’entièreté du pays, avec 20 provinces touchées. Par rapport aux épisodes connus d’épidémies liées ç un coronavirus, on est dans une configuration de transmission interhumaine bien plus « efficace » que pour le SRAS en 2002-2003 ou le MERS, qui a touché le Golfe arabo-persique avant de se répandre dans 29 autres pays en 2012.


On n’est, cependant, pas encore en mesure de donner une valeur du taux de transmission, ce qu’on appelle le R₀.

Cet élément reflète le nombre de personnes auxquelles un sujet porteur peut transmettre le virus. Il est estimé actuellement entre 2 et 3, comme pour la grippe saisonnière, mais il faudra affiner cette donnée.
Beaucoup de cas concernent ce qu’on appelle des « clusters » familiaux, c’est-à-dire des cas groupés de quelques personnes au sein d’une même famille. La contamination s’est produite lors du contact d’un ou de plusieurs membres avec une personne porteuse du virus.

Mais ce qu’on a découvert et que les médecins chinois ont récemment publié, c’est qu’il y a des personnes sans aucun symptôme, fièvre, toux sèche, difficultés respiratoire ou fatigue, qui peuvent héberger le virus et ainsi contaminer les personnes avec lesquelles elles vont entrer en contact.

Cela veut donc dire qu’il est quasiment impossible de dire qu’on dispose de moyens pour arrêter la propagation du virus. Même la fermeture des frontières n’a pas d’efficacité réelle. Il faut en revanche s’atteler à mettre en place une politique de réduction des risques, à la fois pour limiter une éventuelle extension de la propagation et pour prendre en charge d’éventuels patients contaminés.

Encore une fois, il faut rappeler des notions de base : se laver les mains régulièrement, avec des solutés hydroalcooliques ou même un simple bon savon de Marseille faute de mieux. Il faut éternuer dans sa manche, au pli du coude, jeter un mouchoir après usage.
Porter un masque chirurgical protège les AUTRES de vous-même, et pas vous des autres.
Les masques FFP2, dits en ‘bec de canard’ sont les vrais masques protecteurs, mais ils ne peuvent pas être supportés longtemps.

Enfin et surtout, en cas de syndrome fébrile après un retour de voyage en zone à risque ou après un contact avec une personne en revenant, N’ALLEZ PAS aux urgences !
APPELEZ le 15.
Et méfiez vous de tous les pseudo-experts, les marchands de peur, de celles et ceux qui ont des recettes magiques pour prévenir et guérir la pneumopathie.
La Chine a certes recours à des produits de sa pharmacopée traditionnelle, mais les hôpitaux chinois testent aujourd’hui une dizaine de molécules issues de la recherche classique, des médicaments mis au point en Occident.

Référence :
Zunyou Wu, Jennifer M. Mac Googan
Characteristics of and important lessons from the Coronavirus disease 2019 (COVID-19) outbreak in China

Published Online : February 24, 2020.
Doi :10.1001/jama.2020.2648

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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3 réponses à COVID-19 : La Chine livre des données sur 72314 cas de la maladie liée au SRAS-CoV–2

  1. Dr Franck Wilmart dit :

    Merci pour cette mise au point.
    Le Bé mol est que pour l’instant les distributeurs sont en rupture de stock pour les masques (en particulier les FPp2 pour que les soignants de première ligne (Ide libéral es, aides soignantes, médecins généralistes) se protègent. Il devient difficile de trouver des solutions hydro-alcooliques. Nous avons tous un peu de stock mais il s’epuisera Vite.
    On attend des autorités qu’elles mettent rapidement (avant un éventuel déni de pandémie) ces kits de protection à notre disposition comme en 2009 (nous avions été retiré ceux ci dans les gendarmeries ici).
    Ce n’est pas avec des mails et des pdf que les soins primaires pourront être efficace si on a besoin d’eux.
    Signé un médecin de campagne

  2. Claudine dit :

    Clair, net et précis pour avoir des informations fiables

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