Maïs OGM NK603 et Round-Up : Seralini doit revoir sa copie disent les agences sanitaires

La science vit d’hypothèses, des hypothèses qu’on émet et que d’autres infirment ou vérifient. La science ne vit pas de débats manichéens sauf, apparemment, quand il s’agit de parler d’OGM.

L’ANSES, l’agence de sécurité sanitaire des aliments et de l’environnement a donc rendu le 22 octobre 2012 ses conclusions sur le travail de Seralini et al. concernant la toxicité au long cours d’un mais OGM tolérant au Round Up, un herbicide largement utilisé en agriculture. Elle conclut à l’impossibilité de trouver un lien de causalité entre la consommation de ce mais et les anomalies relevées chez les animaux, elle soulève aussi diverses questions méthodologiques pour lesquelles elle n’a pas pu obtenir toutes les réponses de la part des chercheurs.

Il en est ainsi de la nature des tumeurs pour lesquelles les chercheurs ont transmis des données brutes. Il faut rappeler que ‘tumeur’ ne veut pas dire ‘cancer’. Une tumeur peut être parfaitement bénigne.
La faiblesse centrale de l’étude réside dans des conclusions insuffisamment soutenues par les observations selon le directeur général de l’ANSES.

Mais l’ANSES estime l’étude ‘ambitieuse’ et souhaite qu’elle soit répétée en même temps qu’elle voudrait que les instances européennes revoient les formalités d’acceptation des dossiers des industriels qui manquent d’études sur les effets à long terme.
Le Haut Conseil des Biotechnologies s’est également prononcé ce même jour, mais de façon plus définitive sur cette même étude. ‘Les conclusions d’effets délétères de la consommation de maïs NK603 ne sont pas soutenus par les résultats présentés dans l’article’, déclare le HCB
Un avis en ligne avec celui émis par l’EFSA, l’agence européenne de sécurité sanitaire des aliments, qui, comme les agences nationales allemande, australienne et néo-zélandaise, avait pointé une série de difficultés méthodologiques. Ces difficultés, notamment la race de rats choisie, la taille des échantillons, des analyses non prévues au départ, rendent extrêmement difficile l’interprétation des résultats tels que les annoncent les chercheurs.

De la tiède ANSES aux plus directs HCB EFSA et agences de divers pays, la conclusion est unanime : il faut recommencer l’étude de façon rigoureuse et indépendante afin de voir si on obtient les mêmes résultats. Et recommencer avec des financements publics et transparents.

Point très important : personne ne remet en cause la démarche de Seralini et al. Personne ne dit qu’il a truqué ses données et manipulé les résultats.
Ce que disent les personnes qualifiées qui se sont penchées sur l’étude c’est qu’il existe des problèmes méthodologiques qui ne peuvent que grever les résultats et interdisent toute conclusion allant dans le sens des auteurs.

Ces remarques qui s’inscrivent dans la démarche logique de la discussion scientifique déclenchent, cependant, ire et sarcasmes de nombre d’associations qui y voient un complot mené par les industriels, Monsanto en tête, et les experts dont ils pensent qu’ils sont les affidés de ces groupes.
Parler des OGM en France est en effet périlleux (1)

On assiste à la typique confiscation d’un débat pour ‘le bien des citoyens’ !
Tout ce qui touche aux OGM est marqué du sceau du manichéisme. D’un côté il y a les industriels, les semenciers dont on ne peut pas dire qu’ils aient fait de la transparence leur cheval de bataille.
Il y a beaucoup à dire et à redire sur les protocoles d’évaluation des nouveaux produits proposés.
Comme pour le médicament, les liens entre ces industriels et des experts venus du monde universitaire et de la recherche ne sont pas toujours très clairs.
La notion de conflits d’intérêts a souvent été battue en brèche.

Le consommateur n’a rien à gagner de cette situation qui n’est pas assez remise en question aujourd’hui encore.

ROBIN DES BOIS

De l’autre côté, des militants écologistes ont décidé une fois pour toutes que les OGM c’était l’enfer, même si certaines utilisations semblent pouvoir avoir un rôle thérapeutique par exemple.

