Décès de trois patients à Nantes : va t-on vers des ruptures graves de produits de chimiothérapie ?

Le décès de trois patients au CHU de Nantes le week-end dernier reste encore inexpliqué. Hospitalisés dans un service d’hématologie pour recevoir une autogreffe de moelle en raison d’un lymphome. Ils sont décédés à la suite du conditionnement préalable par un produit de chimiothérapie, le cyclophosphamide qui remplaçait le produit habituel, le melphalan. Un produit dont l’approvisionnement a fait défaut à la fin du mois d’octobre

Le service d’hématologie du CHU de Nantes est un des plus importants en France pour prendre en charge les personnes atteintes de myélome multiple ou de lymphomes, ce qu’on appelle souvent de façon un peu inexacte des « cancers du sang ».

Ces tumeurs peuvent nécessiter des greffes de moelle osseuse à partir de cellules prélevées chez le patient lui-même, ce qu’on appelle autogreffe.
Avant de procéder à ces greffes, il faut « conditionner » le patient, c’est-à-dire administrer un protocole de chimiothérapie comportant plusieurs produits. Le but est de détruire totalement les cellules malades et les remplacer par des cellules saines capables de reconstituer le stock de globules blancs.

Ce conditionnement, appelé BEAM, se fait classiquement avec 4 produits dont le melphalan.
Or il existe aujourd’hui en Europe un approvisionnement difficile pour ce produit trentenaire, vendu sous le nom d’Alkeran.

Le seul fabricant européen est en Italie et dépend de la multinationale GSK. L’AMM est détenue par la société ASPEN filiale d’un groupe pharmaceutique d’Afrique du Sud

Depuis plus de 20 ans on a démontré qu’on pouvait remplacer le melphalan par du cyclophosphamide, ou Endoxan, un produit bien connu et qui entre donc dans un cocktail de chimiothérapie appelé BEAC.

On a donc choisi cette option à Nantes le melphalan étant préférentiellement utilisé dans le conditionnement des patients atteints de myélome car, dans cette pathologie, aucune substitution n’est possible.
La toxicité cardiaque du BEAC est bien connue mais rarissime. C’est pour cela qu’on évalue avant chaque traitement la fonction cardiaque des patients mais aussi la fonction rénale et respiratoire
Malgré ces précautions systématiques les patients ont présenté une toxicité cardiaque inattendue, dont l’origine n’est pas précisée à ce jour.
Il faudra bien entendu attendre les résultats des examens complémentaires, notamment les prélèvements viraux, pour essayer de comprendre ce qui s’est passé.
Il faut rappeler que la mortalité lors d’autogreffes est de l’ordre de 1 à 2 %.

Revenons sur ces ruptures d’approvisionnement.
Depuis des mois, les hôpitaux qui traitent ce type de patients ont alerté sur la difficulté de se fournir en quantité suffisante de melphalan. A nantes, par exemple, on devait procéder à cinq autogreffes, chacune requérant un conditionnement utilisant dix flacons de melphalan.
Or l’hôpital disposait de seulement 10 % des doses nécessaires.
L’ANSM et les pouvoirs publics ont alors réagi fermement en intervenant auprès de l’importateur et en lui demandant d’augmenter les doses disponibles.
Cette action a permis de récupérer six mille flacons de melphalan ces dernières semaines pour les hôpitaux français.
Il faut dire que le melphalan vaut un peu moins de 100 euros le flacon en France, ce qui est déjà bien payé pour un vieux produit. Mais ce même produit est vendu beaucoup plus cher dans d’autres pays, notamment aux Etats-Unis, jusqu’à 15 ou 20 fois ce prix. Ce qui peut expliquer des choix commerciaux.

Outre le melphalan, l’approvisionnement en plusieurs produits essentiels de chimiothérapie fait périodiquement défaut aujourd’hui, notamment certains nécessaires à la prise en charge de patients atteints de maladie de Hodgkin, une forme de lymphome touchant souvent des sujets jeunes.

Des groupes financiers américains achètent de plus en plus souvent des licences de médicaments génériques en faisant grimper les prix de façon stratosphérique, parfois jusqu’à 500 % du prix initial
Et il faut ajouter à cela l’évolution des traitements en oncologie et l’arrivée notamment de l’immunothérapie poussent les laboratoires à négliger les produits anciens mais utiles au profit de produits nouveaux, innovants, efficaces, mais énormément plus coûteux.

À propos de docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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Une réponse à Décès de trois patients à Nantes : va t-on vers des ruptures graves de produits de chimiothérapie ?

  1. Six dit :

    Monsieur, je vous invite à vous procurer le journal Ouest France du 28 avril 2017. D’autres patients sont décédés et notamment une petite fille de huit ans au CHU d’Angers le 10 novembre 2016 ( même numéro de batch Endoxan). Il n’y a pas eu d’erreur de protocole.

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