Antibiotiques : et si demain on n’en avait plus ?

C’est le scenario catastrophe que personne n’a envie de voir se réaliser : un monde sans antibiotiques. La menace n’est pas que théorique. Entre l’émergence de souches multirésistantes et un usage pas toujours raisonné de ces molécules, il est temps de se réveiller.

La campagne mise en place il y a quelques années et qui proclamait que ‘Les antibiotiques, c’est pas automatique’ a eu son effet. On est arrivé à une baisse de consommation de 16 % en France.
Mais le ‘patient’ est fragile et on constate une légère remontée des prescriptions, de l’ordre de 5 %, disent les autorités sanitaires.

Il est vrai que les pathologies hivernales sont de redoutables arguments contre une prescription prudente d’antibiotiques. La peur, partagée par les patients et les médecins, de voir survenir une surinfection bactérienne sur une maladie virale fait que le stylo court plus aisément sur l’ordonnancier.

Le risque majeur est celui d’une coïnfection à pneumocoques, pour laquelle  il existe, rappelons-le un vaccin efficace pour les personnes à risque, notamment les seniors.

Pour les angines, nombreux sont les médecins qui disposent du test minute qui permet de savoir si on a affaire à une cause virale ou non. On évite ainsi dans plus de 80  des cas une prescription inutile.

Pour les gènes urinaires, on peut aussi utiliser des moyens de débroussaillage, comme les bandelettes qui mettent en évidence divers paramètres qui orientent ou non vers la nécessité d’une prescription.

La grosse difficulté avec la décision de prescription n’est pas vraiment médicale, mais plus liée à des phénomènes socio-économiques.
Un enfant qui a le nez qui coule, qui est fébrile, ne sera pas pris à la crèche et la mère devra, parfois, perdre sa journée de travail pour s’occuper de l’enfant.
Dans une situation tendue au plan économique comme nous la connaissons, des parents vont donc faire pression sur le médecin pour obtenir le médicament qui va régler le problème social !

Or, la plupart du temps, ces pathologies sont virales et l’antibiotique n’aura aucune utilité.
Mais les études ont montré que plus d’une personne sur deux attend, dans ce contexte que le médecin prescrive un antibiotique.

On voit donc que la seule volonté du médecin peut ne pas suffire dans la résolution d’un problème sociétal.
Et en ce qui concerne le changement propre de comportement médical dans la relation avec le patient, il faut compter de dix à  vingt ans.

Le problème c’est qu’un usage pas assez prudent d’antibiotiques ouvre la porte à la génération de résistances par les bactéries. Elles  savent parfaitement s’adapter aux produits censés les tuer et même à des molécules qu’elles n’ont jamais rencontrées !
On l’a vu récemment avec ce gène de résistance appelé NDM-1 qu’on a retrouvé sur des bactéries qui avaient infecté des personnes en Inde et au Pakistan.

Sans aller rechercher cet ‘exotisme’ on sait déjà que cinq bactéries multirésistantes sont à l’origine de 25000 décès chaque année en Europe.
Ces multirésistantes impliquent de recourir à des armes de plus en plus puissantes et onéreuses pour combattre des bactéries qui, jusque là, répondaient à des molécules anciennes et peu chères.
Et la difficulté c’est que l’industrie pharmaceutique met très peu de nouveautés sur le marché et que le stock commence à s’épuiser alors qu’augmentent les résistances.

Un phénomène lié également à un usage de ces molécules dans l’élevage, non pas à titre curatif mais souvent à titre prophylactique. Dans les pratiquas d’élevage de masse où les animaux sont dans une promiscuité lamentable, on donne des antibiotiques dans la nourriture pour prévenir des infections et minimiser les pertes.

Le combat est donc multiple et l’urgence veut qu’on l’aborde sous toutes ses facettes.
En 2007, l’Europe a consommé 3500 tonnes d’antibiotiques en médecine humaine. Au poids du comprimé ou du sachet de poudre, on se rend compte de ce que cela peut représenter.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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12 réponses à Antibiotiques : et si demain on n’en avait plus ?

  1. Bill64 dit :

    Pourquoi le grand public n a pas le droit de faire faire le test chez le pharmacien ou le laboratoire d’analyse ?, Pour éviter les mauvaises automédication .

    • docteurjd dit :

      Quel genre de test ?

      • Bill64 dit :

        Le test , dont je parle, est celui pour savoir si une angine est bactérienne ou virale. Ce test actuellement offert aux médecins qui l utilisent peu.
        Avec ce test un malade peut savoir comment traiter l angine.:
        – Quand c est viral , il ne faut pas utliser les antibiotiques et utiliser des remedes traditionnels des bonbon à base de thym, propolis, extrait de pepin de pamplemouse , eucalyptus, vitamine C et sutout du miel de thym ou avec un peu de citron.
        Cela prend 5 jours minimum pour se soigner, pour que le systeme immunitaire reprenne le dessus (même si on vous prescrit des antibiotiques)
        – Si l angine est bactérienne ou qu il y ait de la fièvre , il faut voir le médecin.

