Comment bien se répandre dans les médias grace aux pesticides.

Des annonces tonitruantes qui relèvent plus du spectacle que de la science et qui blâme-t-on ? Les médias, pas les ‘scientifiques’. Certes, la presse ne fait pas toujours son travail mais c’est plus simple de fustiger la presse que de s’en prendre à certains mandarins.

La semaine dernière, vous avez sans doute entendu sur votre radio du matin l’information suivante : les petits enfants de sexe masculin des femmes ayant pris du DES (diethylstilbestrol commercialisé sous le nom de Distilbene®) pendant leur grossesse avaient un risque malformatif particulier et fréquent.

Cette malformation c’est l’hypospadias. Il s’agit d’une anomalie du développement fœtal qui se traduit par l’abouchement de l’urètre non pas à l’extrémité du gland du garçon, mais dans sa portion inférieur.

Cette malposition du méat urinaire peut être corrigée chirurgicalement.

Il y a quelques jours, une conférence de presse était convoquée à Montpellier par le professeur Charles Sultan, endocrinologue au CHU de cette ville. A l’occasion de la publication d’une communication dans la revue ‘Fertility & Sterility’.

Une équipe pluridisciplinaire avec  comme premier auteur le Dr Nicolas Kalfa, urologue pédiatrique, a colligé des informations provenant de 529 familles. Dans ces familles, la première génération avait reçu du DES en prévention de fausses couches pendant la grossesse dans 1000 cas, alors qu’il n’y avait pas eu de DES dans 180 autres cas.

Dans la seconde génération, chez les enfants des femmes n’ayant pas eu de DES on n’a constaté aucune malformation génitale.

En ce qui concerne les femmes exposées, sur les 448 garçons nés, 16 avaient un hypospadias (soit 3,5 %. Sur les 552 filles, les anomalies génitales atteignaient plus de 28 % avec 157 filles touchées.

Les auteurs du rapport ont alors considéré la troisième génération. Chez les garçons nés de femmes de la deuxième génération, on a trouvé 8 cas d’hypospadias.

En conférence de presse et dans les médias, mais pas sur France 2, on a pu entendre Charles Sultan expliquer qu’on était, à la troisième génération sur un risque multiplié par près de 50.

Cinquante fois plus de risques d’avoir un hypospadias pour un garçon dont la mère aurait eu une malformation liée au DES prise par sa propre mère. J’espère que vous suivez !

Des risques multipliés par 2, voire par 3 sont des probabilités qu’on rencontre parfois dans les études épidémiologiques, mais pas très souvent.

Mais des risques multipliés par 50, j’avoue ne jamais en avoir entendu parler.

Sauf, bien sûr, quand le recueil des données n’ pas été méthodologiquement satisfaisant, ce qui se dit plus simplement quand l’étude n’est pas très bien faite. Ou, encore quand les effectifs sont trop faibles et qu’on ne peut se permettre d’extrapoler à partir des chiffres obtenus.

Un argument dont Charles Sultan ne s’est pas soucié, semble-t-il puisqu’on n’avait que 8 cas, ce qui est vraiment peu pour en tirer des conséquences.

Pourtant, il en a conclu que les dommages du DES étaient transgénérationnels et que cela montrait que les pesticides pouvaient faire la même chose.

Le DES n’est pas un pesticide, mais un produit hormonal capable de modifier certains équilibres. Donc le médecin assimile DES et pesticides ou bisphénol A, disrupteurs endocriniens et en fait un seul message.

Pourquoi pas, la démonstration viendra peut-être un jour, qui sait ?

Mais, en ce qui concerne la ‘découverte’ de l’effet transgénérationnel, là, ce n’est pas nouveau, c’est même bien établi depuis 2002. En 2007 des néerlandais ont même évalué le risque avec une magnitude de 3,5. On est un peu loin de 50 !

