Travailler plus pour avoir plus d’infarctus

La légende qui veut que les fonctionnaires aient un travail paisible est mise à mal par une étude publiée aujourd’hui et qui concerne des fonctionnaires britanniques. Les chercheurs montrent que prendre son travail trop à cœur peut conduire à l’infarctus.
 
Faire trois à quatre heures supplémentaires par jour met sérieusement les artères coronaires en péril. Autrement dit prendre son travail trop à cœur est dangereux pour cet organe et majore de près de 60 % le risque de développer un infarctus ou une angine de poitrine.
C’est ce qui ressort de l’étude Whitehall II.
 
 Cette étude s’intéresse  depuis 1985 aux fonctionnaires de 20 départements basés à Londres. C’est dans ce cadre, lors de la phase 3 de ce projet, qu’a été menée l’enquête sur les conséquences cardiovasculaires des heures supplémentaires.
 
Entre 1991 et 1994, six mille quatorze personnes ont été incluses dans l’étude, 4262 hommes et 1752 femmes. Ils étaient âgés de 39 à 61 ans et ont été suivi en moyenne 11,2 ans.
Toutes et tous étaient indemnes de maladies coronariennes à l’inclusion dans l’étude, c’est-à-dire pas d’angine de poitrine ni infarctus.
 
Les personnes suivies ont été classées par catégorie en fonction du nombre d’heures quotidiennes travaillées.
La journée de base comportait 7-8 heures de travail. Les catégories suivantes étaient de 1 heure supplémentaire (9h quotidiennes), 2 heures et 3-4 heures, soit pour ce dernier groupe une journée de 11 à 12 heures.
Les participants ont également été classés en six catégories hiérarchiques, la catégorie 1 représentant le niveau le plus élevé, la catégorie 6 la plus basse dans l’échelle des salaires.
 
Parmi les 6014 participants, les heures supplémentaires concernaient 46 % des fonctionnaires. Ils étaient 21 % à faire une heure ‘sup’ quotidienne, 15 % pour 2 heures et 10 % pour la catégorie 3-4 heures.
 
Dans cette dernière catégorie on comptait plus d’hommes que de femmes, des hommes mariés, plutôt dans le haut de l’échelle sociale, consommateurs de fruits et légumes, non fumeurs et sans diabète.
Mais les membres de cette catégorie avaient plus tendance que les autres à avoir une personnalité dite de type A, avec une attitude agressive, aimant la compétition, obsédée par le temps.
Ces personnes étaient aussi plus anxieuses et manquaient de sommeil ou de temps de récupération et de relaxation avant de se coucher.
 
Appartenir à ce groupe avec le plus grand nombre d’heures supplémentaires quotidiennes majorait sérieusement le risque de développer une maladie coronarienne à l’issue mortelle ou non, un infarctus du myocarde ou une angine de poitrine définitive.
Ce risque existait bel et bien même après avoir contrôlé 21 éléments entrant dans les facteurs de risque cardiovasculaire.
 
Le risque relatif était de 1,56 (IC 95% : 1,11-2,19).
 Cela signifie que le risque de souffrir d’une maladie coronarienne pour ce groupe était supérieur de 60 % environ par rapport à ceux qui ne faisaient pas d’heures supplémentaires.
 
Cette étude est une étude prospective, ce qui, épidémiologiquement parlant, lui donne une certaine force puisqu’on a pu observer les événements au fur et à mesure de leur survenue et non pas rétrospectivement avec tous les risques d’erreurs liés à des problèmes de rappel.
 
Mais elle a aussi ses faiblesses, puisqu’elle est, par exemple, fort peu explicative et documentée sur les variations de pression artérielle, un facteur de risque important.
Et elle concerne des « cols blancs » la rendant difficilement généralisable à des emplois ouvriers  les « cols bleus » et aux employés du secteur privé.
 
Mais, une fois ces préventions posées, elle n’en montre pas moins que l’excès de travail n’a pas de vertus bénéfiques obligatoires.
 
Et elle conduit même à méditer le conseil du grand philosophe anglais Sir Bertrand Russell : « Si j’étais un médecin, je prescrirai immédiatement un congé à celui qui me dirait que pour lui l’important c’est son travail ».
 
 
 
Référence de l’étude :
 
Marianna Virtanen et al.
Overtime work and incident coronary heart disease : the Whitehall II prospective cohort study.
Eur Heart J 2010. Published ahead of print May 11, 2010 doi:10.1093/eurheartj/ehq124
 
Référence de l’éditorial :
 
Gordon T Mc Innes
Overtime is bad for the heart
 Eur Heart J 2010 .Published ahead of print May 11, 2010 doi:10.1093/eurheartj/ehq116
 
 
SPECIAL COPINAGE :
 
En ces temps de week-ends prolongés, je vous propose d’aller jeter un oeil sur le très joli billet écrit par le Dr Jean-Marie Vailloud sur son blog, grangeblanche.com
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à Travailler plus pour avoir plus d’infarctus

  1. Ch PERROT dit :

    Merci pour votre article qui me pose question. Selon vous est-ce la majoration du temps de travail elle même qui induit à elle seule l’augmentation du risque d’accident cardio vasculaire, auquel cas une diminution de la durée du travail suffirait à réduire ce risque, ou bien est-ce l’acomplissement d’heures supplémentaires de travail qui signent là un des traits des personalités de type A auquel cas l’univers de travail serait un  » terrain de prédilection » pour exprimer les comportements liés à ce type de personnalité mais ne serait pas exclusivement à l’origine de l’accroissement des risques de maladies cardiovasculaires. En d’autres termes et selon cette seconde hypothèse c’est davantage le type de personnalités des sujets qui induit le risque de maladies cardiovasculaires que la durée de travail elle même. Sur ce point j’aimerais connaitre votre opinion car ce que vous présentez comme un problème :  » excès de travail  » n’est peut être rien d’autre que la solution qu’on trouvé les personnalités de type A pour exprimer lur stress . Quoi qu’il en soit, et nous sommes d’accord là dessus il existe des manières bien plus appropriées de gérer le stress que d’accomplir de multiples heures de travail supplémentaires. Bien cordialement.

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