Cancer : la voie des nanoparticules,ou l’infiniment petit vers des progrès infiniment grands.

Réussir à éteindre un gène qui s’exprime trop et entraine une prolifération cancéreuse sans toucher aux autres gènes, ni aux cellules saines est un défi que les nanotechnologies pourraient prochainement relever. La revue Nature en montre un premier exemple édifiant.

Les mécanismes intimes qui conduisent une cellule normale à se transformer en cellule cancéreuse sont de mieux en mieux connus. On sait que dans le programme de ces cellules, il y a des dérèglements sous la forme d’un excès ou, au contraire, d’un déficit de production de certaines protéines.
Ces anomalies sont générées par un gène qui va devenir « hors normes » et fabriquer trop d’ADN, ADN qui va, à son tour, être traduit en ARN puis en protéine.

L’une des voies de recherches est de contrarier la traduction de cet ARN en protéine et pour cela on dispose de ce qu’on appelle des petits ARN interférents ou ARNsi
Ces ARNsi viennent, en quelque sorte, bloquer les têtes de lecture cellulaires qui décodent normalement l’ARN et induisent la fabrication de protéines.
Mais faut-il encore pouvoir distribuer ces ARNsi dans les cellules-cibles et en quantité suffisante.

Pour cela, les chercheurs fondent de grands espoirs sur la voie des nanoparticules.
Ces particules sont  dix mille fois plus fines qu’un cheveu. On peut les accrocher à des supports minuscules et les injecter par voie sanguine.
C’est ce que viennent de faire des chercheurs californiens qui, pour la première fois, ont réussi à montrer qu’on pouvait ainsi « coloniser » des métastases de mélanome chez des patients.
Ils ont retrouvé sur des biopsies de mélanome les nanoparticules qu’ils avaient injectées chez les patients en quantité proportionnelle à la dose administrée.

Et ils ont pu aussi montrer que ces nanoparticules d’ARNsi avaient atteint leur but, puisque les protéines cibles étaient beaucoup moins exprimées.
Il s’agit, bien entendu, d’une phase I, c’est-à-dire de la toute première étape d’évaluation sur l’homme. En aucun cas on ne peut dire qu’on a traité ou guéri des mélanomes.
On a seulement montré que le concept fonctionne.

Mais beaucoup d’équipes à travers le monde travaillent sur ces nanotechnologies dans le domaine du cancer. On arrive déjà expérimentalement à identifier des cellules cancéreuses par la différence de température qu’elles manifestent par rapport à des cellules saines.
Une fois cette différence constatée, on peut « allumer » les nanoparticules et les faire « chauffer » pour qu’elles détruisent les cellules cancéreuses et elles seules.
On peut aussi améliorer la pénétration et la diffusion de molécules thérapeutiques.

Ce champ est donc en pleine expansion et fait naître de réels espoirs.
Il ne faut pas, certes, négliger les problèmes posés par les procédés de fabrication de ces nanotechnologies. Mais il serait dommage, au nom d’un précautionnisme de mode, de rejeter toute recherche dans ce domaine, comme le voudraient certains groupes de pression.

L’infiniment petit nous réserve peut-être d’infiniment grands progrès.

Référence de l’étude :

Mark E. Davis et al.

Evidence of RNAi in humans from systemically administered siRNA via targeted nanoparticles
Nature. Published online March 21, 2010. doi:10.1038/nature08956

 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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3 réponses à Cancer : la voie des nanoparticules,ou l’infiniment petit vers des progrès infiniment grands.

  1. Gael dit :

    Merci pour ce complément d’informations fort intéressant !
    Gael

  2. assurance medicale dit :

    Je crois les doigts!!

  3. Stéphanie, Paris dit :

    Vos articles,interventions dans le JT de France2, ont toujours été un peu pour moi un moment d’émerveillement, oui, de voir les dernières découvertes, votre enthousiasme à expliquer une avancée scientifique de manière aussi claire, concise et à la portée de tous ! Mais cet émerveillement est toujours éteint par une réalité à laquelle vous ne faites jamais montre d’autant d’explications ! la vivisection !! cet acte barbare et qui révèle souvent ces limites et ces faiblesses… j’aurais aimé que vous, un médecin si « consciencieux », si soucieux du progrès de l’homme en matière scientifique vous exposiez, ne serait-ce qu’une fois les vrais progrès de l’homme scientifique… celui qui se remet en question sur ces pratiques peu éthiques et archaïques, que vous vous documentiez sur ces vrais progrès ! Démontrez avec votre talent qu’il existe une science « humaine » et effacer ce sourire suffisant de l’homme carnassier qui s’enorgueilli de faire parti d’une communauté si sanguinaire. Et plutôt que de s’émerveiller sur un hypothétique moyen de guérir une maladie dans plusieurs décennies… il serait bon de chercher les causes, l’origine, la source de ses maladies ! Et puisque vous en avez la possibilité, vu votre position, de les dénoncer !!
    Ces progrès scientifiques (si remarquables qu’ils puissent être) resteront toujours entaché par le sang des milliers d’animaux massacrés !

    Ci-joint le site d’un collectif très sérieux de scientifiques qui remettent en cause ces pratiques et ces certitudes !

    JE NE PUBLIE AUCUN LIEN EXTERNE (voir infos blog, règles de commentaires) JDF

    amicalement

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