Cancer du poumon : une piste pour un dépistage précoce des gros fumeurs.

Dépister suffisamment tôt les cancers du poumon pour pouvoir intervenir et réduire la mortalité est une obsession en cancérologie. Une nouvelle piste, à suivre prudemment, se fait jour après une étude publiée dans la revue Radiology.

 
Avec un tiers seulement des formes opérables et une évolution souvent défavorable, le cancer du poumon, ou, plutôt, les cancers du poumon, restent un des points noirs des progrès de la cancérologie.
De multiples études ont, au cours du temps, cherché à mettre en œuvre un dépistage précoce. On a utilisé d’abord les radiographies classiques. Mais les résultats n’ont pas été probants.
Plusieurs essais ont eu recours à la tomodensitométrie, ou TDM, ce que nous appelons couramment un ‘scanner’. Rien de très concluant non plus.
 
D’autant qu’il n’y a pas de corrélation établie entre la taille d’un nodule découvert et son agressivité ou le pronostic tumoral.
 
Peut-on faire évoluer les choses ? Une étude américaine rendue publique aujourd’hui le laisse entendre même si elle est loin d’être convaincante.
 
Le principe : 53056 personnes, hommes et femmes, inclus entre 2002 et 2004 dans l’étude.
Il fallait être âgé de 55 à 74 ans et être ou avoir été un gros fumeur. Le critère c’était au moins 30 paquets-année.
Un paquet-année c’est un paquet par jour pendant un an. Donc 30 paquets-année c’est 3 paquets par jour pendant dix ans ou un paquet par jour pendant 30 ans.
 
Les volontaires ont été répartis en deux groupes au suivi différent. D’un côté une radiographie classique à l’entrée dans l’étude puis une fois par an deux ans de suite. Pour l’autre groupe, scanner hélicoïdal à faible dose, selon la même périodicité, donc trois examens pour chaque groupe.
 
L’étude baptisée NLST (National Lung Screening Trial) a suivi les volontaires jusqu’à cinq ans après leur inclusion dans le protocole. L’objectif principal était la réduction de la mortalité par cancer du poumon.
 
A l’analyse des résultats, on a constaté 354 décès par cancer pulmonaire dans le groupe ‘scanner’ et 442 décès dans le groupe ‘radio’.La réduction est donc de 20 %.
 
A première vue, ce résultat est très intéressant et devrait inciter à encourager la mise en place d’un tel dépistage.
Mais les choses sont loin d’être aussi simples. Car le résultat est obtenu avec un suivi de relativement courte durée, tous les patients n’ayant pas été évalués à cinq ans. Il est possible donc que la différence réelle soit plus faible.
 
D’autre part, la population concernée est une population de gros fumeurs et n’est donc pas applicable à tous les fumeurs et anciens fumeurs.
 
Deux autres remarques doivent également être faites. D’abord, même si l’appareil utilisé permet des acquisitions d’images assez rapidement, il n’en reste pas moins que l’irradiation délivrée par un scanner est bien supérieure à celle d’une radiographie.
 
Chez des patients pas obligatoirement en bonne santé, cela doit être pris en compte avant de les précipiter vers les machines.
Ensuite, chez ce genre de patients, tenter un geste chirurgical peut s’avérer risqué parfois. Or, les examens peuvent mettre en évidence des tumeurs bénignes et pas des cancers. Opérer un patient en raison d’une image faussement positive est un prix très élevé à payer.
 
Il n’en reste pas moins qu’il y a là une piste à continuer à explorer tout en se rappelant que les images ne sont que des images et que les coûts d’un tel dépistage seraient, en l’état actuel des choses, difficilement tenables dans nos sociétés.
 
La meilleure méthode reste donc, et de loin, d’arrêter la cigarette.
 
 
Référence de l’étude :
 
National Lung Screening Trial Research Team
The National Lung Screening Trial: Overview and Study Design
Radiology .Published online November 2, 2010, doi: 10.1148/radiol.10091808
Accessible librement  
 
 
 
Une analyse de l’étude par le Dr Len Lichtenfeld, (American Cancer Society)
 
 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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