Cancer de la prostate : perdre ses cheveux à 20 ans pourrait doubler le risque à 40 ans.

Si vous êtes un homme et que vous avez commencé à perdre vos cheveux vers l’âge de vingt ans selon un schéma bien précis, vous avez sans doute intérêt à faire surveiller votre prostate de façon un peu plus soigneuse que le reste de vos congénères. C’est ce que semble indiquer une étude publiée aujourd’hui dans les Annals of Oncology.
 
Leonard de Vinci en faisait le centre de gravité du corps masculin. La prostate, cette petite glande de quelques grammes à l’état normal, joue un rôle tantôt bénéfique, tantôt moins sympathique au cours de l’avancée en âge des hommes.
 
Chargée d’apporter au sperme des éléments nutritifs et de favoriser le volume de l’éjaculat, la prostate vit sous la dépendance des hormones males, les androgènes, au premier rang des quels la testostérone.
 
Cette imprégnation hormonale n’est pas sans conséquences puisque, avec le temps, chez certains hommes, la prostate va être le siège du développement de cellules tumorales. Ces cancers de la prostate peuvent prendre diverses formes, rester très localisés ou, au contraire, devenir agressifs et entrainer des localisations secondaires, des métastases, notamment sur les poumons et les os.
 
Les hormones mâles jouent aussi un rôle sur le systême capillaire puisqu’elles participent à l’émergence de la pilosité et des caractères sexuels dit ‘secondaires’ qui distinguent les deux sexes.
 
Il existe une forme particulière de perte de cheveux dite ‘alopécie androgénétique’ qui combine un facteur héréditaire et l’action des androgènes.
 
La chute des cheveux suit des séquences bien précises comme le creusement des golfes, sur le devant de la tête et l’apparition d’une sorte de tonsure sur le vertex, au sommet postérieur du crane.
 
La chute va ensuite s’accentuer et se terminer par une calvitie plus ou moins complète.
L’âge de début est généralement entre 30 et 40 ans, mais peut être plus précoce.
 
L’étude publiée aujourd’hui dans la revue ‘Annals of Oncology’ et conduite par des médecins français s’est intéressée aux cheveux de patients atteints de cancers de la prostate.
 
Plus précisément à l’âge auquel ils ont commencé à perdre leurs cheveux selon le modèle de cette alopécie androgénétique.
Pour cela, ils ont recruté 355 patients suivis pour cancer de la prostate dans les services de radiothérapie de  trois centres : l’Hôpital Européen Georges Pompidou et l’Institut Curie à paris et le Centre Claudius Régaud à Toulouse.
 
Ils les ont comparés à 281 patients des mêmes établissements, suivis pour des pathologies autres qu’un cancer de la prostate une pathologie hormonale.
 
Un questionnaire demandait aux patients de situer la date du début de leur perte de cheveux : 20ans, 30 ans ou 40 ans.
 
L’analyse des résultats montre que ceux qui avaient commencé à perdre leurs cheveux à l’âge de 20 ans avaient, statistiquement, un risque deux fois plus élevé d’avoir un cancer de la prostate.
(Pour les spécialistes, le hazard ratio, HR est de 2,01 avec un intervalle de confiance à 95 % de 1,07-3,79,  p=0,0285.).
 
Pour une perte de cheveux débutant plus tard, il n’y avait pas d’élévation du risque. Aucune association, non plus, avec le degré d’alopécie. Aucune relation no également avec l’agressivité du cancer.
 
Mais que faire de tels résultats ? D’abord les confirmer par des études peut-être plus fournies. Comprendre ensuite quels sont les composants hormonaux qui peuvent expliquer ces données.Il est évident que la sécrétion de dihydrotestostérone est impliquée dans le mécanisme de l’alopécie mais aussi dans la stimulation de la croissance du tissu prostatique pathologique.
 
Mais ce qu’espèrent les chercheurs, si les résultats sont validés par d’autres études, c’est de détenir là une méthode permettant d’orienter le dépistage du cancer de la prostate.
 
Ce sujet fait polémique depuis des années.  D’un côté il y a les urologues qui souhaitent un dépistage annuel à partir de 50 ans avec toucher rectal et dosage sanguin des PSA.
De l’autre, il y a les épidémiologistes et les spécialistes de santé publique qui s’y opposent. Il faut dire qu’aucune étude n’a montré un bénéfice réel de ce dépistage de masse. Le dosage des PSA n’est pas la meilleure méthode et un taux supérieur à 4 nanogrammes /ml peut se rencontrer dans des atteintes prostatiques non cancéreuses.
 
La pratique de biopsies multiples à travers la paroi du rectum conduit aussi à des incidents et des accidents, certains cas, rares cependant, se terminant par une septicémie.
 
D’autre part, on sait que certains cancers vont peu ou pas évoluer et que le patient mourra d’une toute autre cause. Or nombre de ces patients subissent des interventions chirurgicales inutiles avec des séquelles ennuyeuses, comme une incontinence ou des troubles de l’érection allant souvent à l’impuissance.
 
Il faut donc essayer de recadrer ce dépistage et savoir l’orienter plus efficacement, contrairement à ce qu’une récente campagne médiatique censée être ‘humoristique’ a laissé entendre. Je regrette que le monde médical n’ait d’ailleurs pas plus manifesté son désaccord avec cette pitoyable clownerie.
 
Ce que visent les auteurs de l’étude c’est justement de déterminer qui pourrait être mieux surveillé. Il ne s’agit pas de dire à un homme de 20 ans qui débute une alopécie qu’il va avoir un cancer de la prostate demain.
 
Mais il pourrait être opportun pour un tel homme de se faire plus étroitement surveiller à partir de la quarantaine.
 
Mais nous n’en sommes pas encore là et l’apparition de golfes de plus en plus clairs ne doit pas conduire à se dire qu’on va avoir un cancer de la prostate.
 
En résumé et en l’état actuel des connaissances, il n’y a pas de cheveux à se faire.
 
 
Référence de l’étude :
 
M.Yassa et al.
Male pattern baldness and the risk of prostate cancer.
Ann Oncol doi:10.1093/annonc/mdq695
 
 
 
 
Wikipedia sur l’alopécie
 
 
 

  

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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