Somnifères et personnes agées : essayez de lever le pied pour éviter les chutes

L’utilisation de médicaments hypnotiques ou tranquillisants chez les personnes âgées est souvent une solution de facilité. Mais elle est loin d’être sans risque

.C’est une scène que j’ai vu se répéter des dizaines de fois chez une famille vivant près de chez moi.A l’heure du diner, à table il y avait la mère de famille, cinquantenaire, sa fille de trente ans et sa mère, près de quatre-vingts ans.Et le rituel était toujours le même. La maitresse de maison entamait le diner non pas en rompant le pain, mais en rompant un comprimé de bromazepam, le fameux Lexomil. Ce comprimé, quadrisécable était ainsi réparti : une moitié pour la maitresse de maison et un quart à la fille et à la mère !

L’avantage, si on peut dire, c’est que la mère allait vite sombrer dans le sommeil et que si elle avait besoin de quoi que ce soit la nuit, sa fille, shootée au bromazepam, ne l’entendrait pas avant le matin.

Cette histoire, vraie je le répète, est un peu caricaturale. Mais la réalité c’est la forte consommation sur et sans prescription médicale d’hypnotiques et de tranquillisants chez des personnes de plus de 75 ans.Des risques non négligeables et au premier plan les chutes et la désorientation avec  surtout les troubles de la mémoire.Les réveils sont fréquents chez les personnes âgées, parfois motivées par un besoin d’aller uriner

Et se lever en pleine nuit l’esprit un peu confus, la tension artérielle qui fait le yoyo, avec un peu de mal à trouver la lumière, Tout est réuni pour que l’accident se produise.Et une fracture du fémur cela n’a rien d’anodin. Dans 20 % des cas les victimes de ces fractures ne pourront pas retourner chez elles et devront être définitivement placées en maison de retraite.En ce qui concerne les problèmes de mémoire, il faut savoir que certains produits tranquillisants utilisés comme somnifères peuvent rester dans le sang pendant de très longues heures. Le résultat chez des personnes un peu fragiles sera d’aggraver des troubles de l’orientation, ne pas  avoir conscience de l’heure, de la date et provoquer des troubles de la mémoire qui risquent d’être étiquetés maladie d’Alzheimer.  Et on part dans de longs examens inutiles avec le risque de diagnostic erroné.

Pour autant, il ne faut pas diaboliser les hypnotiques et les tranquillisants qui peuvent avoir de vraies indications médicales. Chez des sujets atteints de pathologies comme la maladie d’Alzheimer et qui ont des troubles du comportement sévères, ces produits permettent aux malades de trouver un peu de repos, tout comme les aidants.Mais il faut faire en sorte, dans la majorité des cas, de déshabituer tant que faire se peut les sujets âgés de cette prise médicamenteuse.

C’est une sorte de contrat de confiance qui doit s’établir entre le médecin et la personne concernée afin d’arriver progressivement à ‘oublier’ le comprimé magique ou à en réduire la fréquence des prises.Il faut aussi encourager le recours à la bonne vieille tisane du soir et apprendre à faire tomber la tension de la journée. On prépare ainsi son endormissement dans de bonnes conditions.Le recours aux techniques de relaxation peut être un bon moyen de trouver cet apaisement.

Il n’y a pas d’âge pour apprendre les techniques du yoga ou de la sophrologie.Des techniques qui s’acquièrent en groupe et vont donc créer du lien social, faire sortir de sa chambre, s’ouvrir aux autres, se refaire des amis. Un double effet ‘Kiscool’ en quelque sorte.Enfin, il faudrait aussi se pencher sur la ‘nécessité » de coucher les pensionnaires de maisons de retraites et d’EHPAD à 20 heures au maximum ! Même en dormant six ou sept heures de rang, les gens vont se réveiller à 3 heures du matin !C’est vrai que différer les horaires alors que les équipes de jour sont parties et que les effectifs de nuit sont plus que restreints n’est pas simple.Mais entre le comprimé qui envoie dans les bras de Morphée et s’assoupir naturellement, la seconde solution est sans doute plus couteuse mais aussi plus intéressante en termes de prévention des chutes et autres désorientations.