Je me souviens par exemple d’un exemple assez criant. Il y a quelques années, un semencier a développé un maïs OGM avec lequel il voulait fabriquer de la lipase pancréatique, une enzyme qui fait cruellement défaut  aux enfants atteints de mucoviscidose.
La seule source de cette enzyme est aujourd’hui d’origine porcine et impose la prise d’une grande quantité de comprimés.
Le maïs utilisé était une plante qui ne pouvait polliniser. Mais qu’à cela ne tienne, des ‘faucheurs volontaires’ ont saccagé le champ où avait lieu l’expérimentation.
Nous avions confronté ces faucheurs à un petit malade et à sa mère.
Le seul argument avancé par ces messieurs face à ce gamin a été d’invoquer les affaires du sang contaminé et de la vache folle.

Pris en sandwich, le citoyen selon le mot à la mode ne sait plus que penser. Les industriels disent œuvrer pour son bien et les anti-OGM lui disent la même chose.
Mais, selon le principe que j’appelle le’ principe de Robin des Bois’, le petit a obligatoirement raison contre le gros.
L’industriel c’est le diable et si des universitaires ou des chercheurs collaborent avec lui, ils sont à jamais frappés du sceau de l’infamie.
Il est évident que sous nos climats, les cultures OGM n’ont pratiquement aucun intérêt. Mais peut-on être aussi catégorique quand on essaie d’enrichir des plantes destinées aux pays pauvres en vitamines pour palier de graves carences ou créer un maïs qui peut supporter des apports d’eau minimes comme c’est le cas dans des régions d’Afrique ?
Personnellement je n’ai pas la réponse à ces questions et ce que je déplore c’est qu’on me refuse le droit de la poser. L’évoquer c’est évidemment pour certains écologistes être l’ami, l’agent ou pire, l’obligé de Monsanto.

C’EST LUI QUI A COMMENCE

L’étude de Seralini et al. s’inscrit dans ce contexte manichéen.
D’abord quelques remarques générales. C’est la première fois, en près de trente ans, que je vois demander à des journalistes de signer un engagement de confidentialité assorti de menaces de sanctions financières.
La première fouis également que dans un domaine scientifique et sanitaire on exclut les journalistes spécialisés dans ces deux domaines pour privilégier les journalistes traitant de l’environnement.
L’impossibilité d’accéder à l’étude en avance est aussi parfaitement inhabituelle. Toutes les grandes revues dignes de ce nom offrent aux journalistes la possibilité d’accéder aux études quelques jours en amont de leur parution.
Cette période, dite sous embargo, permet de lire l’étude plutôt que de se contenter d’un communiqué de presse ou d’un article élogieux négocié dans un hebdomadaire.
Nous pouvons également soumettre à nos interlocuteurs spécialisés l’article scientifique afin de recueillir leurs remarques et leurs explications.
Dans le cas de l’étude de Seralini rien de tout cela n’a été possible.

Nous avons du attendre le dernier moment, prendre la becquée avec le Nouvel Observateur et reprendre les images tournées par des personnes entourant les chercheurs, sans aucun regard critique.
Nous avons du ‘subir’ les photos des trois rongeurs, porteurs de tumeurs dont on ne sait toujours pas si elles sont bénignes ou non.
Mais nous n’avons pas vu une seule photo du groupe de rats utilisés comme ‘contrôles’ et dont un certain nombre a du également développer des tumeurs, car c’est une particularité de cette race lorsque les animaux arrivent vers 24 mois.
Je passe sur le climat paranoïaque : mails cryptés, pas d’appels téléphoniques etc.

Ce qui me semble très dérangeant dans ce travail c’est d’abord qu’il soit imparfait au plan méthodologique et que face aux questions soulevées, les auteurs refusent de répondre complètement.
Le plus insupportable est cet argument de cour d’école après une bagarre : ‘ c’est lui qui a commencé’. Autrement dit : Monsanto fait des études contestables lui aussi.
Mais là n’est pas la question. On se doute bien qu’il y a de quoi critiquer Monsanto et les autres semenciers.

Là, c’est du travail d’une équipe universitaire dont il est question ! Seralini est un universitaire, un chercheur et un homme de convictions.
Il doit donner le ‘la’, fournir des éléments d’appréciation à ceux qui souhaitent éclaircir des points obscurs de l’étude.
Pas se réfugier devant la politique du secret des autres pour dire : ‘ qu’ils commencent et moi je suivrai’.
Seralini et son équipe ne jouent pas dans la même cour que les semenciers.

