Médicament : le meilleur visiteur médical de France c’est Paris-Match

Une promotion de médicaments hors de leur indication officielle, un médecin qui parle d’un médicament en des termes plutôt très favorables alors que ce produit n’est pas dénué d’effets secondaires. Vous pensez Médiator. Non point. Ces deux situations se trouvent dans Paris-Match sorti vers le 20 février.

Paris-Match est lu, très lu. Il est aussi beaucoup feuilleté dans les salons de coiffure et dans les salles d’attente des médecins. Ce n’est donc pas un hasard, ni anodin, que ce journal serve souvent à la promotion de médicaments, dans certains cas bien avant leur mise sur le marché. Ce fut le cas avec un traitement de l’hypertension, l’aliskirene, dont, à l’usage, les résultats sont loin d’atteindre les promesses faites par un cardiologue d’un grand hôpital parisien. Le même a fait partie des pourfendeurs des génériques, mais il n’y a sans doute pas de lien de cause à effet.
Revenons-en à ce dernier numéro du spécialiste du poids des mots et du choc des photos.
Le premier produit abondamment cité est le baclofène. Ce produit, déjà ancien puisqu’il est même ‘génériqué ‘ était utilisé par les neurologues dans la prise en charge des contractures spastiques, notamment au cours de la sclérose en plaques.
Le baclofène s’est fait une deuxième jeunesse quand, en 2008, un cardiologue français vivant à New-York, le Dr Olivier Ameisen a publie un livre ‘Le dernier verre’ dans lequel il raconte qu’il s’est sorti de son alcoolisme invétéré Graca à cette molécule prise à des doses bien supérieures à ce que permet le cadre réglementaire de l’AMM (autorisation de mise sur le marché).
Ce livre a connu un accueil à deux facettes, les spécialistes en alcoologie restant plutôt sceptiques, mais certains médecins et le public se sont passionnés pour ce produit.
Le problème c’est qu’il faut prouver qu’il ne s’agit pas là d’une histoire unique mais d’une réussite reproductible. Pour cela, il faut mener un essai clinique d’envergure en comparant le baclofène à un placebo ou à un autre traitement. Mais le baclofène est génériqué, et personne, dans l’industrie n’a envie de lancer une étude qui va, de fait, profiter à une foule de concurrents.
Un essai est cependant en cours, mais loin d’être terminé.
Cela n’empêche pas l’article de Paris-Match de survendre le produit et, le plus étonnant sans doute, c’est d’y lire les déclarations d’une avocate !
Cette dernière dit aux médecins qu’ils peuvent parfaitement prescrire le produit hors AMM. Elle oublie ‘juste’ de leur dire que dans ce cas, ils ont l’obligation de porter sur l’ordonnance, la mention ‘NR’ (non remboursé) ce qui fera que le patient paiera son traitement, peu cher il est vrai.
Ne pas porter cette mention pourrait, en revanche, coûter cher au médecin, les Caisses d’assurance-maladie pouvant se retourner contre lui, comme elles commencent à le faire pour le Médiator.
L’avocate se proposera sans doute pour les défendre ! Une avocate qui invente également de la jurisprudence. Elle déclare, dans ce même article, que les médecins ne doivent pas hésiter à prescrire le baclofène, car, plus tard on pourrait leur reprocher de ne pas l’avoir fait.
Je ne sais pas où cette dame a vu des médecins inquiétés pour ne pas avoir prescrit un produit n’ayant pas l’AMM pour une nouvelle indication. Mais elle me surprend quelque peu, et c’est un euphémisme.
Quittons le baclofène et rendons nous dans la page santé de cet hebdomadaire. Là un cardiologue (décidément), nous vante l’intérêt de la rosuvastatine (CRESTOR®), médicament de la famille des statines, utilisées pour abaisser le taux de cholestérol.
Mais l’utilisation prônée par le médecin interviewé concerne des personnes dont le taux de cholestérol est considéré dans les limites de la normale.
Une étude, très discutée, menée aux Etats-Unis, a montré que certains sujets à tau de ‘mauvais cholestérol’ normal (le LDL-cholestérol) pouvaient avoir une anomalie touchant une protéine impliquée dans les phénomènes inflammatoires, la CRP ou C-Reactive Protéine. Cette anomalie est détectée par un test dit de dosage ‘ultra-sensible’. Une valeur supérieure à 2mg/l est considérée comme facteur de risque, selon Paul Ridker qui a conduit l’étude JUPITER sur l’intérêt de cette mesure.
L’administration américaine a décidé d’autoriser la prise de rosuvastatine à une dose plutôt élevée, 20 mg, chez des hommes de plus de 50 ans ou des femmes de plus de 60 ans ayant une CRP ultra sensible supérieure à 2 mg/l et un autre facteur de risque associé comme une HTA, un taux bas de HDL-Cholestérol, le ‘bon’, fumeur, hérédité d’accident vasculaire avec un parent décédé précocement.
L’Europe a pris une décision assez proche mais cette décision soulève beaucoup de critiques.
La méthodologie de l’étude JUPITER pose, en effet des problèmes dans sa conception et son analyse. De plus, les statines sont connues pour entrainer des atteintes musculaires pouvant prendre des formes sévères appelées rhabdomyolyse.
On peut se poser la question de savoir si traiter des personnes n’ayant comme facteur de risque qu’une CRP élevée à 2mg/l  se justifie pleinement actuellement.
Visiblement, le cardiologue interrogé dans Paris-Match le pense, sans avoir de doutes. On a l’impresson de se trouver face  à une molécule douée de moult qualités et de zéro défaut. J’imagine que nombre de médecins vont donc se faire prier de prescrire du Crestor dans les jours qui viennent.
Petit rappel au règlement : depuis la loi du 4 mars 2002, tout médecin qui s’exprime publiquement doit faire état de ses éventuels liens d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique.
J’estime que ce devrait être le cas à chaque fois que de tels articles paraissent où est promu un produit.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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9 réponses à Médicament : le meilleur visiteur médical de France c’est Paris-Match

