Cancer de la prostate : le cabazitaxel, une nouvelle arme pour les formes très avancées.

C’est un progrès indéniable : une nouvelle molécule permet de proposer une solution aux patients atteints de formes métastatiques de cancers de la prostate pour lesquels le traitement chimiothérapique a échoué.
 
C’est vendredi après-midi que sera officiellement présenté à San Francisco le résultat de l’étude TROPIC, dans le cadre du congrès américain de cancérologie consacré aux tumeurs génito-urinaires, l’ASCO GU.
Cette étude s’est intéressée à des patients atteints de cancers de la prostate à un stade avancé. Ces hommes avaient, en effet, des lésions cancéreuses disséminées, des métastases, surtout osseuses et ganglionnaires. Malgré une castration chimique et malgré un traitement par la chimiothérapie de référence, à base de docetaxel (Taxotere®)
 
Une des raisons de l’échec de ce traitement conventionnel est la mise en place d’un mécanisme de résistance par les cellules cancéreuses, appelé MDR. Une sorte de « pompe » rejette à l’extérieur de la cellule le produit censé la tuer.
 
Un nouveau produit a donc été développé, qui court-circuite ce mécanisme MDR. Ce produit, le cabazitaxel (CBZ), appartient à la même famille que le docetaxel, les taxanes.
 
L’essai TROPIC a concerné 755 patients. Un groupe de 378 hommes a reçu le CBZ une fois par semaine pendant trois semaines avec de la prednisone, un corticoïde.
Le deuxième groupe de 377 patients a reçu une chimiothérapie par mitoxantrone et prednisone également.
 
Le critère principal de l’étude était la survie globale. Quand on utilise ce critère, on compare les médianes de survie entre les deux groupes. Cela veut dire qu’on regarde au bout de combien de temps la moitié des patients est décédée. A contrario cela montre aussi qu’après cette limite, la moitié des patients est toujours en vie.
 
Dans le groupe mitoxantrone, la médiane de survie s’est établie à 12,7 mois. Dans le groupe recevant la nouvelle molécule, le cabazitaxel, cette médiane a été de 15,1 mois.
 
Statistiquement la réduction du risque de décès, ce qu’on nomme hazard ratio, était de 30 %
(HR : 0,70. IC 95 % :0,59-0,83. p<0,0001)
 
Le traitement n’est cependant pas anodin, puisque 7,5 % des patients ont été confrontés à un effet secondaire sérieux, la neutropénie fébrile. Il s’agit d’une baisse importante du nombre de certains globules blancs, les polynucléaires neutrophiles et de l’apparition d’une fièvre avec température au dessua de 38°C. Le risque infectieux est majeur dans cette situation et nécessite des soins urgents et appropriés.
 
 
En termes bruts, deux mois et demi gagnés peuvent ne pas paraître beaucoup. Mais, rappelons-le, il s’agit d’une médiane et cela signifie que des patients ont gagné bien plus que ces 75 jours. Certains étaient encore vivants trois ans après le début de l’étude alors que leur forme de cancer était particulièrement grave.
 
C’est donc un progrès important comme me l’a confirmé le professeur Karim Fizazi, qui, à l’Institut Gustave Roussy de Villejuif, prend en charge les cancers génito-urinaires.
 
C’est aussi une avancée dans le sens où on a pu circonvenir un mécanisme de défense des cellules cancéreuses.
Les avancées de la radiothérapie, les progrès es techniques chirurgicales, la mise au point de médicaments anti androgènes plus performants modifient chaque jour un peu plus le pronostic du cancer de la prostate.
 
Cette nouvelle molécule participe de cette marche en avant, ce dont aucun homme ne se plaindra.
 
 
 
Titre du résumé :
 
A. O. Sartor et al
Cabazitaxel or mitoxantrone with prednisone in patients with metastatic castration-resistant prostate cancer (mCRPC) previously treated with docetaxel: Final results of a multinational phase III trial (TROPIC)
 
Accessible en ligne  à partir du 03/03/2010 minuit

 
 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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4 réponses à Cancer de la prostate : le cabazitaxel, une nouvelle arme pour les formes très avancées.

