Cancer et orientation sexuelle : les hétérosexuels s’en sortent un peu mieux

La prise en charge des patients atteints de cancer va peut-être devoir incorporer un élément nouveau et important. Une étude publiée dans la revue ‘Cancer’ montre, en effet, que l’orientation sexuelle joue un rôle dans le devenir des patients. Les hétérosexuels semblent mieux s’en sortir.

L’étude a été menée en Californie à partir d’une enquête faite en 2001, 2003 et 2005. Cette enquête appelée CHIS pour California Health Interview Survey, a inclus des questions concernant les orientations sexuelles des participants âgés de 18 à 65 ans. Les sujets pouvaient se déclarer hétérosexuels, homosexuels  masculins ou féminins, ou encore bisexuels.

L’étude a inclus 71112 femmes et 51233 hommes. Pour la population féminine, on comptait 69078 hétérosexuelles, 918 lesbiennes et 1116 bisexuelles.
Chez les hommes, 49137 hétérosexuels, 1493 gays et 603 bisexuels.

Concernant la survenue d’un cancer dans les années précédant l’enquête, le diagnostic a été porté chez 7252 des 71112 femmes (10,2 %)  et 3690 des 51233 hommes (7,20 %)..

Dans la population féminine, on n’a pas noté de différence significative dans la prévalence des cancers en fonction de l’orientation sexuelle.
On a constaté, en revanche que les femmes bisexuelles avaient une prévalence de cancers du col de l’utérus double des autres populations.
De même, on a constaté plus de cancers du corps utérin chez les lesbiennes.

Mais l’élément essentiel qui différencie les groupes lesbien et bisexuel du groupe hétérosexuel est une appréciation différente de l’état de santé. Ces deux groupes estiment être en moins bonne forme et avoir des problèmes de santé beaucoup plus importants que le groupe des femmes hétérosexuelles.

Cette probabilité d’être en moins bonne santé est deux fois plus élevée chez les lesbiennes et les bisexuelles après un cancer que chez les hétérosexuelles dans cette enquête.

Pour les hommes, le tableau est quelque peu différent. Le fait d’être gay multipliait par 2 le risque d’avoir eu un diagnostic de cancer. Précision importante, cette étude ne comprenait aucune information sur le statut VIH + ou VIH-. L’âge de survenue du cancer était également plus bas chez les gays, 41 ans en moyenne.

La grande différence entre la population se définissant comme gay et les hétérosexuels porte sur le cancer de la prostate, trois fois moins fréquent dans la population gay.

Pour les autres localisations, en particulier le cancer de l’anus, du colon mais aussi du poumon ou encore le mélanome malin, le risque de survenue était, dans l’étude, plus élevé dans la population gay, les bisexuels se trouvant dans un risque intermédiaire.

Pour les cancers de l’anus et les cancers de la sphère ORL on connait maintenant l’importance du rôle du virus HPV, virus de papillome humain. D’ailleurs, aux Etats-Unis, la vaccination contre le HPV est recommandée chez les hommes ayant des rapports homosexuels.

Contrairement à ce qui avait été constaté dans la population féminine, il n’y avait aucun sentiment de dégradation de l’état de santé en fonction de l’orientation sexuelle.
Cette étude apporte donc des informations qui peuvent sembler hétéroclites mais qui donnent des indications intéressantes.

D’abord la nécessité d’une prévention orienté chez les gays, notamment vis-à-vis du HPV et une incitation insistante à cesser de fumer, le tabac étant impliqué dans les cancers du poumon et du colon.

Pour les femmes, cette perception d’une santé dégradée n’a pas d’explication nette mais elle peut impliquer qu’on mette en place des moyens d’aide spécifique. Le renforcement du dépistage du cancer du col et du corps de l’utérus semble aussi important.

Mais tout cela suppose qu’on connaisse l’orientation sexuelle des patients atteints de cancer et, en l’état actuel, cela ne semble pas la question la plus évidente à poser lors de la consultation d’annonce.

Référence de l’étude :
Ulrike Boehmer et al.
Cancer Survivorship and Sexual Orientation
Cancer . Published online: 9 MAY 2011 DOI: 10.1002/cncr.25950

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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2 réponses à Cancer et orientation sexuelle : les hétérosexuels s’en sortent un peu mieux

  1. oldmanwhite dit :

    opéré de la prostate en février 2010 j’ai retrouvé une miction parfaite, une virilité satisfaisante, par contre au moment de l’orgasme chaque spasme amène une douleur qui appele une autre douleur au spasme suivant. ceux qui comme moi ont subit une résection par voie naturelle pouraient-ils me dirent s’il en est ainsi pour eux.
    d’avance merci.

  2. Oursenfurie dit :

    Moi qui avait réussi à réduire ma conso de tabac, ça fait un peu plus réchéflir (oui, réchéflir 🙂 ).
    Concernant le HPV je suis très étonné…je connaissais ce virus mais les différentes campagnes de pub laissaient entendre qu’il s’attaquait surtout aux femmes (les campagnes parlent de jeunes filles se faisant vacciner dès 16 ans, etc…). Je me demande pourquoi ils n’ont pas fait de campagnes plus généralistes…
    Et en effet je vois mal un médecin demander à un(e) patient(e) son orientation sexuelle après lui avoir annoncé la découverte d’un cancer…
    Jpense que le manque d’infos et l’évolution des mentalités jouent un rôle primordial dans tout ça.
    Merci pour l’article 😉

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