  1. Alain F dit :

    Je reconnais que vocation est maladroit car ambigu, mais un médecin a quand même vocation à soigner et si possible à guerrir.

    Ceci dit, il ne s’agit pas d’être pour ou contre, il s’agit simplement de constater les résultats obtenus. Il sont probants au delà de toute attente.

    Une fois ce constat fait, on peut se poser la question suivante: ‘Pourquoi ceux qui ont pour mission d’aider les malades piégés par l’alcool ou autres addictions font il la fine bouche".

    A chacun d’imaginer une réponse.
    Bien cordialement

  2. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A ALAIN F :

    Je crois qu’il est impossible d’avoir une discussion rationnelle autour du baclofène. On est dans un mécanisme quasi ‘religieux’ avec pro et anti.

    Quant à la vocation, j’aime mieux favoir affaire à un médecin qui exerce sa profession qu’à un médecin qui a la vocation . Le premier me semble moins dangereux que le second.

  3. alain f dit :

    Depuis deux ans, le nombre de patients traités au Baclofène a augmenté de 25000 -vingt cinq mille- (source sécu)!.
    Qui donc en fait la prescription? Des médecins qui respectent le serment d’Hypocrate, tout simplement, en soulageant des malades.
    Dénoncez plutôt la résistance de ceux qui « prospèrent » autour de l’alcool plutôt que de vilipender ceux qui assument leur vocation.

  4. Sylvie dit :

    Concernant l’avocate, elle n’invente pas la jurisprudence, elle ne fait que la rappeler …
    D’autres qu’elle font état de la même chose.

    Et puis son article est bien plus ancien que l’histoire du baclofène auquel elle ne fait d’ailleurs pas référence.

    Un essai, nous le voulons aussi, mais en attendant qu’enfin les pouvoirs publics le programment, nous voulons surtout que cesse ces morts évitables …
    Le médiator a tué quelques centaines de personnes en France en 30 ans, c’est regrettable, l’alcool en tue tous les jours 120 …

  5. Na dit :

    Merci Jean Daniel pour votre retour

    Mais peut être pouvez vous dans ce cas faire partie de ceux qui interpellent les pouvoirs publics ? Rien ne vous empêche de venir un soir dans le JT de France 2 parler des enjeux du baclofène, en tout cas pour les malades, puisque nous avons bien compris que, médicament générique, il n’y avait aucun autre enjeu : ni financier, ni de palme honorifique.

    Depuis plus de deux ans avec la parution du livre d’Olivier Ameisen, des malades prennent du baclofène. Parfois suivis par un médecin. Parfois, plus problématique en auto-médication. Et si les malades se font entendre on ne les écoute pas. Pourtant ils vous diront que c’est ça ou crever.
    – Que c’est ça car ils ne peuvent plus vivre avec cette maladie.
    – Que c’est ça car ils ont essayé plein de choses sans succès.
    – Que c’est ça par ce qu’il veulent pouvoir redresser la tête et cesser de se prendre dans la gueule le regard de la société qui vous l’avouerez est loin d’être tendre pour ces faibles qui s’écoutent tellement.
    Un renard se bouffera une patte coincée dans le piège pour récupérer la liberté. Je suppose que vous comprendrez cette image. J’en reviens au bénéfice/ risque que même la frileuse SFA met d’ailleurs désormais en avant pour le Baclo.

    Il y a des guérisons, il y a aussi des états améliorés. Ce que je peux dire, de mon regard extérieur c’est que notre médecin généraliste a ouvert des yeux ronds en voyant les résultats sanguins de Stéphane. Ce dernier, suivi par Renaud de Beaurepaire, a fini par lui lâcher le morceau. Depuis ce généraliste prescrit le baclofène et obtient des résultats là où il faisait chou blanc.
    – Quant à la prescription hors AMM, tous médecins avouent en prescrire régulièrement
    – Quant aux doses supérieures à celles préconisées lors de l’obtention de l’AMM, parlons un peu des benzo où sur toutes les notices il est indiqué des courtes durées. Mon père a un lexo et un stillnox jour.. depuis plus de deux ans. Ce n’est pas sur les notices, il me semble. Mais c’est tellement pratique pour avoir la paix avec les personnes agées… Elles dorment bien quand il n’y a pas assez de personnel dans les maisons de retraite…

