‘Vaccin curatif’ du sida : pourquoi nous avons fait le choix de ne pas ‘tartiner’ dessus

La hiérarchisation des informations est un exercice quotidien dans les médias. Un exercice pas évident car faire des choix c’est aussi faire des impasses et parfois des erreurs. Mais, parfois, il faut savoir ‘oublier’ une information qui n’est pas encore assez mûre.
Exemple avec ce que la presse appelle un essai de ‘vaccin curatif du sida’ à Marseille annoncé ce 29 janvier 2013 à Marseille.

 
Aucun des deux JT de France 2 de ce jour n’aura traité donc de la nouvelle qui emplit radios et chaines d’informations permanentes depuis les aurores. Cette information concerne un essai de ‘vaccin curatif’ du sida, un essai lancé par une équipe du CNRS de Marseille, les hôpitaux de la ville phocéenne et une société de biotechnologies.

Pourquoi avons-nous fait ce choix ? Les raisons sont diverses, mais la principale c’est que, contrairement à ce qui est annoncé, cet essai est un essai de tolérance et d’escalade de dose, mais, en aucun cas, un essai d’efficacité.

Parler de ‘vaccin curatif’ est donc un peu téméraire. Il s’agit, en fait, d’un essai d’immunothérapie dans lequel, à l’aide d’un anticorps, on va essayer de contrer l’effet d’une protéine appelée Tat, secrétée par les cellules infectées par le virus VIH. Le but de ce blocage est de permettre aux cellules de défense de mieux faire leur travail en attaquant les cellules infectées.

Ces données ont été obtenues en laboratoire et sur des études animales. Mais aucun modèle animal ne reproduit réellement les conséquences de l’infection

Cette hypothèse d’un blocage de la protéine Tat est certes séduisant mais elle ne fait pas l’unanimité dans la communauté scientifique qui travaille sur le virus du sida.

L’autre question qui se pose est de savoir si une telle préparation peut être bien acceptée par le corps humain après injection, c’est-à-dire vérifier qu’il n’y a pas de réaction allergique et toxique. Vérifier aussi à quelle dose l’organisme réagit pour mettre au point les injections suivantes.

C’est un passage obligé dans tout essai clinique en immunothérapie et cette phase peut ouvrir la porte à des évaluations plus complexes ou, au contraire, mettre un terme à l’expérience.

Tant que cette phase n’est pas terminée et analysée, rien de pertinent ne peut être avancé et aucun plan sur la comète tiré. On peut certes répéter à l’envi les mots ‘espoir’ ‘vaccin’ ‘guérison’, mais cela ne change pas la nature des choses et ne comprime pas le temps.

Dans cette même ville de Marseille on a eu ainsi, pendant des années, les annonces répétées du Pr Chermann et de sa préparation thérapeutique ‘RV7’ dont on n’a plus jamais entendu parler depuis quelques années.

Il y a eu déjà de nombreux essais de vaccins préventifs, sans succès. Il y a eu plusieurs essais d’immunothérapie destinés à des personnes déjà porteuses du virus, sans plus de succès également à ce jour.

Il est légitime que les chercheurs aient envie de médiatiser leur travail et que les sociétés de biotechnologies essayent de montrer leur savoir-faire à des investisseurs potentiels.
Mais il y a aussi le fameux ‘poids des mots’. Monter en épingle des travaux qui n’en sont qu’aux premières étapes c’est courir le risque de décevoir, une fois encore, celles et ceux qui attendent des résultats en espérant trouver une solution à leur maladie.

Mieux vaut donc savoir attendre que des résultats solides entrent et que la marche en avant continue.
Vendre la peau de l’ours n’est pas obligatoirement la meilleure démarche, bien que ce soit celle qu’adoptent beaucoup de moyens d’information qui, au passage, oublient de vérifier que ce n’est pas le premier essai de la sorte.

Pour notre part, et après une longue discussion en conférence de rédaction, nous avons estimé qu’il était urgent d’attendre.
Attendre encore quelques mois qu’on sache si l’étude va continuer selon un schéma qui permettra de rechercher à mesurer vraiment l’efficacité.
De toute façon, ce genre d’études part pour de longues années et ne pas s’en faire l’écho à son début n’est pas dramatique, bien au contraire.

Comme le soulignait aujourd’hui le Pr Jean-François Delfraissy, patron de l’Agence nationale de recherches sur le sida, ANRS :’attendons de voir si les injections seront bien tolérées’.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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4 réponses à ‘Vaccin curatif’ du sida : pourquoi nous avons fait le choix de ne pas ‘tartiner’ dessus

  1. jcm dit :

    Le sida mortel et même le sida maladie, c’est fini, même sans vaccin du tout.
    Quid de l’épidémie ?

    La reprise des risques est inéluctable et au lieu de parler de prudence qui entretient la peur irrationnelle, il vaudrait se placer dans l’optique du présent, à savoir que c’est le dépistage et non la capote qui est la clef de l’avenir;

    Cette « prudence » est la même qui a conduit à cette erreur éthique très lourde de conséquences avec l’occultation aux malades soignés de l’intransmissibilité de leur virus : plus le temps passe, moins les séropositifs ont confiance en leur médecin sida (‘ moi plus du tout ), et à nier la réalité que la carotte de la libido redevient bien plus forte que le baton du virus qui a perdu le coeur de sa puissance , il s’ensuit que les gens se protègent sans surprise de moins en moins et ne vont pas plus au dépistage pour autant : on le comprend quand on voit à quel point dans le présent les séropositifs détectés font les frais de la prévention.

    Il est urgent de banaliser le sida en présentant la réalité et non les risques : votre principe de prudence ne vaut plus rien en matière sida.

    Pour ce qui est du vaccin thérapeutique, il est sans conséquence sur les séronégatifs et ne les concerne pas : les séropositifs ne verront que très peu leur situation s’améliorer car leurs problèmes ne sont plus d’origine médicale , prendre plus ou moins de médicaments est vraiment une fausse question, la douleur est sociale : à savoir les dégats causés par une prévention artificiellement maintenue sur leur exclusion. les médecins sida font de la mauvaise prévention générale en semant la peur au moment où il faut tout inverser,et pour ce qui est de l’utilité des médecins sida envers les malades, la messe est dite.

    Vous avez le bonjour de votre ancienne camarade de classe Isabelle Bertin ( dont je ne connais pas la réaction face à mes propos qui n’engagent que moi ).

  2. Chirurgie myopie presbytie dit :

    Il n’est pas inconcevable d’être à la fois médecin et journaliste et d’exercer avec honneur chacune de ces 2 professions. C’est ce que vous nous démontrez au quotidien.

  3. Quand je parlais de votre profession, je parlais de celle de journaliste, pas de celle de médecin, dont l’honneur n’est en rien mis à mal.

  4. Comme je vous l’ai déjà dit, vous êtes l’honneur de votre profession. (Qui en a bien besoin !) Merci à vous.

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