Grossesse après cancer du sein : une belle première française.

Mener à bien une grossesse après avoir été traitée pour un cancer était quasi impensable il y a quelques décennies. Aujourd’hui, même si le taux de succès spontané reste faible, les choses évoluent dans le bon sens. Une première médicale réalisée en France il y a peu apporte encore un peu plus de raisons d’espérer à des jeunes femmes traitées et guéries de leur maladie.


Jules est arrivé le 6 juillet dernier en pleine forme. Il faut dire qu’il était sacrément attendu le bébé, car il est le héros d’une belle première médicale.
C’est au CHU Antoine Béclère, à Clamart (92), que sa maman a accouché. A 34 ans, cette jeune femme était mère pour la première fois et pour elle cette naissance avait le goût d’une renaissance également.

Cinq ans plus tôt on lui a annoncé qu’elle avait un cancer du sein. Comme c’est souvent le cas à cet âge jaune, la tumeur est plutôt agressive et il y a un ganglion envahi par une métastase.

Un cancer agressif

Le traitement impliquait donc d’enlever la tumeur et de faire ensuite une chimiothérapie. Cette chimiothérapie peut, dans un certain nombre de cas, conduire à une infertilité plus ou moins longue, souvent définitive et entraîner une ménopause précoce.
Quelques jours après le diagnostic de cancer du sein, la jeune femme a été vue par le Pr Michael Grynberg qui, au CHU Béclère, dirige le département de Médecine de la Reproduction. Il publie, avec son équipe, les résultats de ce travail dans la revue « Annals of Oncology » du 19 février 2019 (1)


Le spécialiste lui a alors indiqué qu’il était possible de préserver en laboratoire soit des ovocytes, soit du tissu ovarien, en espérant, une fois le lourd traitement terminé, pouvoir féconder les ovocytes, les réimplanter et voir si une grossesse allait débuter.
Prélever du tissu ovarien suppose d’introduire caméra et instruments dans la cavité abdominale. La patiente, encore sous le choc de l’annonce du diagnostic, refusa cette option.

Des options limitées

La seconde solution était donc, idéalement, de prélever des ovocytes matures et de les vitrifier pour les conserver dans l’azote liquide. Vitrifier c’est les descendre très rapidement à moins 196°C, par paliers de -20°par minute.
Pour obtenir la meilleure « récolte » possible, on provoque d’abord une stimulation hormonale ovarienne, permettant d’avoir des ovocytes matures, qui, une fois fécondés, deviendront des ovules puis entameront leur développement embryonnaire.
Mais là encore un gros souci se posait. : la tumeur de cette jeune femme avait des récepteurs hormonaux positifs et toute stimulation hormonale risquait de faire flamber le cancer.

La seule possibilité était alors de repérer, par échographie, la présence d’ovocytes immatures, de les prélever et de les amener au stade nécessaire d’évolution, dit ovocyte en métaphase de type 2, grâce à un conditionnement biologique in vitro.

L’équipe du Pr Grynberg a ainsi pu vitrifier sept ovocytes au stade adéquat.
La jeune femme a donc été opérée, a reçu une radiothérapie localisée, puis une chimiothérapie suivie d’une hormonothérapie, sous la forme d’un comprimé de tamoxifene quotidien pendant cinq ans.

Une infertilité persistente


Les traitements terminés, et le délai de trois mois passé après le tamoxifene, la jeune femme et son conjoint ont vainement tenté de concevoir un enfant. Après un an sans résultat, il a été décidé de tenter de recourir à une procréation médicale assistée, en réchauffant d’abord les ovocytes vitrifiés, puis en procédant à la fécondation au moyen d’une procédure appelée ICSI.
Il s’agit de prélever un spermatozoïde dans un éjaculat, puis de l’introduire directement dans l’ovocyte, en induisant ainsi la transformation en ovule et la mise en route du processus de développement embryonnaire.
Les six ovocytes vitrifiés ont pu être réchauffés pendant qu’on préparait l’utérus de la future mère à pouvoir accueillir un ovule. Mais rien n’était gagné d’avance, car la maturation en laboratoire ne donne pas des ovocytes d’aussi bonne qualité que ceux obtenus après stimulation ovarienne.

Le saut dans l’inconnu

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Cinq ovules ont été obtenus et l’un d’entre eux a été implanté directement dans la muqueuse de l’utérus.
Et là, tout s’est déroulé de la meilleure des façons, puisque Jules est arrivé, à terme et en bonne santé.
Jamais, à ce jour, des ovocytes dont la maturation avait été réalisée en laboratoire avant vitrification, n’avaient permis d’obtenir la naissance d’un enfant.
Ce succès obtenu dans un service dont la réputation est mondialement connue, ouvre une voie et un espoir pour des femmes jeunes touchées par un cancer du sein.
Il faut rappeler que plusieurs études ont montré que la survenue d’une grossesse dans un délai de 3 à 5 ans après la fin des traitements, n’entrainait pas de risque de rechute du cancer supérieur au risque statistique.

Pas plus de risques de rechute en cas de grossesse


Rappeler aussi que dans un cas sur deux, chez des femmes de moins de 45 ans, l’ovulation disparait dans environ un cas sur deux de façon définitive et qu’il faut donc savoir patienter avant de penser être définitivement infertile.
Si le désir de grossesse après un cancer du sein est parfaitement compréhensible, c’est une décision que le couple doit envisager après avoir pris l’avis des spécialistes qui suivent la future mère potentielle.
En fonction du stade de la maladie, des traitements, reçus, des marqueurs hormonaux lors de la découverte de la tumeur, la probabilité de mener à terme la grossesse varie de 4 à 25 % selon une étude présentée en 2017 à Chicago lors de la conférence scientifique annuelle de l’ASCO (2).

Jules en juillet


Une question pour finir : est-ce fortuit que Jules né en juillet porte ce prénom ? Ce mois était ainsi appelé en l’honneur d’un autre Jules, César, n » par…césarienne.

Références :
(1) M.Grynberg et al.
First birth achieved after fertility preservation using
vitrification of in vitro matured oocytes in a woman
with breast cancer


(2) Philip Daniel Poorvu et al.
Pregnancy after breast cancer :results from a prospective cohort study
Présenté à ASCO17

Cette présentation a été reprise sur le blog ICI

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à Grossesse après cancer du sein : une belle première française.

  1. Dr ZELER dit :

    Merci pour cet article très interessant !
    Il est d’autant plus difficile de se projeter dans une grossesse après un cancer du sein que cette maladie ainsi que les traitements qui y sont liés entraînent des répercussions qui ne sont pas négligeable sur la sexualité : diminution du désir et de l’excitation sexuelle chez 56% des femmes atteintes de cancer du sein ; lubrification insuffisante chez 53% ; difficulté à atteindre l’orgasme chez 59% ; douleur à la pénétration dans 39% des cas; En plus, ces symptômes peuvent persister plusieurs années après la guérison chez la moitié des femmes.

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