Découverte des nouveaux médicaments : le secrétaire général de l’UMP met à Copé de la plaque.

Comme dans bien d’autres domaines, la France n’est plus un partenaire majeur dans la mise au point de médicaments innovants. Il est temps de regarder les choses en face et de ne pas resservir les éternels poncifs sur notre système hors pair.

 
Invité chez Laurent Ruquier samedi dernier, Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP, s’est lancé dans un vibrant plaidoyer en faveur de la recherche pharmaceutique privée après avoir dialogué avec le Dr Irène Frachon, celle par qui l’affaire du Médiator est sortie et que je félicite une fois encore de ce remarquable travail.
 
Je ne voudrais pas manquer de respect au leader du parti majoritaire, mais j’ai peur qu’il ait omis de mettre ses fiches à jour.
 
C’est vrai que nous avons une industrie pharmaceutique qui produit beaucoup et qui exporte beaucoup, assurant ainsi un nombre d’emplois non négligeable, même si le secteur commence à faire des coupes sombres à l’instar des autres laboratoires dans le monde.
 
Mais louer la capacité d’innovation et de découverte de nouvelles molécules de notre industrie pharmaceutique, notamment dans le domaine du cancer et du sida, comme l’affirme Jean-François Copé, est quelque peu exagéré.
 
Il y a déjà plusieurs années que nous avons quitté le peloton de tête des nations innovantes.
 
Comme le signale la revue Nature en novembre 2010, sur les 252 nouvelles molécules autorisées par les autorités américaines depuis 2007, la France se classe seulement au sixième rang, derrière les Etats-Unis, le Japon, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la Suisse.
 
Rappelons, au passage, qu’USA, Grande Bretagne et Allemagne sont des pays dans lesquels les médicaments génériques occupent presque la moitié du marché des médicaments, ce qui, contrairement à ce qu’on nous sert régulièrement ici, n’empêche pas la recherche et l’innovation.
 
Sur le cancer et le sida, JF Copé nous a expliqué que, bercé dans son environnement familial par la médecine, il avait pu assister au rôle prédominant de notre pays dans la lutte contre ces deux fléaux.
 
Encore une fois, qu’il veuille bien me pardonner, mais je crois qu’il ne doit pas savoir lire les étiquettes sur les flacons de médicaments.
 
En ce qui concerne le sida, depuis l’AZT en 1984 et jusqu’à aujourd’hui, aucun médicament tricolore n’est venu enrichir la panoplie thérapeutique. Que ce soient les inhibiteurs de la transcriptase inverse, les inhibiteurs de fusion, les anti-protéases, les inhibiteurs de l’intégrase, aucune de ces molécules n’est née en France.
Elles sont américaines, suisses, anglaises, belges, allemandes, mais pas françaises.
 
Et en matière de cancérologie, ce n’est pas beaucoup mieux. Nous soignons bien nos malades, même si nous les dépistons moins bien. Mais là encore, nous les soignons rarement avec du ‘discovered in France’.
Tous les progrès majeurs de la cancérologie nous viennent d’ailleurs, notamment tous les médicaments issus de la biothérapie et des thérapies ciblées.
Les produits français comme le docetaxel ou l’oxaliplatine sont deux molécules qui, aujourd’hui, peuvent être génériquées. C’est dire leur âge !
 
Il ne s’agit pas ici de dénigrer une industrie qui, je le redis, a un poids économique important. Mais force est de constater que, loin des effets de manche et des morceaux de violon patriotiques, nous ne sommes plus des grands joueurs sur le marché de l’innovation médicale.
 
Nous avons pourtant une recherche académique brillante et nous formons des scientifiques de haute volée. Mais ces scientifiques souffrent d’un environnement peu favorable au développement d’une recherche articulée sur un partenariat public-privé.
 
France Biotech, qui regroupe les sociétés innovantes en matière de recherche biomédicale, s’est inquiété maintes fois des effets pervers d’un crédit impôt- recherche qui n’est pas exactement fait pour permettre à de jeunes sociétés de se développer et d »inventer.
 
Or, si on regarde le marché de l’innovation, on voit que nombre de molécules comme le sorafenib, les erythropoietines, le bevacizumab, le BSI-201, l’olaparib sont nées de petites sociétés qui ont, certes, fini dans le giron de grands groupes, mais qui ont su inventer des produits efficaces et qui sont de vraies ‘machines à cash’ ou vont le devenir.
 
Nos lois restrictives sur la recherche sur les cellules souches, la méfiance du monde universitaire envers le monde industriel, les pesanteurs administratives que Claude Allègre a su secouer un peu, sont autant d’obstacles à un retour vers un leadership pourvoyeur d’emplois pour des jeunes diplômés.
 
C’est bien d’avoir un doctorat es sciences, mais si c’est pour finir manager chez Pizza Hut ou Mac Do, on se dit que c’est un peu idiot que la collectivité nationale  ait dépensé des sommes considérables pour cela.
 
Il est donc grand temps d’arrêter de contempler des photos jaunies et il est urgent de dépoussiérer les cadres et de doter notre pays de structures de recherche capables, aussi bien dans le public que dans le privé, de s’atteler à améliorer la vie de chacun d’entre nous.
 
Il sera toujours temps de jouer du violon, ou, en l’occurrence pour JF Copé, du piano, à la gloire de notre industrie pharmaceutique triomphante.
Pas de la guitare électrique, car, pour cela, il faut un médiator et, en ce moment, ce n’est pas recommandé.
 
 
Un grand merci à FullHdReady qui m’a fourni la VOD de l’intervention de JF Copé
 
Le site de FHDR

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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