Aspirine et cancer : beaucoup d’effervescence et un peu plus de prudence.

L’aspirine nouvelle arme contre le cancer ? Attention à ne pas interpréter trop vite les résultats d’une analyse d’anciens essais cliniques. L’aspirine a des avantages, mais aussi des inconvénients.

 
L’article publié dans la revue britannique ‘The Lancet’ n’est pas un travail nouveau sur des patients mais la compilation de huit essais cliniques réalisés au cours des années précédentes, ce qu’on appelle une méta-analyse.
 
Les auteurs de cet article ont donc repris des études dans lesquelles des personnes avaient reçu de l’aspirine dans le but de prévenir un accident cardiovasculaire, de type infarctus du myocarde ou accident vasculaire cérébral.
Il s’agissait de prévention primaire, chez des personnes à haut risque pour ce genre d’accident, ou de prévention secondaire. Cela concerne alors des patients ayant déjà fait ce genre d’accident et chez lesquels on veut prévenir une récidive.
 
En mettant ces données en commun et en réunissant ainsi un peu plus de 25000 sujets, les auteurs ont regardé combien de décès avaient été attribués à divers cancers dans ces études.
 
De leur analyse, il ressort que la prise d’aspirine à une dose comprise entre 75mg et 100 mg chaque jour, permettait d’observer une réduction de la mortalité pour les cancers colorectaux et pour certains types de cancers de l’œsophage et du poumon.
 
En ce qui concerne ces deux derniers cancers, seuls les adénocarcinomes étaient concernés. Si ce type de tumeur est le plus fréquent des cancers de l’œsophage, il représente moins d’un cancer du poumon sur deux.
 
Et les effets de l’aspirine supposaient qu’elle ait été utilisée au moins dix ans, voire vingt ans.
D’autre part, l’effet était d’autant plus important que les sujets étaient plus âgés.
Ainsi le bénéfice maximum était atteint chez les sujets de 65 ans et plus.
 
Cet effet bénéfique de l’aspirine s’explique sans doute par un mécanisme inhibant la croissance des cellules précancéreuses. Dans les polypes et les adénomes, une transformation maligne peut se faire peu à peu. L’aspirine joue sur les voies de croissance tumorale et entraine la cellule porteuse d’anomalies à se suicider. Un phénomène baptisé apoptose.
 
Mais l’aspirine, même à faible dose, n’est pas un produit anodin. Il intervient dans les phénomènes de coagulation sanguine en diminuant l’agrégation des plaquettes entre elles.
 
L’aspirine peut donc induire des saignements, particulièrement des saignements digestifs et favoriser l’apparition de lésions ulcéreuses de l’estomac, du duodénum mais aussi de l’intestin.
 
D’autre part, il existe des allergies à l’aspirine. Des allergies rares, certes, mais loin d’être anodines également.
 
Il faut donc savoir raison garder et ne pas se précipiter vers sa pharmacie habituelle pour acheter de l’aspirine.
 
Cette prise doit se faire uniquement après en avoir discuté avec son médecin pour savoir s’il n’y a pas de contre-indication et, surtout, s’il y a une éventuelle indication et un bénéfice hypothétique à prendre son comprimé quotidien.
 
 
Référence de l’étude :
 
Peter M Rothwell et al.
Effect of daily aspirin on long-term risk of death due to cancer:
Analysis of individual patient data from randomised trials
The Lancet, Published Online December 7, 2010 DOI: 10.1016/S0140-6736(10)62110-1

Sur ce blog, retrouvezun article sur ‘aspirine et cancer du colon’

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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2 réponses à Aspirine et cancer : beaucoup d’effervescence et un peu plus de prudence.

  1. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A PROFESSIONNEL DE SANTE :

    L’aspirine est en vente libre et je pense utile de rappeler que c’est un médicament.

    Puisque vous insistez sur le rôle du pahrmacien rôle dont je partage l’importance, je vous conseille de ragrder le 20h  de la semaine dernière, jeudi précisément. Là, un pharmacien explique que pour lutter contre le froid il faut commencer la journée avec un compriém de vitamine C.

    A votre avis, sa parole a dépassé sa pensée ?

     

    Et quitte à m’engueuler, je trouverais bien que vous le fassiez sous votre nom plutôt qu’un pseudo !

  2. Professionnel de Santé dit :

    Monsieur Flaysakier,

    Entre les « deux portes de la pharmacie » selon vos propres termes dans le journal de 20h de ce soir, je tiens à vous informer qu’il y a toujours un docteur en pharmacie, qui confimera au patient la nécessité d’aller consulter son médecin pour une prise d’un médicament au long court que ce soit de l’aspirine ou quoi que ce soit d’autre!! Et je ne parle pas des mises en gardes habituelles concernant la prise même temporaire d’un médicament même en libre accès!

    Le pharmacien est un professionnel de santé qui est souvent le premier interlocuteur et qui ne contionne pas des « prises de décision à la légère » pour encore vous citer!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

    J’espère que vos mots ont dépassé votre pensée.

    Bonne soirée

    Une pharmacienne qui d’habitude apprécie vos interventions.

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