Nuage volcanique : les avions sont cloués au sol et les « experts » ne volent pas haut.

C’est parti ! A peine est-il arrivé au dessus de nos têtes que le nuage islandais déclenche commentaires et avis de spécialistes inondant journaux , radios et télévisions de leur extraordinaire expérience en matière de pollution liée aux éruptions volcaniques !

Il n’aura donc pas fallu longtemps pour voir surgir les « experts » en médecine vulcanologique, une discipline toute neuve en France mais qui semble déjà compter moult spécialistes.

Pas question cette fois de laisser un urologue tirer toute la couverture -nuageuse, bien sûr- à lui. Instruits de leurs erreurs lors de la pandémie grippale, certain pneumologues ont dégainé plus vite que leur ombre. En tâte, à mon humble avis, une spécialiste alsacienne qui a juste comparé les effets potentiels du nuage aux dégâts causés aux poumons des sauveteurs par le nuage de poussière des Twin Towers de Manhattan, lors de l’attaque du 11 septembre 2001.

Le problème c’est qu’on a pu facilement analyser les poussières de Manhattan et qu’on ne sait quasiment rien de ce qu’il y a dans le nuage. Mais sûrement pas du béton en poudre.

Les quelques indications venues d’Islande parlent de gaz, notamment du dioxyde de soufre et du sulfure d’hydrogène et de particules de très petite taille , c’est-à-dire quelques microns.

Mais il en faut plus que l’ignorance de la composition du nuage pour arrêter les « experts ».

On a pu entendre ce matin qu’en cas de pluie il ne faudrait pas sortir. Mais s’il pleut, les poussières seront enveloppées dans les gouttes d’eau et iront se coller au sol. La pluie ce n’est pas un brumisateur d’eau thermale.

Un vulcanologue, un vrai, s’est même lancé dans une démonstration très noire des effets des retombées. Il a expliqué doctement que la présence de particules base de silice, très abrasives pourraient provoquer la mort par hémorragie digestive en cas d’ingestion, surtout chez les animau

Je ne savais pas qu’on devait s’attendre à des chutes de morceaux de verre.

Il y a des spécialistes, en revanche, que l’on n’entend pas et c’est tout à leur honneur. Ainsi, ce matin, j’ai joint l’une des meilleurs spécialistes des effets de la pollution sur les pathologies respiratoires. Elle m’a dit qu’elle n’avait aucune compétence en matière de nuage volcanique. Elle pense, comme plusieurs de ses collègues, qu’il n’y a pas de raison que la taille des particules et la nature des gaz qui sont dans ce nuage diffèrent grandement de ce qu’on constate lors des pollutions atmosphériques urbaines habituelles.

Mais comme personne n’a pris un avion pour aller prélever au milieu de ce nuage, elle m’a dit qu’elle préférait ne pas extrapoler.

« Si elles doivent tomber, on retrouvera ces particules dans les capteurs des réseaux de surveillance de l’air » m’a-t-elle dit « et il sera temps alors de donner une opinion. Avant c’est impossible » Même son de cloche du côté du département Santé-Environnement de l’Institut national de veille sanitaire, l’INVS.

Cette démarche scientifique, cette volonté de ne pas dire n’importe quoi sont parfaitement honorables.

Mais pas fréquentes, au grand bonheur de divers medias qui préfèrent aller demander à quelqu’un de dire n’importe quoi plutôt que de devoir reconnaître qu’on ne peut rien dire.

Et puis, après tout, quand on a raté le nuage de Tchernobyl  voilà 24 ans (26 avril 1986), on a bien le droit à une petite session de rattrapage avec un nuage islandais. Remarque qui vaut pour les medias et encore plus pour  les « experts », ceux-là même qui, à l’époque, croyaient aux vertus infranchissables de nos frontières, même face  à un nuage ukrainien.



PETITE INFORMATION PRATIQUE



Des dizaines de neurologues français qui assistaient cette semaine à un congrès à Toronto sont piégés par l’absence de vols.

Si vous aviez un rendez-vous la semaine prochaine, vérifiez dès lundi matin si votre médecin est rentré .

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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2 réponses à Nuage volcanique : les avions sont cloués au sol et les « experts » ne volent pas haut.

  1. JFC dit :

    Dommage que les spécialistes n’aient pas pris un avion pour faire les prélèvements dans le nuage pour que l’on comprenne au plus vite ce qui va nous tomber sur la tête : astérix n’aurait pas dit mieux!

  2. Bernard dit :

    Bonjour,

    Excellent!
    Entièrement d’accord avec vous.

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