Cancer du sein et THS : des formes plus sévères et de moins bon pronostic..

On savait depuis quelques années déjà que la prise d’un traitement hormonal substitutif, ou THS, majorait le risque de survenue d’un cancer du sein. Une nouvelle étude montre que ces cancers du sein sont souvent à un stade plus avancé que ceux découverts chez des femmes n’ayant pas pris ces traitements. Et leur évolution semble être moins favorable.
 
Ce fut, en 2002, un véritable pavé dans la mare. L’étude WHI, Women’s Health Initiative, qui suivait des femmes post-ménopausées recevant des THS, venait de montrer que ces traitements à base d’œstrogènes ou de combinaison oestro-progestative (OP), majoraient le risque de survenue d’un cancer du sein et n’avaient pas d’effet protecteur au plan cardiovasculaire. Il y avait, en revanche, un bénéfice sur le cancer du colon.
 
Le THS est donc devenu un traitement sous haute surveillance, prescrit seulement sur de courtes durées et face à des tableaux cliniques précis, en début de ménopause.
 
Mais on surveille aussi le devenir des femmes ayant reçu ces traitements et une étude américaine publiée cette semaine dans la revue JAMA montre qu’après onze ans de suivi, le THS est souvent à l’origine de cancers du sein dits ‘invasifs’ ou avancés.
 
Les auteurs de l’étude ont suivi 12788 des 16608 femmes incluses dans l’étude originelle, soit 83 % de l’effectif.
Ils ont constaté que chez les femmes recevant la combinaison OP, il y avait eu 385 cas de cancer du sein contre 293 dans le groupe placebo, soit un risque majoré de 25 % (HR : 1,25. IC95% :1,07-1,46 p=0,004)
 
Si, sous le microscope, les cancers des 2 groupes étaient semblables en termes d’histologie et de grade, macroscopiquement les choses étaient différentes. On a, en effet, constaté des atteintes ganglionnaires, ce qu’on appelle N+, beaucoup plus fréquemment dans le groupe ayant reçu le THS.
 
Dans le groupe traité, l’atteinte N+ concernait 23,7% des cas, contre 16,2 % dans le groupe placebo. (HR: 1, 78. IC95%:1, 23-2, 58. p=0, 03)
 
La mortalité directement liée au cancer du sein était plus élevées dans le groupe OP, mais, pour des raisons statistiques et de méthodologie, les résultats ne permettent pas d’affirmer l’association entre prise d’OP et risque de mortalité par cancer du sein plus élevé,  mais plutôt une tendance.
 
Dans l’éditorial qui accompagne la publication de l’étude le Dr Peter Bach estime que cette mortalité est sans doute plus élevée que ne le laisse supposer l’étude.
 
Il pointe aussi du doigt un autre aspect de la prescription actuelle du THS. Aux Etats-Unis, comme chez nous, ce traitement est actuellement donné de façon très brève, sur tout au plus deux ans, à des femmes dont la ménopause s’est établie récemment et qui ont des troubles très inconfortables, comme des tableaux dépressifs, des insomnies, des sueurs nocturnes abondantes.
 
Mais, comme le remarque Bach, nous ne disposons actuellement d’aucune évaluation ou d’essais cliniques nous permettant d’établir l’innocuité de ces doses courtes. Il prône donc la mise en place de telles études.
 
La façon dont la ‘crise’ du THS a été gères en France montre aussi qu’il faut savoir oublier les dogmes en médecine, surtout lorsqu’ils ont été plus ou moins sous-tendus par des intérêts pas forcément scientifiques.
 
Pendant de longues années, ici comme de l’autre côté de l’Atlantique, le THS était vécu comme une panacée.
Je faisais partie de ces médecins convaincus.
 
Quand l’étude WHI est sortie en 2002, entrainant un effondrement de la prescription aux USA, nous avons eu droit au discours sur une ‘exception française’. Nous n’utilisions pas les mêmes hormones que les américains. Nos produits étaient des hormones reproduisant les OP naturels et WHI ne nous concernait pas.
 
Je faisais encore partie quelque peu de ces médecins convaincus !
 
Mais avec le temps et avec la publication de l’étude E3N  faite auprès de femmes assurées à la MGEN, on s’est aperçu que les résultats américains s’appliquaient également chez nous, malgré les tentatives de dénégation de certains laboratoires et, hélas, de médecins manquant un peu de rigueur et de clairvoyance.
 
Il faut donc se donner d’évaluer les effets du THS, même à faible dose, pour ne pas se réveiller encore une fois trop tard.
 
 
 
 
Référence de l’étude :
 
Rowan T. Chlebowski et al
Estrogen Plus Progestin and Breast Cancer Incidence and Mortality
in Postmenopausal Women
JAMA. 2010;304(15):1684-1692
 
Référence de l’éditorial:
 
Peter B. Bach
Postmenopausal Hormone Therapy and Breast Cancer
An Uncertain Trade-off
JAMA. 2010;304(15):1719-1720
 
Lecture conseillée :
 
Martine Perez
Ce que les femmes doivent savoir du traitement hormonal substitutif
Ed Robert Laffont -2005
ISBN : 978-2-221-10351-7
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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