VIH/SIDA CROI 2013 : la fin du sida ce n’est pas vraiment pour demain mais il y a du mieux

Pour la vingtième fois, la CROI, conférence sur les rétrovirus, réunit, à Atlanta, le gratin mondial de la recherche sur le sida, 4500 spécialistes venus d’une centaine de pays. On y discute également des coïnfections par le virus de l’hépatite C et le bacille de la tuberculose.

Une chose est déjà claire ici à Atlanta : la mise au point d’un vaccin préventif du sida, destiné à protéger tout un chacun de l’infection par le virus VIH n’est pas pour demain. Il faudra probablement encore une vingtaine d’années pour aboutir à des vaccins permettant de couvrir toutes les souches virales et avec un niveau de protection satisfaisant.
Beaucoup des difficultés qui ont émergé des premiers essais montrent que la mise au point d’un tel vaccin n’est pas chose aisée tant le virus sait s’adapter de façon diabolique à tous les pièges qu’on lui tend.

La recherche n’en continue pas moins, mais les annonces triomphalistes et les prévisions dignes des pronostics hippiques ne font pas pour autant avancer plus rapidement les découvertes.

Mais il y a, cependant, de bonnes nouvelles à l’horizon qui laissent entrevoir au moins les premiers vrais grands succès sur le chemin sinon de l’éradication, du moins du début de la fin de l’épidémie.

La première lueur d’espoir concerne la transmission de la mère à l’enfant (TME). Ce sont près de 400 000 enfants qui naissent chaque année porteurs du virus VIH. A ce chiffre il faut ajouter les contaminations qui surviennent au cours de l’allaitement. Sans traitement on estime qu’un enfant allaité deux ans a une probabilité cumulée de 15 % d’être contaminé par le virus porté par sa mère.

Protéger la femme enceinte et l’enfant qu’elle porte

 

Or, les résultats des dernières études menées notamment en Afrique du Sud par l’équipe du Pr François Dabis (ISPED, Université Victor Segalen, Bordeaux) montrent que la mise sous trithérapie des femmes enceintes permettait de réduire considérablement le risque de transmission au fœtus et permettait l’accouchement par voie basse, c’est-à-dire sans césarienne.
Cette trithérapie doit être instituée le plus rapidement possible, dès la découverte de la séropositivité.

Cela suppose que des centres de santé se trouvent à des distances de marche pas trop éloignées des femmes enceintes, car les moyens motorisés ne sont pas la règle dans de nombreuses régions.
Cette mise rapide sous antirétroviraux (ARV) peut s’accompagner, à la naissance, de l’administration pendant un mois de sirop à base d’AZT à l’enfant.
Il faut, bien sûr, que l’administration des ARV soit maintenue tout le temps de l’allaitement.

François Dabis souligne que l’idéal, une fois la mère sous traitement, serait de ne plus interrompre la prise de médicaments.

L’objectif ‘Zéro nouvelle contamination à la naissance’ ne sera pas tenu. On en est loin, très loin même, puisque de 500000 naissances en 2005 on est passé à 390000 2010 et qu’on doit être aux environs de 250000 à 300000 actuellement.
Oublions 2015, donc, mais la cible vers une élimination d’au moins 90 % des cas de TME semble pouvoir être atteinte dans les prochaines années, néanmoins, marquant la naissance d’une génération ‘zéro sida.

Cette méthode appelée ‘Option B’ commence vraiment à porter ses fruits. En Thailande le taux de transmission est inférieur à 2 % , mais le taux de césariennes est assez élevé, expliquant en partie ces bons résultats. Au Malawi le taux est proche de 4,3 %. sans cette mise sous traitement il serait de plus de 30 %.

La clé du succès repose sur une mise précoce sous traitement dès la 14ème semaine de grossesse, d’où la nécessité de disposer de structures pour tester les femmes enceintes le plus vite et le plus près possible de leurs lieux de vie..

Deuxième raison d’espérer : les résultats qui concernent la circoncision. Des études pilotes menées notamment en Ouganda, au Kenya et en Afrique du Sud avaient montré que la circoncision permettait de réduire de façon très importante le risque de transmission du virus VIH de la femme à l’homme. Pour la transmission homme-femme, les résultats sont plus mitigés. En revanche il semble exister un bénéfice réel concernant le virus HSV 2, virus de l’herpès génital. Cette notion est importante car les lésions secondaires à l’infection herpétique fragilisent la muqueuse de la paroi vaginale et exposent plus facilement les femmes à l’infection par le virus VIH.

