Mediator : d’autres exemples de médicaments pas utilisés toujours à bon escient pour maigrir.

L’affaire du Mediator révèle plusieurs aspects de notre politique sanitaire, au premier rang desquels la nécessité d’une coordination des moyens de pharmacovigilance. Mais aussi, peut-être, la difficulté de prendre des décisions quand une agence sanitaire n’est pas franchement autonome.

 
Tout d’abord, je voudrais faire un ‘mea culpa’. Je m’en veux de ne pas avoir appelé le Dr Irène Frachon quand ce courageux médecin a lancé l’alerte. Je regrette, lorsque son livre est arrivé sur mon bureau, de ne pas avoir pris le temps de le lire. Je pourrais trouver mille excuses pour n’avoir pas réagi plus tôt, mais j’ai tort et je le regrette très profondément.
 
Irène Frachon ne lit sûrement pas ce blog, mais j’espère qu’on saura lui faire part de mes regrets.
 
L’affaire du Mediator est intéressante à de nombreux titres. D’abord parce qu’elle montre l’importance de ce qu’on appelle la pharmacovigilance. Ce n’est pas parce qu’un médicament a obtenu son autorisation de mise sur le marché, son AMM, que la messe est dite. La surveillance post-lancement est indispensable et doit être l’œuvre aussi bien de l’industriel que des autorités sanitaires.
 
Je rappelle, à ce sujet, que les professionnels de santé, médecins, pharmaciens, sages-femmes et infirmières ont l’obligation de signaler des effets secondaires inattendus avec un médicament. Les utilisateurs peuvent aussi les notifier soit auprès d’un professionnel de santé qui devra répercuter l’information, soit auprès d’un centre de pharmacovigilance, généralement accolé à un centre antipoison.
 
Mais on peut aussi se poser des questions sur la justification de la prescription de ce produit et sur le respect des indications liées à l’AMM.
En France, contrairement aux Etats-Unis par exemple, un médecin n’a pas le droit de prescrire un médicament ‘hors AMM’ au risque d’engager sa responsabilité pénale en cas d’accident.
 
Autre point révélateur, c’est la façon dont sont formés et informés les médecins. Privés d’Isoméride, les patients voulaient un remplaçant. Comme certains praticiens ‘amaigrisseurs professionnels’ savent détourner de leurs indications des molécules vouées à tout autre chose, le bouche-à-oreille joue à fond, bien souvent relayé par les réseaux de visite médicale et, ne l’oublions pas, la complicité de certains médias, notamment des journaux fort lus en salle d’attente.
 
Si, depuis la loi Talon, les médecins ne peuvent plus faire des prescriptions à partir de médicaments déconditionnés et insérés dans des gélules de préparation officinale, il n’empêche que certaines prescriptions mériteraient que les autorités sanitaires se posent des questions.
 
On est, cependant, bien loin de ce qui se passe outre-Atlantique où les détournements battent son plein (non, il n’y a pas de faute !).Il faut dire que là-bas, un médecin peut prescrire hors AMM.
 
Ainsi voit-on en Amérique des personnes en mal de régime prendre un antiépileptique associé à un ou deux antidépresseurs. Des molécules utilisées dans l’hyperactivité avec déficit d’attention sont également très recherchées, l’une d’entre elles ayant commencé sa carrière comme ‘amaigrissant’.
Dans la panoplie on trouve aussi de puissants antidiabétiques, dont un médicament injectable d’une nouvelle génération de traitement, des molécules de sevrage anti tabagique ; des traitements de la narcolepsie etc.
 
Même un médicament utilisé pour traiter les overdoses liées aux opiacés est utilisé par certains médecins américains pour faire maigrir leurs patients !
 
Ces comportements ne nous ont pas encore atteints, mais je suis certain que dans certains cabinets parisiens, des apprentis- sorciers jouent déjà avec des médicaments destinés à des indications autres que la perte de poids.
 
Dernière remarque dans cette histoire : il aura fallu des années pour que la France se décide enfin à retirer ce médicament du marché.
On pourra invoquer un système de veille sanitaire un peu défaillant, la difficulté à colliger les informations, beaucoup de raisons plus ou moins bonnes.
 
Pour l’Isoméride, fabriqué par le même laboratoire que le Mediator, les choses n’avaient pas trainé, grâce, notamment aux travaux des équipes du CHU Antoine Béclère, à Clamart et au travail d’épidémiologiste de Lucien Abenhaim, devenu ensuite Directeur général de la santé.
 
Pourquoi donc n’a-t-on pas réagi plus vite face au Médiator ? Si le labo avait été étranger, aurait-on été plus vite ? L’Afssaps, l’agence de sécurité sanitaire a-t-elle les coudées franches, comme son homologue américaine, la FDA, ou doit-elle rendre des comptes au cabinet du ministère de la santé ?
 
Voici quelques questions auxquelles, j’espère, des lecteurs de ce blog apporteront des réponses.
 
A LIRE :
 
 ELIZABETH BERNSTEIN
A New Breed Of ‘Diet’ Pills
Drugs Approved for Diabetes, Depression, Epilepsy Grow Popular For Their Weight-Loss Side Effects
The Wall Street Journal Online August 22, 2006
 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à Mediator : d’autres exemples de médicaments pas utilisés toujours à bon escient pour maigrir.

  1. Penicillium roqueforti dit :

    Cher Jean Daniel Flaysakier,

    Je comprends très bien que le respect des indications par le médecin traitant est une question importante.

    Toutefois dans le cas du Mediator je me pose une question assez ciblée.

    Trois molécules proches des amphétamines, mises sur le marché par le même laboratoire : Mediator (indication : antidiabétique), Isoméride (indication : anorexigène), Survector (indication : antidépresseur).

    Deux de ces médicaments retirés du marché avec beaucoup de retard en France.

    Tous ont des effets psychiques ayant entraîné des suicides. J’ai appris ça avant-hier soir (02/12) dans l’émission « Du grain à moudre » sur France Culture, pour les deux premiers. Je le savais déjà, d’expérience vécue dans mon environnement proche, pour le troisième.

    J’ai un peu envie de résumer ça de la façon suivante. Les experts : « C’est une amphétamine cette molécule ! » Le labo : « Non, non, ça y ressemble, mais ce n’en est pas une ». Un labo spécialisé dans la contrefaçon des amphétamines en quelque sorte !

    Voilà. Je ne cherche ni réparation pour le décès d’un proche, ni punition d’un coupable, ni vengeance, ni « justice », tout cela ne me faciliterait en rien un deuil qui, pour remonter à vingt ans, n’en reste pas moins très douloureux aujourd?hui encore. Je ne cherche même pas la vérité. La vérité existe rarement. Juste essayer de comprendre un peu mieux. D’après deux invités de l’émission de France Culture, la pharmacovigilance laisse vraiment à désirer en France et pas seulement sur le plan des études statistiques mais, entre autre, à cause du refus d’écouter les médecins praticiens.

    Et le labo ?

    NB1 Félicitations à France2 pour la façon dont elle a traité au 20 heures la prestation absurde d’avant-hier (02/12) du sieur Veillerette.

    NB2 Parlant de ma famille, je signe ce message d’un pseudo. Nous nous connaissons épistolairement par ailleurs et je vous ferai parvenir mon identité par E-mail.

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