  2. scheers dit :

    Je voudrais qu’on m’explique comment une bactérie que l’on n’a pas, peut devenir résistante lorsque l’on prend un antibiotique alors qu’on a seulement un virus? Je suppose que la majorité des patients doit réagir comme moi et se dire qu’un antibiotique ne peut pas avoir d’effet sur une bactérie absente (je précise que je fais partie des patients plutot tournés vers les médecines douces, je pose donc la question uniquement parce qu’elle doit paraitre logique à de nombreuses personnes). Je pense qu’il serait bien de faire un petit article sur la question

  3. Sartori dit :

    La France détient le triste record d’être le plus grand consommateur de médicaments et bien-sûr d’antibiotiques
    Nous avons subi à plusieurs reprises des campagnes médiatiques qui émanaient du ministère de la santé concernant :
     » Les antibiotiques, ce n’est pas automatique »
     » Ils n’ont aucun effet sur les virus »
     » N’en réclamez pas à votre médecin »
    Le professionnel : c’est le Médecin.
    C’est lui, qui diagnostique.
    C’est lui, qui prescrit.
    C’est lui, qui rédige l’ordonnance
    Pourquoi veut-on à chaque fois incriminer le pauvre péquin pour des décisions qui ne dépendent que des membres et des responsables de la hiérarchie du monde médical et politique?
    Un médecin ce n’est pas un épicier !…

  4. galanga dit :

    « Un enfant qui a le nez qui coule, qui est fébrile, ne sera pas pris à la crèche et la mère devra, parfois, perdre sa journée de travail pour s’occuper de l’enfant. »

    Ou le père, non?

  5. Vetethique dit :

    Je suis vétérinaire et j’aurais beaucoup à dire sur la genèse des résistances… En tout cas, je ne suis pas étonné de voir apparaître un coli entéro-hémorragique multi-résistant.
    Il faut savoir, que l’utilisation des antibiotiques en élevage échappe à tout contrôle !!!!
    Les éleveurs sont libres d’acheter tout ce qu’ils veulent, en quantité illimitée, et de les administrer à leur guise. Ils ont même accès librement à des corticoïdes à action longue (dexaméthasone) sur simple demande. Ce sont pourtant des hormones cortico-surrénaliennes, qu’ils utilisent abusivement comme anti-inflammatoires. Activateurs du métabolisme, ces produits favorisent la rémission symptomatique et donc l’arrêt prématuré du traitement antibiotique associé.
    Comment est-ce possible ??? C’est simple, le marché du médicament est si juteux et est devenu en moyenne 75% des revenus des vétérinaires ruraux… Et si ce ne sont pas les vétérinaires, ce sont les pharmaciens.
    La FNSEA a beau dire que les éleveurs doivent tenir un registre d’élevage… Oui, mais il est le plus souvent vide, ou incomplet, ou trafiqué, ou….. inexistant. Et ce, en toute impunité !!!!! Comment alors vérifier le respect du délai d’attente.
    L’Ordre des Vétérinaires ou des Pharmaciens va également défendre sa position…: « on rédige une ordonnance », Moi, c’est ce que j’appelle un ticket de caisse, puisque c’est daté du jour de la délivrance et non du jour de l’administration (En plus c’est en général en gros flacons, ça coûte moins cher).
    En attendant, les lobbies pharmaceutique et agricole sont beaucoup trop puissants et nos politiques continuent à défiler au salon de l’Agriculture en se félicitant du système sanitaire « à la française ».
    Et les absurdités continuent … Amoxicilline systématique à la naissance (pour ne pas être emmerdés qu’ils disent) ; injection de spécialité prévues pour administration orale ; association de bactéricides avec des bactériostatiques ; administration DANS l’ombilic de spécialités prévues pour la voie intra-mammaire…. j’en passe et des meilleures. Et tout ça le plus souvent conseillé par des techniciens de Coopérative ou des Chambre d’Agriculture, ou encore par le chauffeur de la laiterie, ou comble ; parce que c’est comme ça qu’on faisait au Lycée Agricole….
    En attendant, l’auto-médication, tant déconseillée en médecine humaine, est la règle en médecine du bétail (sources de denrées alimentaires, et d’effluents fertilisants, rappelons le !!) ; et est même favorisée !!
    En plus, on a légalisé cette pratique grâce au décret Prescritpion-Délivrance de 2007…
    Et même les médias ne semblent pas au courant de ce qu’il se passe vraiment…. Et les rares fois où ils en parlent c’est toujours aux vétérinaires qu’ils s’attaquent : qu’ils aillent un peu voir chez les éleveurs et qu’ils leur demandent comment ils utilisent leur médicaments.

    Alors préparons nous : ces Coli pathogènes multi-résistants sont loin d’être les derniers.

    • docteurjd dit :

      REPONSE A VETHETIQUE :

      merci beaucoup pour cet apport si intéressant.

    • JMT64 dit :

      Une anecdote supplémentaire à propos des pratiques vétérinaires:
      Dans les années 80 nous avions mis au point un test de dépistage rapide du rotavirus destiné bien sûr à la médecine humaine mais aussi à la médecine vétérinaire, le rotavirus étant à l’origine de diarrhées sévères chez les veaux entrainant des épidémies fatales dans beaucoup de troupeaux.

      Eh bien strictement aucun succès! Pourquoi? Tout simplement parce que lors d’une épidémie de diarrhées chez les veaux, la « bonne » pratique est de mettre le troupeau sous traitement massif d’antibiotiques (fournis bien évidemment par le vétérinaire..).
      Si les veaux guérissent, c’est bactérien. S’ils meurent, c’est viral!

      cqfd!

  6. hipparkhos dit :

    Il ne faut pas oublier une autre raison de l’usage des antibiotiques dans l’élevage : ils favorisent la croissance et la prise de poids…

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