Ces résultats ont irrité l’association DES-France qui, depuis des années, fait un remarquable travail d’information sur les méfaits liés à la prise du DES en France. Ce produit a été utilisé chez nous très tardivement alors qu’il avait été interdit dans beaucoup de pays.

Mais ce qui me dérange c’est que DES-France s’en prend à la presse dans sa colère très feutrée contre la publicité faite aux travaux montpelliérains.

L’association met en évidence le fait que les résultats étaient déjà connus, comme je l’ai dit plus haut.

Elle insiste aussi sur le fait que l’hypospadias, aussi ennuyeux soit-il, ne peut se comparer aux risques de cancers, notamment du vagin, encourus par les filles des femmes ayant reçu du DES.

J’ai fait remarquer à DES France que plutôt que d’attaquer la presse, mieux eût valu s’en prendre à celui qui a choisi cette forme de communication.

Il est certain que de convoquer une conférence de presse à Montpellier, où les médias locaux n’ont pas obligatoirement de journalistes spécialisés et sans donner la publication scientifique, c’est jouer sur du velours.

La faire à Paris n’aurait, soyons honnête, sûrement rien changé et conduit aux mêmes résultats !

Un ‘professeur’ qui parle de risques de malformations liés à l’environnement, puisqu’on passe du DES aux pesticides et qu’on traverse les générations, c’est excitant ! Le concept de ‘pesticide héréditaire’ est né !

DES-France dit qu’elle est une petite association et que ce n’est pas son style de ‘rentrer dedans’ violemment.

Mais, en l’occurrence, ceux qui savent, ce ne sont pas les médias, c’est DES-France et si les propose du médecin de Montpellier ne rencontrent aucune contrepartie documentée, ils deviennent vérité ‘médiatique’.

Il y a quelques années déjà, ce même universitaire avait déclaré dans la presse locale, reprise nationalement, qu’il voyait à sa consultation moult bébés mâles affublés de micropénis et moult bébés filles avec des développements poitrinaires anormalement importants.

Là encore, il incriminait les pesticides.

Ces données n’ont jamais été publiées dans la littérature scientifique. Etonnant de la part d’un universitaire.

Elles n’ont pas, en outre, résisté à une révision faite par les épidémiologistes de l’INVS, l’institut de veille sanitaire. On a d’ailleurs oublié ce détail !

Il ya des créneaux très porteurs et ce qui touche à l’environnement et aux pesticides en est un. On peut lire ainsi dans le Parisien du 12 avril que l’épouse de Yann Arthus Bertrand souffre de la maladie de Parkinson et que ce dernier incrimine le rôle des pesticides.

On a montré une association entre pesticides et syndromes parkinsoniens chez des agriculteurs exposés à ces produits quand ces agriculteurs avaient un mécanisme génétique de détoxication particulier.

On ne l’a pas démontré encore pour les populations urbaines, notamment de certains quartiers huppés parisiens.

Face à ce créneau porteur dans lequel des personnes savent parfaitement s’engouffrer, il faut pouvoir faire la part des choses. Ce ne sont pas les journalistes qui y arriveront tous seuls, d’autant que certains sont plus militants qu’informateurs.

Il faut que de temps en temps, celles et ceux qui détiennent une parcelle de la connaissance n’hésitent pas à la partager au risque de froisser certaines susceptibilités de notables.

C’est aussi cela la démocratie sanitaire.

Référence de l’étude :

Nicolas Malka et al.
Prevalence of hypospadias in grandsons of women exposed to diethylstilbestrol during pregnancy: a multigenerational national cohort study

Fertil Steril 2011. April 1 article sous presse accédé en ligne le 4 avril 2011

Résumé


L’étude néerlandaise :

Brouwers MM et al.
Risk factors for hypospadias

Eur J Pediatr. 2007 Jul;166(7):671-8.

Le site Internet du réseau D.E.S France

La prescription de Distilbène chez la femme enceinte a été interdite en 1977 en France.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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