Cancer : FSHR, un marqueur tumoral bien plus répandu que prévu, devrait aider à mieux traiter les cancers.

Les tumeurs cancéreuses nous réservent toujours des surprises. Ainsi, on vient de découvrir la présence d’un même marqueur dans onze types de cancers différents, alors que ce marqueur n’était, jusque là connu que dans les tissus ovariens et testiculaires. Une découverte qui pourrait aider à améliorer les diagnostics et les traitements.

 
Que vient donc faire le récepteur d’une hormone impliquée dans le développement des ovocytes et des spermatozoïdes dans des tissus cancéreux d’origine aussi diverse que la prostate, le poumon, l’estomac le sein, le rein  ou la vessie ?
 
Ce récepteur à la FSH (Follicle Stimulating Hormone) ou FSHR a été, en effet, mis en évidence sur des prélèvements opératoires de 1336 patients atteints de cancer.
 
Contrairement à d’autres marqueurs tumoraux, comme EGFR ou HER2 par exemple, le FSHR n’a pas été identifié à la surface des cellules cancéreuses. Il se trouvait, en fait, sur les cellules endothéliales en bordure de la tumeur, c’est-à-dire sur les cellules constituant la paroi des vaisseaux sanguins qui alimentent la masse tumorale en oxygène et nutriments.
 
Les chercheurs français de l’Inserm à l’origine de ce travail ont même noté que la distance maximale entre la masse tumorale et ce marqueur était inférieure à 10 mm.
 
Leur travail est publié cette semaine dans le New England Journal of Medicine.
 
Comme je l’ai dit plus haut, la FSH est une hormone hypophysaire qui contribue, à l’état normal, au développement des follicules primaires dans l’ovaire. Secrétée en première partie de cycle menstruel, elle va donc permettre la maturation des ovocytes et la fabrication d’œstrogènes.
 
Dans le testicule, elle agit sur les cellules de Sertoli, qui participent à la nutrition des spermatozoïdes et libèrent aussi quelques produits hormonaux dont l’inhibine.
 
Alors que vient-elle donc faire dans ces cancers ? Il semble que la présence du récepteur à la FSH soit, en fait, à mettre sur le compte d’un mécanisme lié à la prolifération cellulaire anarchique des cellules cancéreuses.
 
Ces cellules ont des machineries qui n’ont plus rien à voir avec celles des cellules saines.
Tout leur est bon pour croître et aller coloniser d’autres régions de l’organisme.
  
UNE HISTOIRE DE CARBURANT
 
 
Mais pour cela il faut du carburant ! Autrement dit du sang, du sucre, des nutriments. Et la cellule cancéreuse a besoin de faire venir à elle les tuyaux, c’est-à-dire, plus simplement, obtenir d’être irriguée par des nouveaux vaisseaux sanguins, ce qu’on appelle la néo-angiogénèse.
 
Or, plusieurs travaux scientifiques montrent que le FSHR serait capable de déclencher cette fabrication de nouveaux vaisseaux. Pour cela il va favoriser la libération d’un facteur de croissance vasculaire, le VEGF.
 
Un des aspects intéressants de cette découverte c’est qu’on dispose déjà de molécules capables d’interférer avec les récepteurs du VEGF et donc d’asphyxier les tumeurs en les empêchant de construire un réseau de néo vaisseaux.
 
Mais l’autre intérêt de ce travail c’est qu’on pourrait disposer également d’un moyen de bien mettre en évidence les limites entre tumeur et tissus sain puisqu’on sait qu’au-delà de 10mm du marqueur, on ne trouve que du tissu sain.
 
Cette délimitation permettrait donc de mieux définir les zones cibles pour la radiothérapie par exemple, ou même pour la chirurgie, surtout quand elle est de plus en plus souvent guidée par ordinateur ou robotisée.
 
Mais de là à dire, comme je l’ai entendu aujourd’hui qu’on aurait un marqueur universel capable de conduire à un traitement universel, il y a une marge, un fossé même.
 
On aura, sans nul doute, un outil diagnostic plus précis, un moyen d’évaluer l’agressivité des tumeurs même à un stade très précoce.
 
Mais les thérapies ciblées qui luttent contre la prolifération des néo vaisseaux ne sont pas des panacées, ni des produits-miracle.
 
Il faut donc saluer un travail remarquable mais attendre de voir s’il tient les promesses que laissent supposer les premiers résultats.
 
 
 
Référence de l’étude :
 
Aurelian Radu et al.
Expression of Follicle-Stimulating Hormone Receptor in Tumor Blood Vessels
N Engl J Med 2010;363:1621-30.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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