Circoncire pour éteindre l’incendie

Le but recherché est d’obtenir un taux de circoncisions proche de 80 ù de la population concernée, entre 15 et 49 ans. Cette proportion permettrait d’atteindre une réduction de la transmission femme-homme de l’ordre de 70 % pour les études les plus optimistes.
Actuellement, malgré un doublement du nombre des actes entre 2010 et 2011, on atteint à peine les 10 % de la population cible.
Economiquement ce serait pourtant un investissement rentable puisque pour un investissement de 1 milliard d’euros on pourrait espérer réaliser une économie de l’ordre de 12 milliards d’euros à l’échéance 2025 selon les données récentes de l’organisation Mondiale de la Santé.

Mais l’objectif ne sera sûrement pas atteint avant 15 à 20 ans

Il faudra donc vaincre divers obstacles, techniques culturels mais aussi financiers pour obtenir les résultats envisagés. Et ce dernier point inquiète les spécialistes car l’argent ne rentre pas comme prévu et promis par les bailleurs de fonds.
Il reste un énorme point noir dans la lutte contre la transmission du virus VIH, et ce point noir n’est pas le seul fait du continent africain. C’est celui qui concerne les discriminations et les menaces contre les personnes porteuses du virus.
L’actualité récente à braqué les projecteurs sur le Cameroun ou l’Ouganda qui ont voté des lois criminalisant l’homosexualité. Mais en Europe et en Asie il y a aussi de sérieuses inquiétudes.

L’Ukraine fait plus mal que l’Afrique

 

L’Europe de l’Est, l’Ukraine en premier lieu, et l’Asie centrale sont les seules régions du monde où l’incidence de l’infection par le VIH augmente. Le nombre de nouveaux cas est plus important chaque année.

La pénalisation de l’homosexualité et surtout la criminalisation de la toxicomanie rendent la lutte contre la propagation du VIH extrêmement difficile. Ajoutez à cela un accès aux médicaments plutôt peu aisé et certains pays de l’ex-bloc soviétique se retrouvent aujourd’hui dans la situation de l’Afrique il y a dix ans !

Entre 2001 et 2009, en Ukraine,le nombre de jeunes femmes toxicomanes séropositives en age de concevoir est passé de 31 % à 60 % !

Cette situation inquiète énormément les spécialistes épidémiologistes et infectiologues, car la contamination par le VIH se double de coïnfection par le bacille de la tuberculose. Les soins inadaptés de ces infections tuberculeuses, notamment les traitements interrompus avant le terme fixé,  entraînent l’apparition de souches multirésistantes qui représentent une vraie menace de santé publique.

 

Encore trente ans ?

 

Comme on le voit, la lutte contre le virus du sida et son éventuelle éradication ne reposent pas que sur des considérations médicales et scientifiques mais aussi économiques, politiques et culturelles.

La prévention de la transmission de la mère à l’enfant par la prise en charge des femmes enceintes reste l’objectif premier, le plus réaliste  et le symbole du combat vers la fin de cette épidémie dont l’agent causal, le virus VIH a été découvert il y a très exactement trente ans.

Mais le combat n’est pas fini et le pire danger vient d’annonces relevant plus de la politique que de la science. Annoncer ‘la fin du sida’ alors qu’on en est loin c’est risquer de porter atteinte aux politiques de prévention et de démobiliser les bailleurs de fonds.

La lutte continue !

POUR PLUS D’INFORMATIONS

Le bilan du CDC sur la pratique de l’Option B au Malawi

Le bilan OMS sur la circoncision

Suivre les webcasts de la CROI du 3 au 6 mars 2013

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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2 réponses à VIH/SIDA CROI 2013 : la fin du sida ce n’est pas vraiment pour demain mais il y a du mieux

  1. Desplanque Christophe dit :

    merci beaucoup Docteur pour ces indications claires et très instructives ! Je m’étonne que vous ne mentionniez pas les essais de mise au point d’un vaccin anto-sida par le Dr Loret à la Timone, à Marseille. N’y a-t-il pas là une 3e raison d’espérer ? Comme je viens d’écrire un article pour la presse régionale protestante (je suis pasteur à Agen) qui mentionne cette avancée (premiers résultats encourageants après essais sur l’animal), je serais très intéressé de savoir si vous partagez l’optimisme (très prudent : le Dr Loret souligne lui-même que le vaccin n’est pas pour demain) qui a entouré cette nouvelle. Bien cordialement, Ch. Desplanque

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