Cette recherche a été faite dans des locaux publics avec beaucoup d’argent privé, mais un peu d’argent public également. Sans doute pas assez. Mais cela oblige à suivre les règles de bonne conduite scientifique, pas celle des marchands.
Accepter le débat, accepter qu’une hypothèse avancée soit contestée, qu’une étude soit critiquée au sens plein du terme, pas démolie mais revue et discutée.
C’est ce que certaines associations ont du mal à accepter. Quand les résultats vont dans le sens qu’elles souhaitent toute critique est un crime de lèse-majesté.
Mais, répétons-le, le progrès en science se nourrit d’hypothèses qu’on confirme ou qu’on infirme.
Le dogme relève de la religion, parfois du sectarisme.

Jamais d’une démarche scientifique.

 

 

(1)  J’en ai fait l’expérience il y a quelques mois. Dans un JT de 20h j’ai dit, après une soigneuse revue de la littérature, qu’aucune étude sur les OGM ne permettait de conclure à des effets sanitaires délétères chez l’être humain. Mais j’ai dit que les OGM posaient un vrai problème environnemental qu’il fallait étudier avant de prendre toute décision.
Un certain Christian Velot, généticien anti-OGM a tronqué mes propos et s’est répandu sur un site m’accusant des pires turpitudes.
Si le hasard veut que cet ayatollah ait vent de cet article, je vais en reprendre une deuxième couche !

 

 

 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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16 réponses à Maïs OGM NK603 et Round-Up : Seralini doit revoir sa copie disent les agences sanitaires

  1. Wackes Seppi dit :

    M./Mme ajfc,

    Non, il n’y a pas d’ « étude sur un OGM montrant la survenue d’une hépatotoxicité ».

    Voici ce qu’écrit l’ANSES dans son communiqué de presse :

    « L’expertise menée par l’Agence conclut que les résultats de ce travail de recherche ne permettent pas de remettre en cause les évaluations précédentes du maïs OGM NK603 et du Roundup.

    En effet, au-delà des critiques déjà émises par d’autres instances sur le plan méthodologique, et sur la base de l’expertise approfondie qu’elle a menée, l’Anses considère que la faiblesse centrale de l’étude réside dans le fait que les conclusions avancées par les auteurs sont insuffisamment soutenues par les données de cette publication. Celles-ci ne permettent pas d’établir scientifiquement un lien de cause à effet entre la consommation du maïs OGM et/ou de pesticide et les pathologies constatées, ni d’étayer les conclusions et les mécanismes d’action avancés par les auteurs. »

    On trouve des déclarations de même nature dans les avis rendus par le HCB et les instances d’évaluation et de sécurité sanitaire de l’Allemagne, de l’Australie-Nouvelle-Zélande, de la Belgique, du Brésil, du Canada, du Danemark et des Pays-Bas.

    Quant à l’exploit précédent de M. Séralini et de son équipe, A Comparison of the Effects of Three GM Corn Varieties on Mammalian Health, il avait aussi été soumis aux instances d’évaluation et de sécurité sanitaire, et il a été invalidé par celles (notamment) de la France et de l’Australie-Nouvelle-Zélande, ainsi que par l’EFSA.

    « L’absence d’effet délétère des OGM n’est donc pas « a priori » certaine ! » écrivez-vous » ? C’est pour cela qu’on les soumet à une batterie de tests définis sur une base rationnelle.

    Cette batterie de tests n’a fourni aucun indice de dangerosité ; il en est de même de l’expérience pratique acquise à partir de la production sur des dizaines de milliers d’hectares et de l’utilisation subséquente, essentiellement en alimentation animale.

  2. ajfc dit :

    Merci d’avoir pris le temps de répondre à mon commentaire.
    Votre réponse est très intéressante.
    Il y aurait donc une étude sur un OGM montrant la survenue d’une hépatotoxicité. Généralement si un médicament montre une hépatotoxicité chez l’animal, on ne le met pas sur la marché sauf si les bénéfices espérés sont très importants (pour les personnes qui vont manger l’OGM, il ne me semble pas qu’ils vont en tirer un quelconque bénéfice). L’absence d’effet délétère des OGM n’est donc pas « a priori » certaine ! C’est effectivement cocasse que l’on puisse autoriser des produits présentant des risques potentiels. (du moins sans vérifier que l’effet est non lié à l’OGM par une autre étude plus précise ; si une étude a été faite merci de l’indiquer – mon expérience m’a appris à me méfier des avis d’expert)
    Pour dire qu’il n’y a pas de tumeurs qui apparaissent avant 3 mois, je n’ai pas besoin que Mr Seralini me l’écrive, je regarde les courbes et voila, c’est tout.
    Si vous voulez des informations sur les expertises dans le domaine des médicaments, je vous conseille la lecture du livre « Bad Pharma » de ben Goldacre. Edifiant, Il aiguise le sens critique.
    Un dernier point : avant de savoir quelque chose, on ne le sait pas. L’important en science est donc de se poser des questions et de mettre tout en œuvre pour trouver la réponse par des études adéquates. Je ne suis pas sûr que tout soit mis en œuvre pour éliminer tout risque pour les OGM. Comme les bénéfices des OGM sont nuls pour les consommateurs, il faut que les risques soient nuls.

