SABCS 11:Cancer du sein, l’heure de la chasse aux traitres.

Traiter un cancer ce n’est plus seulement tenter de détruire la tumeur. C’est aussi s’attaquer à l’environnement proche de la tumeur, notamment les cellules de défense du patient qui facilitant la dissémination de la maladie.

Avoir plusieurs fers au feu est une expression qui est en train de prendre tout son sens en cancérologie si l’on en croit le nombre de travaux scientifiques présentés en ce moment lors de la 34ème édition du SABCS, le plus important congrès consacré au cancer du sein.

On constate, en effet, que les cellules cancéreuses bénéficient de complicités plus ou moins voulues de la part de nombreux éléments de notre système de défense. C’est particulièrement vrai dans le cadre de l’essaimage de cellules tumorales à partir de la lésion d’origine, ce qu’on appelle des métastases.

Autour de la masse cancéreuse il se passe beaucoup de choses et d’abord des signes d’inflammation chronique. Il y a aussi un remodelage des structures environnantes, avec la fragilisation de barrières naturelles. Enfin les vaisseaux sanguins et lymphatiques sont le siège d’une intense activité.

Ces tissus inflammatoires sont infiltrés par des globules blancs Ce sont surtout des lymphocytes et des macrophages. Ces globules blancs sont normalement dévolus à la défense de l’organisme et devraient donc n’avoir de cesse d’attaquer le cancer. Or, ils font quasiment le contraire !

Et les recherches pointent surtout du doigt les macrophages qui semblent favoriser la formation des métastases. Ces macrophages libèrent des substances qui jouent des rôles différents, mais défavorables à l’organisme.
Ils libèrent , en particulier des facteurs de croissance qui vont stimuler la pousse des cellules tumorales et favoriser leur migration vers d’autres parties de l’organisme, comme les os, les poumons et le cerveau..Les lymphocytes d’un type particulier, dit TH2, jouent aussi un rôle permissif envers la tumeur.

Macrophages et lymphocytes TH2 pour créer un déséquilibre en leur faveur aux dépens de lymphocytes appelés CD8.

Et cette infiltration macrophagique va réduire les réponses des cellules cancéreuses aux traitements, qu’il s’agisse de la chimiothérapie ou de la radiothérapie.

Des modèles expérimentaux ont montré qu’en rétablissant l’équilibre dans le microenvironnement de la tumeur on arrivait à rendre les cellules plus sensibles à la chimio et à la radiothérapie, en provoquant le ‘suicide’ des cellules cancéreuses.

Les globules blancs, appelés aussi leucocytes, pourraient être un indicateur du risque d’évolution et de la formation de métastases. Donner ce qu’on appelle une ‘signature’.
L’utilisation de cette signature pourrait donc conduire à essayer de modifier l’environnement tumoral.

Pour cela, plusieurs molécules expérimentales sont testées, l’une étant le PLX-3397. Cette molécule, prise par voie orale, joue sur des mécanismes très particuliers de fonctionnement des macrophages et en réduit l’activité. Elle tente de les reconvertir en quelque sorte en des lymphocytes ‘amis, de type TH1
Ainsi le rapport entre macrophages et lymphocytes CD8 se modifie en faveur de ces derniers, nécessaires à la défense de l’organisme et opposés à la présence de la tumeur.

A partir de fragments de cancers du sein mis en culture, l’équipe de Lisa Coussens, de l’université de Californie àSan Francisco, a pu greffer des tumeurs chez l’animal et administrer le médicament.

Ils ont constaté jusqu’à 85 % de disparition de métastases.

Des essais cliniques incluant 2000 femmes atteintes de cancer du sein très avancé et avec des métastases  vont débuter aux Etats-Unis.

Cette piste du microenvironnement tumoral est donc très prometteuse puisqu’on en a déjà mesuré l’intérêt avec la prescription de biphosphonates. Ces médicaments dont le rôle premier est de renforcer les os est capable d’agir sur les cellules tumorales, sur la moelle osseuse et les vaisseaux sanguins, comme nous l’avons raconté ICI.

Traiter le cancer ne consistera plus seulement à traiter la tumeur, mais aussi à lutter contre tout ce qui l’aide à devenir agressive et potentiellement mortelle.

Si les relations entre cancer et environnement font couler beaucoup d’encre, les rapports entre le cancer et son microenvironnement devraient aussi beaucoup faire parler.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à SABCS 11:Cancer du sein, l’heure de la chasse aux traitres.

  1. ALiCe__M dit :

    Merci pour ce billet clair et accessible aux néophytes.

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