VIH/SIDA CROI 2011 : Sous trithérapie, la vie s »allonge mais les cancers sont plus fréquents.

Les traitements actuels de l’infection par le VIH ont un effet étonnant. Vivant plus longtemps, les personnes porteuses du virus développent deux fois plus de cancers que la population générale. Une donnée qu’on ne peut plus négliger.
 
C’est un paradoxe qui ne cesse de troubler les cliniciens qui suivent des patients séropositifs pour le virus VIH (VIH+) et les biologistes. L’existence de cancers chez les personnes porteuses du virus est un phénomène de moins en moins rare et prend des aspects nouveaux. C’est ce qu’a tenu à rappeler aujourd’hui à Boston Ronald Mitsuyasu, de l’université de Californie à Los Angeles, UCLA.
 
La 16ème  conférence sur les rétrovirus, la CROI, a consacré une session à ce phénomène qui pose un certain nombre de problèmes aux équipes médicales.
Cancer et sida n’est pas une découverte pour les spécialistes. Depuis le début de la maladie, on sait qu’il y a des tumeurs associées à l’infection, comme le sarcome de Kaposi, les lymphomes malins non hodgkiniens ou les cancers du col de l’utérus. Mais, à l’exception du dernier cité, ces cancers avaient tendance à diminuer en fréquence. Leur place aura rapidement été comblée avec l’émergence de cancers du poumon, du foie, des lymphomes hodgkiniens, des cancers ‘tête et cou’, principalement du pharynx et du larynx et le cancer de l’anus dont la fréquence ne cesse de croître.
 
En revanche, rien du côté sein et prostate.
 
Comment expliquer cette élévation de tumeurs non liées directement au VIH ? D’abord il y a l’âge des patients qui vivent plus longtemps grâce aux traitements combinés, les multithérapies. Mais il y a aussi un phénomène de vieillissement prématuré lié à la pathologie sous-jacente. Et plusieurs de ces cancers ont une origine virale : col de l’utérus, cancers ORL et cancer anal sont associés au virus HPV, le papillomavirus. Le cancer du foie est favorisé par l’infection des virus des hépatites B et C.
 
Ces virus jouent sans aucun doute un rôle néfaste en bloquant l’action de gènes anti-tumoraux et en favorisant une persistance de l’état inflammatoire.
 
En ce qui concerne le poumon, le rôle du tabac a été avancé car on a constaté une tendance à fumer beaucoup parmi les personnes VIH+. Mais cette hypothèse du tabac n’est pas suffisante pour expliquer la montée en puissance de ce type de tumeur.
 
On s’est inquiété d’un éventuel rôle favorisant des médicaments utilisés contre le virus VIH, mais rien ne permet aujourd’hui de les incriminer.
 
On sait, en revanche, qu’un compte très bas de lymphocytes CD4 est un facteur aggravant quand cette baisse est récente.
 
Les spécialistes plaident donc, surtout chez les sujets les plus âgés, pour une mise sous traitement antirétroviral assez rapide, dès que le taux de CD4 descend, sans trop attendre.
 
Ils estiment aussi qu’il faut que l’information sur ce surcroît de cancers soit bien connu des médecins et des patients afin de faire prendre conscience à tout le monde de la réalité du problème.
Cela entraine une politique de prévention, notamment vis-à-vis du tabac, mais aussi de dépistage pour le col de l’utérus et le canal anal. Ce dernier point est important à noter. Il n’est pas évident, spontanément, d’imaginer un médecin aller examiner les plis de la marge anale de ses patients. Il semble donc utile de signaler à son médecin l’existence de rapports anaux surtout si l’on sait ou si l’on craint d’être VIH+. Les médecins des consultations spécialisées y pensent d’office, les autres pas obligatoirement.
 
Or, ce cancer, pris tardivement, est assez difficile à soigner.
 
La prévention passe aussi par la vaccination, hépatite B et HPV. Actuellement le vaccin HPV n’est fait que chez les adolescentes et les femmes jeunes. Mais aux Etats-Unis, elle est proposée aux hommes ayant des rapports homosexuels. La recrudescence des cancers de la sphère ORL en Occident devrait amener à proposer la vaccination aux garçons également.
 
Le point difficile c’est le traitement et la peur d’interférences et d’effets secondaires lourds à cause de la conjonction chimiothérapie-traitement antirétroviral.
 
Ce ne doit, en aucun cas, être un argument pour ne pas traiter efficacement les patients VIH+ atteints de cancer. On peut combattre les effets secondaires et les cancers chez ces patients répondent aux traitements et aux nouvelles thérapies ciblées, même si le taux de récidives est plus élevé que dans la population générale des patients atteints de cancer.
 

Photo :CROI 2011 Hynes convention center, Boston (DR)

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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