  3. Wackes Seppi dit :

    M./Mme ajfc a écrit le 27 octobre 2012 à 23 h 21 min :

    « L’étude de Monsieur Séralini a, à mon avis, un intérêt principal : celui de démontrer que rien ne survient au cours des 3 premiers mois et qu’il est donc possible de faire une étude rassurante sur 3 mois d’un produit provoquant peut-être l’apparition de tumeurs… »

    Non, l’« étude » de M. Séralini n’a strictement aucun intérêt du fait des nombreuses malfaçons dont elle est affligée, le manque de puissance statistique n’en étant qu’une – utilisée par M. Séralini et ses amis (sans qu’ils l’admettent vraiment…) pour faire croire aux gens crédules que les études soumises par les pétitionnaires aux autorités d’évaluation et de sécurité sanitaire sont affligées de la même malfaçon.

    Toutes les autorités qui se sont exprimées à ce jour disent, en gros, que l’« étude » ne démontre rien. Il faut donc entendre… qu’elle ne démontre rien.

    Si l’« étude » de M. Séralini démontrait ce que M./Mme ajfc affirme, on se trouverait dans une situation cocasse. Car les études à 90 jours des pétitionnaires – ou plutôt les études faites pour eux par des laboratoires agréés et contrôlés – montrent assez généralement des différences statistiquement significatives entre la plante GM et son homologue isogénique (sauf pour le transgène), différences qui ont été régulièrement considérées comme non significatives biologiquement.

    Ce serait particulièrement cocasse dans la mesure où, en décembre 2009, M. Séralini avait publié A Comparison of the Effects of Three GM Corn Varieties on Mammalian Health, une analyse statistique « maison » des données de Monsanto – qu’il ne remettait pas en cause – pour lesquelles il alléguait précisément qu’elles indiquaient des signes d’hépatotoxicité.

    En fait, si on comprend bien une publication particulièrement m…dique, M. Séralini n’a présenté de données biométriques que pour le quinzième mois. Ce qu’il a raconté dans la presse pour les 90 premiers jours ne figure pas dans la publication. Et, par conséquent, ne saurait faire autorité (dans la mesure où ses publications feraient autorité, alors que nous savons qu’elles ont été souvent expressément invalidées).

    .

    « …Pourquoi demander au médicament deux ans et à d’autres produits destinés à l’alimentation humaine rien ou 3 mois? (L’OCDE suggère des études de 2 ans néanmoins). »

    Précisément parce que l’un est un médicament, et l’autre un aliment. Parce que l’un a une action avérée sur la santé, y compris des effets indésirables suspectés, et l’autre aucun effet a priori, sauf cas particulier du style plante génétiquement modifiée par insertion du gène codant pour l’amanitine.

  4. walter benjamin dit :

    Les ogm, en dehors d’une toxicité probable, sont un non sens biologique: ils orientent l’agriculture sur le chemin de la monoculture ,ou plutôt de l’hyper monoculture puisque la diversité des plantes cultivées y est réduite à presque rien. Or une nouvelle évaluation de l’agriculture et de ses qualités a fait mettre en avant le concept de biodiversité,et ce dans les années 80 ,ce qui est très récent ….La richesse d’un champ n’est plus évaluée seulement en quintaux récoltés mais aussi en terme d’adaptation des cultures dans le milieu considéré ,et en termes de biodiversité. Notre modèle agricole industriel depuis 50 ans est un modèle qui sépare les productions du sol ,des espèces locales, du climat etc. Ce modèle exige de plus en plus d’énergie de plus en plus d’intrants ,de pesticides etc Or la biologie se rappelle toujours à nous, les sols se stérilisent (8% des terres en France) la consommation des intrants et pesticides explosent, parce que la biologie est toujours là ,et les ravageurs s’adaptent très vite sur une hyper monoculture,le répit est très court ,10 ans 20 ans maximum .Depuis la découverte de l’importance de la biodiversité ,l’agriculture de demain sera inscrite dans un contexte biologique,et non plus arcboutée contre la biologie .Et cette prise en compte de la biodiversité coûtera moins d’énergie, sera moins polluante et …surprise ….plus productive à l’arrivée.

