Cancer du col de l’utérus : la France aura peut-être un dépistage organisé, mais quand ?

Il aura fallu beaucoup de temps et beaucoup de décès qu’on aurait pu éviter. Mais la Haute Autorité de santé estime, enfin,  que le dépistage du cancer du col de l’utérus doit être mis en place en France.

 
La France aime à croire que tout ce qu’on fait sur son sol est le mieux qui puisse exister. La fameuse ‘exception française’ est certes culturelle, mais elle peut aussi toucher la santé.
L’un des exemples les plus flagrants de cette exception c’est le dépistage du cancer du col de l’utérus.
Ce cancer, trois mille nouveaux cas annuels,   tue à peu près mille femmes par an en France et beaucoup de spécialistes estiment que près de 90 % de ces décès auraient pu être évités.
 
En France, il y a six millions de frottis cervicaux, c’est-à-dire des examens du col de l’utérus suivis de prélèvements faits à l’écouvillon.
La plupart de ces prélèvements sont faits par des gynécologues médicales, une spécialité bien française.
 
Alors, où donc le bât blesse t’il, tue même. ? C’est dramatiquement simple : les frottis de dépistage sont faits s en grande quantité mais pas aux femmes qui en ont le plus besoin !
 
Plus d’une femme sur deux, 51,6% précisément, des femmes considérées les plus exposées à ce cancer, sont peu ou pas examinées et dépistées. Mais, en revanche, 40 % des femmes sont surdépistées.
 
La bonne fréquence de dépistage c’est un frottis dans l’année qui suit le premier rapport sexuel, puis un autre un an après. Si ces deux frottis sont normaux, on espacera les frottis en ne les faisant que tous les trois ans entre 25 et 65 ans.
Or, ce rythme optimal n’est observé que par 10 % des femmes.
 
Il faut donc renforcer les campagnes d’information et arrêter de penser que seules les gynécologues médicales peuvent faire des frottis. Partout, en Europe, ce sont des médecins de famille qui réalisent la majorité des frottis. En France, en Alsace, par exemple, ces médecins ont été formés par l’association EVE et peuvent, dans des villes et villages sans spécialistes, permettre aux femmes de bénéficier de ces examens.
Les sages-femmes aussi sont habilitées à faire ces examens et il faut les y encourager.
 
De même, il semble utile de permettre la pratique de ces tests dans les centres de santé au plus près d’une population qui n’a pas les moyens de payer une consultation de spécialiste, surtout si elle est en secteur 2 et honoraires libres.
 
Enfin, et la HAS a le courage de le signaler, il faut cesser de croire que, malgré tout le matraquage publicitaire, les vaccins contre le virus HPV protègent contre le cancer du col de l’utérus. Ils protègent contre 70 % des virus HPV les plus fréquemment impliqués dans ces cancers, pas 100 %.
 
Ce qui veut dire que même vaccinées, les femmes doivent continuer à avoir des frottis de dépistage régulièrement.
 
Cet avis de la Haute Autorité de santé ne doit pas rester lettre morte, même s’il bouscule quelques chapelles et défrise certains corporatismes.
Comment peut-on accepter mille décès quand on sait qu’ils pourraient, dans la majorité des cas, être évités ?
 
Un beau sujet pratique pour la toute nouvelle Secrétaire d’état à la santé !
 
 
 Références :
 
 La fiche de synthèse de la HAS  
 
Lire l’article sur le vaccin HPV sur ce blog

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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