Personnes agées : la musique comme prévention des chutes.

Un piano comme moyen de lutte contre la dépendance des personnes âgées. C’est, de façon un peu réductrice, ce que vient de montrer une étude suisse qui repose sur une technique de rythmique, la méthode Jaques-Dalcroze.

La crainte de nombre de seniors c’est de tomber. Tomber chez soi, tomber dans la rue. Parce que la chute est vécue comme synonyme de fracture, bien que ce soit le cas dans 2 à5 % des cas seulement, heureusement peut-on dire.
Mais ces fractures, notamment celles du col du fémur ou de l’humérus, peuvent avoir des conséquences très sérieuses et générer un handicap important. Au point même que dans un certain nombre de cas, la victime de la fracture doit se résoudre à quitter sa résidence habituelle et intégrer une maison de retraite médicalisée.
Ces chutes ont des causes multiples, l’une des principales étant la modification des caractéristiques de la marche avec l’âge qui avance.
L’équilibre est moins stable, l’amplitude des pas à tendance à diminuer et, surtout, la concentration de l’attention sur la marche fait que la personne âgée a moins de ‘temps de cerveau disponible’ pour apprécier l’environnement, les obstacles, les bruits.
Un test typique est de poser une question à une personne âgée qui marche. Si elle s’arrête pour répondre, on peut prédire un risque de chute élevé dans les mois qui suivent.
Apprendre à mener deux actions en même temps, restaurer l’équilibre, lutter contre la diminution d’amplitude du pas, c’est ce à quoi se sont attelés des spécialistes genevois dont les travaux viennent d’être publiés dans la revue américaine ‘Archives of Interna Médicine’.
Leur intervention repose sur une technique rythmique créée au siècle dernier par le musicologue suisse Emile Jaques-Dalcroze.
Pour lui, la musique ne s’écoutait pas seulement, mais se vivait avec tout le corps.
Les médecins genevoix ont donc étudié 134 personnes âgées de plus de 65 ans et qui avaient déjà chuté. Un groupe de 66 a été soumis à la méthode eurythmique, le second, 68 personnes a été suivi normalement.
Le groupe ‘musique’ a, pendant six mois, bénéficié d’une séance hebdomadaire d’une durée d’une heure.
Pendant ce cours, une ‘rythmicienne’ a proposé aux participantes une série d’exercices rythmés par le son du piano. Le principe est de se déplacer dans une salle en changeant son rythme de marche, en marquant la mesure avec les pieds et les mains, en restant en équilibre le temps que dure une ‘blanche’. Mais il y a eu aussi des exercices combinant jeu de ballons et marche ou chant et marche avec des gestes à faire en rythme.
Le tout faisant aussi travailler la mémoire avec certains exercices à la ‘chorégraphie’ un peu complexe.
Le résultat à six mois a été on ne peut plus éloquent : dans le groupe musique, 54 % de chutes en moins par rapport au groupe contrôle.
Et une amplitude de pas moins réduite.
Jusqu’à présent aucune méthode n’avait permis d’aller au-delà de 30 % de réduction. C’est donc une étude intéressante à plus d’un titre.
La rigueur scientifique d’abord : une étude menée selon les règles de l’art et qui montre que la médecine dite’ complémentaire’ peut aussi s’évaluer !
L’intérêt autre que médical ensuite car la convivialité du groupe, le fait de resocialiser des personnes qui avaient peut-être tendance à rester chez elle, est un vrai bénéfice collatéral.
On peut espérer que ce travail intéressera de nombreuses équipes. Il existe des instituts Jaques-Dalcroze dans de nombreux pays, France y compris.
Seul bémol : il faut quatre ans pour former des ‘rythmiciens’.
Enfin, l’intérêt majeur de la méthode est sans doute son coût : une salle et un piano droit coûtent sans doute moins cher que des interventions médicamenteuses et en ces temps d’économie ce devrait réjouir moult décideurs.
Référence de l’étude :
Andrea Trombetti et al.
Effect of Music-Based Multitask Training on Gait,Balance, and Fall Risk in Elderly People A Randomized Controlled Trial
Arch Intern Med. Published online November222010.doi: 10.1001/archinternmed.2010.446
Le sujet a été diffus& le 08/04/2011 dans le JT de 13h de France 2.

À propos de docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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10 réponses à Personnes agées : la musique comme prévention des chutes.