  5. ajfc dit :

    L’étude de Monsieur Séralini a, à mon avis, un intérêt principal : celui de démontrer que rien ne survient au cours des 3 premiers mois et qu’il est donc possible de faire une étude rassurante sur 3 mois d’un produit provoquant peut-être l’apparition de tumeurs. Je dis « peut-être » car en prenant 10 rats par groupe, il était évident qu’il serait difficile d’obtenir des résultats significatifs sur la mortalité ou la survenue de tumeurs. Cette analyse n’est d’ailleurs pas prévue dans le chapitre statistique de son article.
    Pour mettre sur le marché un médicament, il faut faire chez l’animal des études de cancérogénèse sur deux ans. Pourquoi demander au médicament deux ans et à d’autres produits destinés à l’alimentation humaine rien ou 3 mois? (L’OCDE suggère des études de 2 ans néanmoins)

    On peut alors se rassurer en disant qu’un patient va prendre tous les jours son médicament alors qu’on ne mange pas tous les jours des OGM ou que les OGM, ce n’est rien d’autre que des acides nucléiques créant des protéines et que tout cela sera transformé dans l’estomac comme tout autre acide nucléique ou protéine. Dans le cas présent, l’OGM permet à la plante de survivre à un herbicide. Les adjuvants permettent à l’herbicide de rentrer dans la plante. Donc il est probable que la plante en contiendra et comme elle ne meure pas on pourra la récolter et la donner à consommer.
    L’introduction du gène EPSPS d’une bactérie dans la plante devrait pouvoir se faire dans d’autres produits de l’alimentation. Cela augmentera la dose potentielle reçue par les consommateurs (mais les études se feront toujours pour chaque produit sans prendre en compte un effet cumulatif – valable pour les mangeurs de maïs et de soja par exemple -).

    Est ce grave? En fait non car on n’a aucune chance de détecter un éventuel scandale sanitaire lié à l’utilisation des OGM, alors que l’on peut démontrer des scandales sanitaires liés aux médicaments (cf. médiator)
    Pour les médicaments, il existe des bases de données permettant des analyses comparatives de l’évolution des patients traités par X et de ceux atteints de la même maladie mais ne prenant pas le médicament X. C’est ainsi que l’on a pu démontrer que la prise de médiator était associée à 3 ou 4 fois de valvulopathies. La comparaison de groupes traités et témoin est le seul moyen de déceler ces problèmes (sauf si le problème est très spécifique ou très fréquent).
    Maintenant essayez de faire le même type d’étude pour savoir si les mangeurs de maïs OGM (ou les mangeurs de produits aspergés d’herbicide) ont un risque accru de cancer. Il faut trouver ces mangeurs spécifiques, connaitre tous leurs autres facteurs de risque de cancer et trouver un groupe comparable de personnes avec les mêmes facteurs de risque des cancers (même mode de vie, même âge, même sexe, etc.….) mais qui ne mangent pas le produit incriminé. Bref c’est impossible car il en faudrait environ 50 000 dans chaque groupe, suivis une dizaine d’années environ pour s’assurer d’une absence de risque. Et le risque de biais dans une telle étude permettrait sans problème de la critiquer.

    Vous voyez, il n’est pas utile de faire des études sur les OGM qui risqueraient de mettre en évidence une augmentation de pathologies puisque le risque de mettre en évidence ultérieurement un scandale sanitaire est quasi nul. On fera donc des études sur 3 mois pour rassurer et éliminer un trop gros risque qui pourrait se voir trop facilement.

    Nous avons de nombreux exemples de médicaments pour lesquels des effets délétères ont été découverts après leur commercialisation, soit parce que rien ne permettait de suspecter ce risque soit parce que les signaux faibles n’ont pas été pris en compte.
    Réaliser une étude négative : ne mettant pas en évidence une différence recherchée, est un jeu d’enfant, en particulier pour la recherche d’effets indésirables. Il est donc nécessaire de ne pas passer à côté des messages faibles.
    Une autre petite précision : L’évaluation des médicaments permet d’obtenir un rapport bénéfice/risque. Le bénéfice et le risque sont pour le patient (Il y a aussi des bénéfices pour l’industrie pharmaceutique, je vous rassure). Dans le cas des produits évalués par Mr Séralini, ceux qui tirent un bénéfice ne seraient-ils pas différents de ceux qui prennent les risques ?