    Alors oui, le baclofène fait débat. Et c’est tant mieux. Et nous comptons d’ailleurs sur vous pour enquêter sur le sujet et d’en faire état à une belle heure de grande écoute. Car à chaque fois qu’on en parle, même pour émettre des critiques, un nouveau malade découvre un traitement dont il n’avait pas connaissance.
    A chaque fois c’est sans doute une vie de sauvée. Vous n’allez pas, comme vous l’indiquez dans votre réponse, générer une tempête. Vous aiderez sans doute à ce que quelqu’un mette fin à celle qui ravage sa vie. Bien cordialement

  6. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A NA,SYLVIE ET PHILIPPE D :

    Je comprends bien qu’en parlant du baclofène, je génère la tempête !

    Je vais donc faire une explication de texte. Je ne demande qu’à être convaincu de l’intérêt de ce produit et j’espère que cette  preuve viendra vite.

    Mais nous vivons à une époque où l’efficacité d’un médicament doit être montrée selon une méthodologie précise, pas à coup de succès individuels.

    Il faut donc qu’un essai soit mené selon les règles.Et c’est sans doute la responsabilité des pouvoirs publics d’en prendre la responsabilité financière.

    Quant aux propose de l’avocate, je répète qu’elle n’a pas à inciter à la prescription ni à inventer de la jurisprudence.

    On ne peut pas, d’un côté, reprocher à notre systême de mal fonctionner à cause du Médiator et de tolérer les mêmes méthodes pour un autre produit, fut-ce le baclofene.

    Petite précision : je ne publie aucun lien externe, d’où la disparition de ces derniers dans certains de vos messages.

  7. Philippe D. dit :

    Bonjour,

    petit commentaire sur la première partie de l’article : il vous a visiblement échappé que, depuis la parution du bouquin d’Ameisen, des centaines d’autres patients que lui ont été guéris de la même manière. Pas grave. Mais renseignez vous quand même.

    Autre chose : la comparaison avec le placebo c’est la tarte à la crème. On ne compare avec un placebo que ce qui ne marche pas vraiment, ou pas tellement.

    Le baclofène traite la dépendance à l’alcool et c’est le premier médicament qui marche. Point final.

  8. sylvie dit :

    Concernant le baclofène, j’ai un avis bien évidemment différent du votre puisque ce médicament m’a, moi aussi,permis de guérir de mon addiction à l’alcool.
    Vous parlez de non reproductivité des résultats, ils se sont bel et bien reproduits sur des centaines de patients suivis en France et auxquels des médecins ont accepté de prescrire du baclofène.
    Quant à l’essai auquel vous faites réference il n’a pas commencé et ne commencera sans doute jamais.
    Heureusement pour tous les malades, dont quand même 120 d’entre eux meurent chaque jour faute de traitement efficace, les hollandais le réaliseront, de surcroit à haute dose de baclofène.
    Concernant les dires de Mme Paoletti, avocate, je ne peux que vous inviter à relire son article :
    ..
    Elle parle bien en effet du fait que les médicaments hors AMM n’aient pas à être remboursés, ce qui de toute façon, vous l’avourez est un point de détail somme toute assez négligeable vues les enjeux sanitaires.
    Dernier point: pour l’instant personne en effet n’a jamais été inquiété pour non prescription hors AMM; qu’en sera-t-il si les familles des malades décédés faute d’avoir pu bénéficier de ce traitement se retournent en masse contre leurs alcoologues ?
    Voir à ce sujet, ce qu’en dit Renaud de Beaurepaire :

  9. Na dit :

    "certains médecins et le public se sont passionnés pour ce
    produit.", "Le public", vous voulez dire les malades alcooliques ? Ceux pour lesquels les traitements habituels n’ont eu aucun effet ? Je vous en parle d’autant plus facilement que je ne suis pas alcoolique mais compagne d’un ex alcoolique. traité au baclofène depuis plus de deux ans. plus aucun signe d’addiction en deux mois de traitement en montant à 120mgs. Je pense que sans ce traitement il serait peut être mort à l’heure actuelle. Car si vous semblez apporter toutes les réserves sur les performances de cette molécule et éventuellement sa dangerosité, vous connaissez sans doute en médecine le facteur bénéfice/risque.
    Il semble que pour beaucoup de malades le bénéfice reste supérieur aux risques de leur maladie. Nous pouvons en effet comparer les effets secondaires et le risques auxquels sont exposés les alcooliques… Il n’y a pas photo.
    Je vous signale par ailleurs que le même jour, 24 février, Sciences et avenir consacrait 7 pages (et la redac chef son édito) au Baclofène. Ici point de "poids de mots et de choc des photos". Mais là encore "Une promotion de médicaments hors de leur indication officielle". Les journalistes sont bien légers, n’est ce pas ? Ce qui est drôle c’est qu’ils sont de plus en plus nombreux. La revue de presse consacrée au Baclofène le prouve.

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