Cancer du sein à un stade précoce : chimio ou pas de chimio ?

La décision médicale de mettre en œuvre un traitement n’est pas toujours simple, même si elle est prise de façon concertée. C’est particulièrement vrai dans les cas de cancers du sein au stade précoce  comme l’indique une étude récemment publiée dans la revue ‘Bulletin du Cancer’

Nice accueillera du 21 au 24 janvier 2015  le cours supérieur de Nice/St Paul de Vence, quatre jours consacrés aux formes précoces de cancers du sein et à l’harmonisation de leur prise en charge.

Cela peut paraitre assez surprenant dans une discipline pourtant très organisée qu’est la cancérologie, mais il existe une certaine hétérogénéité dans la façon d’aborder la prise en charge de certains cancers du sein, ceux pour lesquels il n’existe pas de métastases en particulier.

La grosse question est de savoir si, après la chirurgie et la radiothérapie il faut recourir à la chimiothérapie, appelée en ce cas ‘chimiothérapie adjuvante ‘.

Et la décision éventuelle de traitement peut être prise par un oncologue médical, un radiothérapeute-oncologue ou un chirurgien.

En 2013, avant la conférence de l’époque, un groupe d’étude a envoyé une enquête auprès d’environ 1200 médecins qui avaient suivi au moins une fois le cours.
Il y a eu 353 réponses, les deux tiers émanant d’oncologues et 15 % de chirurgiens.

Les spécialistes se sont vu soumettre quatre cas concernant des femmes d’âges différents, trois porteuses de la plus fréquente des formes de cancer du sein, le cancer canalaire infiltrant et une atteinte d’un cancer dit lobulaire infiltrant.
Les caractéristiques de la tumeur (taille, grade, classification histologique SBR, statut hormonal, récepteurs HER2 négatifs, Ki67, ganglions sentinelle) étaient fournies pour chacun des quatre cas

Il y a deux situations pour lesquelles les médecins ont choisi à une forte majorité de proposer une chimiothérapie adjuvante. Ces deux cas montraient que le cancer avait atteint, même de façon limitée, au moins un ganglion lymphatique.

Mais dans les deux autres cas, les choix ont été beaucoup plus partagés.
Dans l’un de ces deux cas, le cancer lobulaire, malgré une tumeur de 40 mm et un grade pronostic de 2 avec des récepteurs hormonaux retrouvés en grande quantité, 48 % des réponses étaient pour l’abstention chimiothérapique.

Autre information intéressante de cette étude : kl degré de confiance et de certitude dans les choix thérapeutiques était plutôt fragile.

.Cela peut, a priori, paraître surprenant tant la cancérologie est une discipline dans laquelle de nombreuses règles écrites existent. Peut-être trop d’ailleurs.

Les médecins ont, ainsi, recours à des référentiels, c’est-à-dire des documents qui fixent la conduite à tenir en fonction des situations.

Mais il existe des référentiels locaux, d’autres nationaux, d’autres encore internationaux.
En France, il n’existe pas, au contraire d’autres pays, l’obligation de se référer à un référentiel national, par exemple.

Il y a aussi la question des ‘signatures géniques’. Ce sont des tests qui servent à calculer le risque de récidive chez des femmes ayant des cancers hormono-dépendants sans atteinte métastatique. A partir de la mesure de l’expression de certains genes, on peut utiliser un score de récidive. En fonction du test, il y a une zone où on peut raisonnablement ne pas prescrire de chimiothérapie, une zone où il vaut mieux la prescrire et enfin une zone entre les deux où le choix devient plus compliqué et ambigu.

Il en existe plusieurs, Mammaprint, Pam50, Oncotype DX, certains sont déjà sur le marché dans d’autres pays. Chez nous ils font encore l’objet d’évaluations.

Cette étude montre donc que si certains types de cancers du sein précoces ne posent pas vraiment de problèmes dans les choix thérapeutiques, dans d’autres cas la variation est importante et les raisons du choix reposeront plus sur des habitudes locales que sur un consensus national par exemple.

Il y a donc une nécessité certaine d’arriver à définir des schémas de traitement qui soient adoptables par la communauté des divers intervenants en oncologie et qui fasse qu’on soit sûr d’avoir, en concertation avec les patients, pris la meilleure décision en réduisant la probabilité de pertes de chances.

Ainsi, le dernier jour de la prochaine réunion de Nice/St Paul sera consacré à l’adoption par vote de recommandations pour la pratique des spécialistes afin de faire en sorte que les variations de traitement se réduisent.
Référence de l’article :

Fekih M, Petit T, Zarca D, Guinebretière JM, André F, Pierga JY, Namer M, Gligorov J, Delaloge S.

Utilisation de référentiels et hétérogénéité décisionnelle des indications de chimiothérapie adjuvante dans les cancers du sein exprimant les récepteurs hormonaux, HER2-négatifs : résultats d’un sondage national en France.
Bull Cancer 2014 ; 101 : 918-24.
doi : 10.1684/bdc.2014.2030.

 

 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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3 réponses à Cancer du sein à un stade précoce : chimio ou pas de chimio ?

  1. Marie dit :

    Bonsoir , je lance un SOS car jeudi je commence la chimio alors que je ne suis pas convaincue de son utilité ., pouvez vous M aider dans ma décision avant jeudi s il vous plaît ?
    J ai été opérée voici 2 mois carcinome canalaire triple negatif
    ganglions négatifs
    IRM et SCANNER normaux
    Scintigraphie osseuse et autre normale
    puis je éviter la chimio si je fais des échographies et des irm fréquents afin de déceler à temps une reprise si elle survenait ?
    Merci infiniment pour votre aide .

    • docteurjd dit :

      La décision de traitement a été normalement prise lors d’une réunion incluant un oncologue, un radiotherapeute et un chirurgien. Ces spécialistes ont vu votrr dossier et ont choisi en fonction des données objectives.
      Vous avez parfaitement le droit de refuser le traitement mais je vous conseille d’en discuter avec le médecin qui vous suit afin qu’il vous informe des risques encourus par cette décision.

  2. Hervé Zacharie dit :

    Pour mon cas, la chimio s’apparente comme un moyen de prévenir la maladie, non comme un traitement, malgré les efficacités dont elle dispose.

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