  6. Wackes Seppi dit :

    S’agissant des herbicides, du glyphosate (Roundup), et des plantes tolérant le glyphosate :

    http://imposteurs.over-blog.com/article-herbicides-glyphosate-roundup-ogm-seralini-par-wackes-seppi-110905545.html

  7. Wackes Seppi dit :

    « Point très important : personne ne remet en cause la démarche de Seralini et al. Personne ne dit qu’il a truqué ses données et manipulé les résultats. »

    D’accord pour la deuxième phrase. Encore que M. Séralini ait déjà employé la tactique de la plainte en diffamation pour obliger ses critiques à mettre un bémol, et qu’il se soit longuement appesanti sur ses menaces de plaintes dans son audition devant les commissions de l’Assemblée nationale.

    Pas d’accord sur la première. De nombreuses critiques ont été émises pour, en résumé, stigmatiser une expérience qui devait contribuer, non à l’avancement des connaissances, mais au déploiement d’une formidable opération politico-médiatique.

    Pour rajouter une couche au commentaire de M. Protéos, les maïs Bt, n’étant pas physiquement endommagés par la pyrale, sont moins infectés par des champignons producteurs de redoutables mycotoxines cytotoxiques, reprotoxiques, cancérigènes, etc… Nous sommes là dans votre domaine d’expertise, Docteur !

    Ceci répond en partie à M./Mme Psolere. L’autre partie de la réponse est que la toxine Bt est une protéine qui n’a aucun effet sur les mammifères, donc y compris l’homme, et qui est dégradée, comme la plupart des protéines, dans le tube digestif. Cette toxine est utilisée depuis des décennies en agriculture, y compris en agriculture biologique.

    Certes, les ayatollahs anti-OGM du style Christian Vélot et Gilles-Éric Séralini pourront répondre que cette toxine produite par la plante n’est pas exactement la même que la (en fait les) toxine(s) naturelle(s), et que donc il y a un doute, et que donc… En définitive, à les écouter, il faut cesser de s’alimenter.

    M./Mme Psolere pourra aussi noter que l’emploi de la technique Bt permet de se dispenser, dans une certaine mesure, d’insecticides issus de la chimie organique, ce qui est un plus pour la santé des agriculteurs (et de leurs épouses qui lavent leur linge…), des consommateurs qui craignent les résidus (ou qui se trouvent confrontés à des produits pour lesquels les règles d’épandage n’ont pas été respectées), et l’environnement.

    En tout cas, merci Dr pour cette nécessaire piqûre de rappel.

  8. Pro-OGM33 dit :

    Très bonne analyse et pour aller encore dans votre sens,les diabétiques peuvent dire merci aux OGM,sans qui l’insuline serait difficile à trouver.

  9. Yann MARTIN dit :

    Je vais nuancer votre propos sur le « faible intérêt des OGM » chez nous.

    Les militants « écologistes » dénoncent aveuglément et sans discernement des plantes dite « plantes pesticides ».
    Certes, les plantes RoundUp Ready résistent au RoundUp, les plantes BT sécrètent une substance insecticide. Mais méritent elles ce surnom idiot ?? Pas forcément !!
    L’utilisation de Glyphosate ( terme générique pour le RoundUp, tombé dans le domaine public depuis longtemps) n’est pas corrélé à l’utilisation d’OGM, loin de là.
    Nous en utilisons en France en inter-culture pour lutter contre les vivaces telles que chiendent chardon et liseron, ainsi qu’avant les semis pour éliminer les adventices qui ont repoussé.
    L’utilisation raisonnée d’un OGM résistant au glyphosate dans le cadre d’une rotation permettrait à la fois de concilier son désherbage et la lutte contre les vivaces, permettant d’économiser au moins un passage de désherbant !
    Quand je dis raisonné, j’exclus de fait une utilisation systématique tous les ans de cette technologie qui nous mènerait directement vers des phénomènes de résistance comme observés outre Atlantique !
    Pour ce qui est des plantes dites BT, je ne ferai qu’une seule remarque, cette toxine naturelle BT est autorisé en pulvérisation comme insecticide en agriculture bio …

    Un autre type d’Ogm est apparu aussi récemment ( il y a 5 -6 ans) comme la pomme de terre résistante au mildiou ( insertion d’un gêne de résistance d’une PdT sauvage mexicaine).
    L’intérêt ici est direct vu que certaines années on approche la 15aine de traitements contre le mildiou …

    J’ai toujours eu énormément de mal à comprendre l’aversion des écologistes pour cette technologie qui, dé diabolisée auprès du grand public, pourrait presque répondre à ses attentes en termes de modes de production plus « propre » ..