  1. Barbara Vajk dit :

    Je suis très intéressée par cette thérapie, étant moi-meme pianiste assez compétante pour assiter un thérapeutre pour les séances de réeducation, et surtout ayant un mari qui souffre beaucoup des problèmes d’équilibre. Il a chuté plusieurs fois et depuis un bon moment il s’arrete pour parler quand il marche. Il prend les petits pas aussi, deux signes, dites vous, d’un problème d’équilibre. Il ne marche pas vite. Mais il a un problème cardiaque aussi. J’aimerai connaitre les addresses en France ou une telle thérapie serai offerte, et des centres de formation en France et en Amèrique. Merci beaucoup.

    • Jean Daniel Flaysakier dit :

      REPONSE A BARBARA VAJK :
      Vous pouvez vous rapprochez des instituts Jaques-Dalcroze ou de Veronique qui a mis un commentaire dans cette page !

  2. Véronique Antherieu dit :

    Juste pour info, nous sommes actuellement en France 2 rythmiciennes formées pour les seniors. Des cours fonctionnent aujourd’hui à Nantes et à Mours Saint Eusèbe (près de Romans dans la drôme). Deux autres françaises ( de Paris et d’alsace) sont en cours de formation. Je me tiens à votre disposition pour plus de renseignements

    • Jean Daniel Flaysakier dit :

      REPONSE A VERONIQUE ANTHERIEU :
      Je pense que c’est très important de voir se développer ces techniques bien évaluées de ‘médecine complémentaire’. La formation de rythmicienne est longue, quatre ans je crois, et il ne s’agit pas d’un gadget.

      • Véronique Antherieu dit :

        La formation de rythmicienne est effectivement de 4 années mais nous sommes actuellement une dizaine à travailler en France et la spécialisation seniors se prépare en une année. Notre gros atout est évidement l’appui de la musique. Je travaille également avec des enfants, des adultes et des personnes psychotiques. Merci de votre soutien.

  3. chevandier dit :

    je suis kiné, et j’ai suivi, comme d’autre collègues, une formation sur la prévention des chutes des personnes âgées, où nous ne faisons pas de « trottinothérapie », mais un vrai travail ludique en groupes de 10 personnes. La Sécurité Sociale prend en charge ces soins pour staso-abasophobie, et les communes et région doivent acheter l’équipement et mettre à disposition une salle. Et là, les kiné sont déjà formés, avec toutes les sécurités nécessaires, étant déjà de formation paramédicale.Pas besoin d’inventer une nouvelle profession, il faut pouvoir mettre en valeur les compétences des professions déjà existantes.
    cordialement…

    • Jean Daniel Flaysakier dit :

      REPONSE A Mme CHEVANDIER :

      Une méthode évaluée, publiée dans une revue internationale avec comité de lecture me semble être digne d’intérêt et dépasser des considérations quelque peu corporatistes.

      • Eyrignoux Aurélie dit :

        Bonjour,
        Je suis étudiante en masso-kinésithérapie, et je réalise mon mémoire de fin d’étude sur les ateliers collectifs de prévention des chutes chez les personnes âgées.
        Je comprend pas trop non plus comme Mme Chevandier, l’intérêt de la création d’un autre métier sans remettre pour autant en cause les résultats de cette étude. Ne peut on pas plutôt envisager une formation ou d’autres moyens d’appliquer la rythmique au cours de ces séances. Finalement en tant que kinésithérapeute ne s’agit-il pas d’une technique que nous connaissons et utilisons déjà dans la rééducation des personnes Parkinsonienne ? Par l’intermédiaire du cueing ?

        Mme Chevandier, avez vous une expérience du travail collectif ? auquel cas cela peut m’intéresser, merci par avance

        • Jean Daniel Flaysakier dit :

          REPONSE A AURELIE EYRIGNOUX :
          Je vous signale qu’il faut 4 ans pour former les rythmiciens. Je ne comprends pas pourquoi vous voudriez une ‘exclusivité ». Cette méthode va au dela de la simple prévention des chutes. Elle n’est pas qu’une technique et s’inscrit dans une approche plus globale telle que le voulait Emile Jaques-Dalcroze.

  4. Finneces dit :

    J’ai moi-même, dans les années 60, en tant qu’inspectrice des écoles maternelles, bénéficié d’un stage de rythmique Dalcroze à Genève. j’ai ensuite mis en place des séances d’éducation motrice dans les écoles maternelles de ma circonscription. les résultas en furent très satisfaisants.

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