Violence et médicaments : Champix et antidépresseurs mis en cause.

C’est un grand classique des procès américains : impliquer la prise d’un médicament, souvent psychotrope, dans la perpétuation d’un crime. Mais au-delà du fait divers, il semble que certains médicaments soient associés à des conduites violentes et, parmi eux, un médicament utilisé dans le sevrage tabagique.

 
C’est en se penchant sur le registre des effets secondaires sérieux notés entre 2004 et septembre 2009, que des chercheurs américains ont regardé quels étaient les produits pour lesquels des faits graves avaient été signalés au moins deux cents fois.
 
Par ‘événement sérieux’, il faut entendre : homicide, idées de meurtre, agression physique, maltraitance ou comportements violents.
 
La moitié des cas rapportés l’a été par des professionnels de santé, 38 % par les usagers, le reste par des avocats ou au cours d’essais cliniques.
 
Ce sont 484 médicaments qui ont été ainsi pris en compte, mais dans ce total, seuls 31 produits correspondaient aux critères retenus pour l’étude.
 
La varenicline (Champix®), utilisée dans le sevrage tabagique  arrive très largement en tête de ce classement, mais il y a aussi onze antidépresseurs, trois médicaments pour l’hyperactivité et les troubles de l’attention et cinq hypnotiques ou sédatifs.
 
La place de la varenicline suscite des questions. Est-ce le produit lui-même ou les signes accompagnant le sevrage tabagique qui peuvent expliquer ces actes violents ?
Ce produit est connu pour provoquer, notamment au début de son utilisation, des manifestations psychiatriques avec des passages à l’acte violents. Effets qui cessent avec la discontinuation de la prise.
 
D’autre part, en comparant divers produits utilisés dans les aides au sevrage tabagique,  la varenicline, le bupropion (Zyban®) et les dérivés nicotiniques, on s’aperçoit que la varenicline est vraiment encore et de loin le produit entrainant le plus de violence.
 
Parmi les antidépresseurs, ce sont ceux de la famille des inhibiteurs de recapture de la sérotonine qui étaient associés de façon plus élevée à des actes violents.
 
Dans la classe des hypnotiques / sédatifs, ce sont le zolpidem et le triazolam qui se détachent.
 
Ces signalements sont, certes, parfois anecdotiques. Mais il ne faut pas, pour autant, considérer que ces effets adverses n’ont pas d’importance.
 
Le suivi des médicaments une fois sur le marché pèche énormément. La remontée des effets secondaires, pourtant obligatoire, n’est pas toujours bien faite et bien exploitée.
 
Bien évidemment, il est facile pour un avocat à court d’arguments de trouver un ‘expert’ qui lui dira que tel produit a littéralement ‘armé’ la main de son client.
 
Mais il ne faut pas s’arrêter à cette caricature et développer, dans les essais cliniques et dans le suivi post marketing, la surveillance des effets secondaires avec actes de violence quand il s’agit de substances psychoactives.
 
 
Référence de l’étude :
Thomas J. Moore et al.
Prescription Drugs Associated with Reports of Violence Towards Others
PLoS ONE 5(12): e15337. doi:10.1371/journal.pone.0015337

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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