  10. Anthony G dit :

    En Italie, des chercheurs ont pris 6 ans de prison pour avoir diffuser dans la presse des messages « adoucis » des conséquences des séismes…

    En France, Séralini alarme et manipule les médias en utilisant le plus vieux vecteur (non pas le moustique, quoique…) de propagande : la Peur.

    Et M. Le Foll qui ne reprend de l’Anses et du HCB que ce qu’il l’arrange. Séralini et Le Foll doivent faire des excuses publiques !

    En tant que jeune chercheur en physio’ Vég’ je suis scandalisé par le déni, le manque d’intérêt des politiques et des médias pour rétablir la « vérité ».

    Je suis aussi extrêmement déçus du manque criant d’esprit critique du français « lambda ». Dissonance cognitive à gogo… (ceci n’est pas un message hautain, mais force est de constaté que la communauté scientifique notamment en sciences de la vie, dans l’écrasante majorité a tout suite pointée du doigt les lacunes rédhibitoires de l’étude. Alors que Mme Michu colporter des propos mensonger « car elle l’a vu à la télé/dans la presse » : pas la moindre pris de recul, pas le moindre questionnement.. et surtout ne pas froisser son Ego !)

  11. L’Anses est bien gentille. Séralini est un truqueur et un menteur. Dans n’importe quel autre pays il aurait à répondre devant les instances disciplinaires de son université.

    Il n’y a qu’en France qu’on pond une loi Gayssot contre les négationnistes, contre lesquels l’université ne prend aucune sanction, alors que, bien entendu, c’est le contraire qui serait préférable.

  12. Merci JD, pour cette mise au point détaillée qui tente d’apaiser le débat.

    • docteurjd dit :

      Surtout rappeler les ‘fondamentaux’. J’en ai marre de la démagogie de ceux qui parlent pour’ les citoyens’ et quand je vois la grande distribution exploiter les résultats de cette étude mais ne rien faire pour vendre moins gras, moins salé et moins sucré, je me fâche !

  13. Proteos dit :

    Il manque le mot ‘défaut’ après « cruellement » dans la partie Robin des Bois.

    Un commentaire aussi sur le fait que les OGMs actuellement commercialisés n’ont aucun intérêt sous nos climats. Je ne suis pas d’accord. Le seul maïs OGM en vente dans l’UE est le MON810, qui permet de moins consommer d’insecticides. C’est quand même favorable à la santé des agriculteurs, pour ne citer que ça! Plus généralement, si les firmes de biotech arrivent à fourguer leur camelote aux agriculteurs US et dans les pays émergents, c’est bien qu’il doit y avoir des avantages, au moins financiers.

    • @psolere dit :

      probablement une avancée pour les agriculteurs ( certes très exposés) en terme d’exposition aux pesticides.
      mais QUID de l exposition des consommateurs à ces mm pesticices ici produits par la plante elle mm dc à concentration probablement non négligeable DANS la plante…?
      car mm si j’aime les agriculteurs…ils sont qd mm sacrément moins nombreux que les « clients » finaux sans compter que – du moins sous nos latitudes – c est +/- leur choix l’épandage de pdts potentiellement toxiques.
      cdlt

      • Proteos dit :

        Quelques commentaires:
        * l’insecticide en question est utilisé en agriculture biologique (sous la forme de la bactérie qui le fabrique notamment). Cette substance n’affecte que certains insectes: surtout les papillons, uniquement quand ce sont des chenilles. Les mammifères ne sont pas atteints.
        * le dose d’insecticide qui peut être reçue par un agriculteur est bien + dangereuse que ce que les consommateurs recevront jamais.

        Pour ce qui est du choix, vous pouvez vous aussi produire vos propres aliments. C’est un choix que vous faites de ne pas être agriculteur.

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