  1. NAUD Daniel dit :

    daniel NAUD – 78 ans – j’ai un cancer de la prostate « avancé- métastases (cotes ) et certaines vertèbres -j’ai eu 2 chimio au TAXOTERE – chaque chimio se réalisant en 6 séances espacées de 21 jours-chimio associée àl’ ELLIARD tous les 6 mois -les séances sont efficaces car à chaque fois le PSA redescend et je n’ai pas de doileurs dues aux métastases – Je vis à NOUMEA ( Nouvelle Calédonie )- Sauf que,je n’ai plus de chimio depuis mi novembre 2018 – Hélas le PSA est remonté et je souffre beaucoup des métastases-Je vais donc attaquer une nouvelle chimio -Dois je rester au TAXOTER ou bien « passer à une autre molécule ????

    • docteurjd dit :

      Cher Monsieur,
      Les options thérapeutiques relèvent d’une décision que vous prendrez de concert avec le spécialiste qui vous suit. Les choix therapeutiques sont un peu plus fournis qu’avant. Il faut faire un point complet et en fonction des avantages et des inconvenients, vous deciderez ensemble.
      Je ne connais pas votre dossier et je ne dirais que des bêtises

  2. Ping : Ces médicaments qui tardent à arriver en France | Contrepoints

  3. Doktowess dit :

    Bof….
    Cela me rappelle mon premier stage de résidanat, en pneumologie, quand on m’expliquait qu’un nouvel analogue du cisplatine allait changer la prise en charge des adénocarcinomes bronchiques (les plus répandus), le gain en médiane de survie n’était que de quelques semaines.
    D’accord pour dire que la chimiothérapie a bouleversé le pronostic de certains cancers (platine et séminome du testicule – le cancer du cyvliste Armstrong, fluoro-uracile et cancer colorectal métastatique), mais dans beaucoup de cas je me demande à quoi ça sert si ce n’est à diminuer la qualité de vie sans gains appréciables en survie. J’ai été très surpris quand on a balancé une chimio à une amie de ma mère qui avait un glioblastome, elle est morte quelques mois après le diagnostic comme si elle n’avait rien eu. J’ai souvent vu d’autres patients ou personnes de mon entourage demander qu’on les laisse tranquille avec une chimio inefficace et très dure à supporter…

    Je comprends que les confrères oncologues médicaux veuillent donner de l’espoir coûte que coûte et ne pas donner l’impression de ne rien tenter, mais je me demande si les énormes dépenses résultant de ces traitements et de leurs complications ne devraient pas plutôt être investies dans la recherche de moyens plus efficaces (immunothérapie, ciblage des cellules souches cancéreuses,…).

    D’ailleurs, en termes de recherche je me demande aussi si le dogme du "tout chimio" n’est pas contre-productif, notamment dans le cas des immuothérapies "actives" (cellules dendritiques, lymphocytes boostés, vaccins divers): dans la plupart des essais cliniques que j’ai pu lire, notamment au cours de ma thèse, l’immunothérapie est systématiquement associée à de la chimio, qui met le système immunitaire à plat alors que le but serait justement de le renforcer.

    Par ailleurs, quand on développe une nouvelle molécule (de chimio, mais aussi d’anticorps monoclonal ou d’inhibiteur d’une protéine spécifique), on devrait systématiquement anticiper et étudier au niveau préclinique les mécanismes de résistance potentiels afin de trouver plus rapidement des idées pour les limiter. Il n’y a qu’à voir l’exemple du gleevec: cette molécule était sensée représenter une révolution mais des résistances sont observées (notamment mutations de la tyrosine kinase cible), et, de fait, l’amélioration pronostique apportée par cette molécule est inférieure à ce qu’on a pu observer avec les nouvelles molécules utilisées contre le VIH.

    Mais à force de tenter d’améliorer la bougie on va bien finir par inventer l’ampoule !

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