A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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20 réponses à Somnifères et personnes agées : essayez de lever le pied pour éviter les chutes

  1. Jacqueline Van Goethem dit :

    Je suis dépressive depuis 26 Ans , au départ 1er dépression changement de traitement , en 2008 mon èpoux est dcd , ce fut la descente aux enfers , à ce jour 2019 je suis âgée de 70 Ans , les Anxiolytiques LYXANSIA , SEROPLEX , NOCTAMIDE Je n’en peux plus je suis seule , que puis-je faire , pour éviter de prendre tous ces traitements je ne supporte plus , ainsi que les hospitalisations qui me rende de pire en pire pouvez vous me conseiller et me donner une réponse MERCI

    • docteurjd dit :

      Il faut faire le point avec votre medecin traitant qui vous orientera. Vers des structures pratiquant des techniques de relaxation ou de meditation par exemple, ou vers un accompagnement psychologique. Mais c’est avec votre medecin qu’il faut commencer à chercher les solutions

  2. Jean-François dit :

    Vous avez raison les somnifères sont souvent donnés faute de trouver la solution ou de vouloir s’occuper de la personne âgée. Un personnel débordé et sans assistance peut y avoir recours de manière abusive et ça peut être dangereux. Construire un projet avec la personne âgée et lui proposer des activités est plus compliqué.

  3. Christine dit :

    Bonjour,

    Merci pour votre passage à la télévision, d’avoir parlé des conséquences de l’usage de benzodiazépines.
    A la suite de graves problèmes de santé (cognitifs, physiologiques, psychologiques etc) après des vaccins, je ne dormais plus (pétrie de douleurs). J’ai pris du noctamide en 2 mg pour dormir et ce fut la descente aux enfers. Au bout d’un an, suite à l’aide précieuse d’un forum d’entraide,

  4. nabti taklit dit :

    je n’ai jamais envoyé un message au docteur flaisakhier ,j’ai fait une demande sur google en posant la meme question qui ne m’a pas répondu je maitrise mal le net. VEUILLEZ ME REPONDRE S4IL VOUSPLAITmerci

  5. nabti taklit dit :

    je me suis fait vacciner contre le pneumocoque en octobre 2009 j’ai attrapé ce virus en decembre 2009;dois je me refaire vacciner ou attendre les cinq ans comme preévoit le corps medical.Je suis agee de 76 ans et me fait vacciner tous les ans de la grippe car j’ai une insuffisance respiratoire sévère merci de me dire si je dois attendre de faire cinq ans avavt de me revacciner.SALUTATIONS RESPECTUEUSES0

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  7. Annick dit :

    je suis contente de n’avoir pour ainsi dire jamais pris de somnifères….
    sauf dans des occasions difficiles….mais j’ai arrêté bien vite!
    merci pour vos conseils.

  8. MERY dit :

    Evoquer les maifaits des somnifères est très bien, mais pourquoi restreindre cet effet sur les personnes agées ? et les plus jeunes ? Ils ne seraient pas ou moins en danger ?

  9. MERY dit :

    Pouvez-vous préciser les effets indésirables du RIVOTRIL pour que la presciption soit devenue interdite aux généralistes ? Ce médicament aurait des incidences sur des maladies mentales, est-ce vrtai ? Y a t-il d’autres médicaments tout aussi dangereux ?

  10. celine dit :

    Ma mère de 83 ans prend depuis 40 ans un traitement anti dépresseur(anafranil-lysanxia). Après avoir essayé de diminuer ce traitement , sans succès, des troubles de mémoires et de comportement (agressivité) sont apparus. Elle ne peut plus vivre sans ses bonbons…

  11. Catherine Marchal dit :

    Il faut insister également auprès des personnes âgées à domicile sur les bienfaits de l’exercice physique avant 17h, et de la sieste post prandiale à condition qu elle ne dure pas 2 heures!
    En EHPAD c’est plus compliqué mais on voit trop de patients âgés somnoler toute la journée au fauteuil devant une télé qui crie à tue tête et que personne ne regarde: et à 19h hop tout le monde au lit!
    Cordialement

  12. Suite à votre intervention télé d’aujourd’hui, sur les dangers des somnifères sur les personnes âgées ,je voudrais vous soumettre mon cas.
    beaucoup de mes nuits sont très perturbées par des souffrances diverses (arthrose cervicale, ongle incarné et opéré, première crise de goutte du fait que j’oublie de boire ,etc…) Les antalgiques et antiinflammatoires m’ont été d’une petite aide au début, mais m’ont à la longue, usé mon estomac maintenant irrité à perpet. Pour ne pas me réveiller à 3 heures du matin à cause d’une douleur entêtante, mon médecin m’a conseillé un somnifère : du » Noctamide 2mg ». J’ai moi même réduit la dose à 1 mg, et arrête d’en prendre dès que les douleurs me lâchent la nuit. Je constate quand même que je n’ai plus de vivacité, qu’il faut tout le temps que je retrouve mes pensées du moment. Avec les autres médicaments cela joue aussi sur la mémoire
    mais on dit que cela reprend à l’arrêt du traitement ??? Que faire (j’ai 65 ans) pour se maintenir au top contre vent et marrées? Merci d’avance si vous me répondez. Salutations respectueuses,Landemaine Irène. CECI N’EST PAS UN DouBLON

  13. GALERY dit :

    Une fois la mémoire diminuée, y a t-il un moyen de la retrouvé?
    Merci

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