MEDIATOR :les prescripteurs hors AMM mettraient aussi la main à la poche

Au moment où les rumeurs sur le mode d’indemnisation des patients victimes du Mediator laissent entendre que les médecins prescripteurs pourraient être impliqués, je vous propose de lire ou de relire cet article que j’avais écrit le 17/11/2010 sur le blog santé de France 2.

 

Dans l’affaire du Médiator, on va tomber à bras raccourcis sur le laboratoire et l’Agence de sécurité sanitaire, l’Afssaps. Mais il ne faut pas oublier qu’un médicament est prescrit par un médecin, qui, théoriquement, doit respecter les indications de l’autorisation de mise sur le marché, ou AMM.

C’est une anecdote exemplaire que m’a raconté ce matin une voyageuse dans le TGV entre Tours et Paris.
Cette femme qui a de bonnes connaissances médicales consulte l’hiver dernier sa gynécologue. Elle est ennuyée. Elle est ménopausée depuis peu, prend un traitement hormonal substitutif et elle a pris un peu de poids. Elle demande donc à sa spécialiste si ce THS peut être la cause de sa prise de poids ou s’il s’agit simplement d’un phénomène naturel.
‘Rien de bien méchant’ lui répond la gynéco à la descente de la balance ‘je vais vous donner du Médiator’.
Mon interlocutrice s’étonne : ‘Je ne suis pas diabétique, pourquoi du Médiator ?’. Il faut dire que son domaine d’activité fait qu’elle connait bien la diabétologie.
‘ Non, c’est juste un booster’ répond la gynécologue ‘Ca va vous aider à perdre un peu de poids’.
Exemple typique d’une prescription qui ne respecte pas l’indication thérapeutique précisée dans l’AMM ‘Adjuvant du régime adapté chez les diabétiques avec surcharge pondérale.’
On peut donc parler d’une prescription hors AMM. Une pratique possible mais fortement déconseillée aux médecins, sauf dans des cas bien particuliers et en s’entourant d’un grand nombre de précautions. Car, pour le praticien, le risque de voir sa responsabilité engagée en cas d’accident n’est pas nul.
Théoriquement, même, ces prescriptions de Médiator hors AMM auraient du se faire sans que les patients puissent bénéficier du remboursement.
Il est simple, facile même, de mettre toute la faute sur le laboratoire et sur les pouvoirs publics. Ils sont loin d’être exempts de reproches.
Mais il faudrait aussi se demander comment des médecins peuvent prescrire ainsi un produit pour lequel ils n’ont aucune preuve scientifique de l’efficacité en tant que produit anorexigène, dans une population non-diabétique.

Le résumé des caractéristiques du produit.RCP sur le site de l’Afssaps

Un grand merci à Jean Marie Vailloud, qui tient le passionnant blog www.grangeblanche.com et qui m’ a fourni deux sources concernant la responsabilité médicale en cas de prescription hors AMM

La fiche de la MACSF

La fiche 44 du livre de Michel Bernard : ‘120 questions en responsabilité médicale’ . Masson ed.2007

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à MEDIATOR :les prescripteurs hors AMM mettraient aussi la main à la poche

  1. Oursenfurie dit :

    Et dans ce cas là, que faire? En effet le portefeuille du laboratoire va en prendre un sacré coup (à condition qu’il paye réellement sa dette envers les patients…) mais les médecins qui ont prescrit le Médiator hors AMM, qu risquent-ils? Au pire un simple blâme? À moins que les patients s’attaquent un à un à leur médecin respectif mais à mon avis il ne faut pas compter là dessus…le brassage médiatique autour de l’affaire est tel que le coupable a été auto-suggéré aux victimes.
    En fait je n’espère que deux choses dans cette histoire : que le laboratoire paye réellement mais aussi que tous les médecins qui ont fait ces prescriptions hors AMM soient tout simplement radiés de l’ordre des médecins. C’est peut-être une sanction lourde mais au final je crois que cette histoire illustre un autre problème. Malheureusement de plus en plus de médecins (rassurez-vous je ne vous inclus pas dans le lot 😉 ) adoptent une attitude commerciale envers leurs patients. Un exemple simple :
    Une patiente agée de 91 ans qui se plaint de bouffées de chaleurs, d’insomnies et de crises d’angoisse. Son médecin lui prescrit du Temesta combiné à du Téralène pour les bouffées de chaleurs et les insomnies et du Lexomil pour les crises d’angoisse. Total, 3 antidépresseurs/anxiolytiyques, plus un autre qu’il lui a prescrit pour des maux de ventre (!). Donc 4 antidépresseurs/jour pour traiter des symptômes qui n’avaient (à priori) rien à voir avec les taitements en question.
    Comme je le disais plus haut, beaucoup de médecins font aujourd’hui office de succursale des laboratoires et je pense que c’est là que se trouve le fond du problème…

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