Cancer / ASCO 10 : les cancers du sein localisés ont fini de jouer les gros bras.

Une chirurgie moins agressive et qui donne les mêmes résultats. La prise en charge des cancers du sein localisés est entrain de changer comme le montrent des études présentées au congrès de cancérologie de Chicago.

C’est, avec la mutilation, ce que les femmes qui vont être opérées d’un cancer du sein craignent le plus : garder un gros bras, séquelle de l’opération. Ce gros bras, qu’on appelle un lymphoedeme, est la conséquence d’un curage ganglionnaire. Quand il opère, le chirurgien enlève la tumeur mais peut parfois également enlever les chaînes de ganglions en partant de l’aisselle.

Ce geste peut amener la lymphe à se drainer de façon anormale, d’où le gros bras.

Pour éviter cela, depuis plusieurs années, les chirurgiens ont recours à la technique du ‘ganglion sentinelle’. Le principe c’est d’injecter quelques heures avant l’opération, un colorant et un produit radioactif dans la zone du mamelon. Le produit va entrer dans le sein puis se drainer dans les ganglions lymphatiques.

Quelques heures plus tard, le chirurgien enlèvera la tumeur puis repérera le premier ganglion ‘coloré’ qu’il prélèvera et qu’il va confier au pathologiste. C’est dans ce ganglion que se draine la tumeur et s’il y a prolifération de cellules tumorales, des métastases, on devrait les retrouver là..
Si le prélèvement est négatif, on ne touche pas aux autres ganglions.
Si le prélèvement est positif, la règle veut qu’on aille plus loin et qu’on fasse le fameux curage, c’est-à-dire enlever un grand nombre de ganglions pour voir jusqu’où va la prolifération maligne.

Un geste pas anodin du tout et qui peut donc laisser cette séquelle particulièrement traumatisante et très dure à faire régresser.

Mais, lorsque la tumeur est de petite taille, moins de 2 cm, lorsqu’il n’y a pas de signe d’extension de la maladie hors du sein et de son proche environnement, a-t-on besoin en cas de ganglion sentinelle positif, d’être aussi agressif et aller chercher la chaine ganglionnaire ?Surtout si la chirurgie est suivie d’une irradiation et d’une éventuelle chimiothérapie .

‘Non’ répond une étude américaine présentée à la conférence de l’ASCO, ici à Chicago. Cette étude à impliqué  891 femmes réparties en deux groupes et qui avaient un cancer du sein d’extension nulle ou limitée.

Dans le premier groupe, seul le ganglion sentinelle était disséqué. Dans le second il y avait dissection du ganglion sentinelle et, en cas de positivité sous le microscope, on ajoutait le curage axillaire.

Dans le premier cas, ce sont un à deux ganglions enlevés, dans le second on passe à 17.

Après un long suivi, plus de 6 ans pour au moins la moitié des femmes, les spécialistes ont constaté que les femmes ayant seulement eu un prélèvement du ganglion sentinelle se partaient aussi bien , voire un peu mieux que celles auxquelles ont avait enlevé la chaine ganglionnaire A cinq ans, 92,5 % des patientes sans curage étaient toujours en vie, contre 91,9 % dans le groupe ayant subi le curage.

Contrairement donc à l’idée qui prévalait et qui imposait de faire une large ablation de ganglions en cas de positivité du ganglion sentinelle, ces travaux montrent que quand le cancer est petit, bien localisé, on n’a pas besoin d’aller arracher ces chaines de drainage.

Un message important mais pas évident à faire passer d’emblée auprès des chirurgiens.

Pourtant, ce travail montre qu’on peut limiter les séquelles du geste chirurgical chez ces femmes ayant un cancer limité, dit T1T2, N0M0.
Une classification qui signifie qu’il n’y a pas de cellules cancéreuses en vadrouille au-delà de la zone locale.

On devrait donc, dans les années qui viennent, voir diminuer ces séquelles chirurgicales que sont les gros bras.

Et personne ne s’en plaindra.

Référence de l’étude :

A. Giuliano et al.
ACOSOG Z0011 :A randomized trial of axillary node dissection in women with clinical T1-2 N0 M0 breast cancer who have à positive axillary node.

Abstract n°CRA506

 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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4 réponses à Cancer / ASCO 10 : les cancers du sein localisés ont fini de jouer les gros bras.

  1. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A JUNE :

    Dans la classification des tumeurs, l’envahissement ganglionnaire est traité differemment de la survenue de métastases sur les organes, par exemple.

    mais la migration de cellules à partir de la tumeur est une forme de métastases quand même.

  2. June dit :

    Pouvez-vous m’éclairer sur un point : lorsqu’on parle d’un ganglion envahi (sentinelle en l’occurence), parle-t-on de métastase ?

  3. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A CATHIE :

    les femmes qui vont être opérées ont peur, je le répère, de la mutilation, c’est à dire qu’on ne puisse pas faire juste l’ablation de la tumeur.

  4. Cathie dit :

    merci 🙂 votre blog est comme vos rubriques (que je regardais y’a looongtemps) : compréhensible. Merci pour tous vos billet ASCO, riche info !
    Mais je fais ce commentaire aussi pour une remarque : les femmes opérées du sein subissent une « mastectomie » ou une « mammectomie » mais pas une « mutilation » ; le poids des mots, vous savez ce que c’est, vous qui adorez en jouer (et moi de les lire)

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