Cannabis : une consommation précoce et longue favoriserait l’installation de certaines psychoses.

Le rôle du cannabis dans l’apparition de troubles psychiatriques à type de psychose est un débat récurrent. Une nouvelle étude australienne apporte quelques éléments supplémentaires en faveur du rôle favorisant du cannabis.
 
Les chercheurs australiens ont étudié une population de plusieurs milliers de personnes qu’ils suivent régulièrement depuis leur naissance et qu’ils ont revu périodiquement à l’âge de 5 ans, 14 ans et 21 ans.
A ce dernier stade, ils ont revu 3801 des 7223 sujets de départ, soit 53 % de leur cohorte initiale. Ils publient leurs résultats dans la revue Archives of General Psychiatry.
 
Lors de l’examen des 21 ans, il a été demandé aux participants, par auto-questionnaire, s’ils avaient consommé du cannabis au cours du dernier mois et en quelle quantité et depuis quand ils en consommaient.
 
Dans un second temps, les auteurs ont recherché chez 2575 des 3801 sujets la présence d’un des trois types de psychose suivants : schizophrénie, troubles délirants permanents et troubles psychotiques aigus ou passagers.
 
Les participants ont été classés selon deux catégories : pas de trouble hallucinatoire ou 1 ou plusieurs troubles de ce type.
 
Parallèlement, les auteurs ont recruté 228 binômes compos&s de 60 paires frère-frère, 65 paires sœur-sœur et 103 paires sœur-frère. Ils ont eu à répondre aux mêmes questions concernant l’usage de cannabis et à passer les mêmes tests d’évaluation des troubles psychotiques.
 
Des 3801 sujets ainsi suivis, 65 ont été considérés comme atteints de troubles psychotiques non affectifs, c’est-à-dire sans composante maniacodépressive. Sur ces 65, 53étaient schizophrènes, 3 avaient un état délirant permanent, et 9 présentaient des accès psychotiques passagers ou aigus.
 
Concernant l’usage de cannabis, 17,7% de sujets ont admis une consommation depuis moins de trois ans, 16,2% un usage depuis quatre à cinq ans et 14,3 % se sont déclarés consommateurs depuis au moins 6 ans.
 
Chez ces personnes, consommatrices depuis plus de 6 ans, le risque de survenue de troubles psychotiques était 2,2 fois plus élevé que chez les personnes n’ayant jamais consommé (intervalle de confiance à 95 % :1,1-4,5)
 
En examinant les 228 paires de membres d’une même fratrie, on trouve les mêmes résultats.
 
Cet usage de 6 ans et plus est associé également avec une fréquence plus grande d’épisodes d’hallucinations.
 
L’intérêt d’avoir travaillé sur les membres d’une même fratrie permet d’éviter les biais méthodologiques liés à des questions de génétique ou d’environnement, les sujets étant séparés au maximum par une différence d’âge de deux ans.
 
Que concluent les auteurs ? Indéniablement, disent-ils, une association entre la durée de consommation de cannabis supérieure à 6 ans et la présence de signes de psychose à type de schizophrénie.
 
Mais ils constatent aussi que l’apparition précoce de symptômes hallucinatoires isolés s’est accompagnée d’une utilisation précoce du cannabis également.
 
Cela pourrait signifier que le cannabis favoriserait, en quelque sorte, une bascule vers un état psychotique non affectif chez des sujets ayant des troubles isolés.
 
L’association cannabis-hallucinations était moins forte lorsqu’existait une composante importante de type anxieux ou dépressif.
 
 
Rôle déclenchant, facteur aggravant, ou simple témoin qui accompagne une pathologie psychiatrique encore mal installée ? Le rôle du cannabis n’a pas fini de faire couler beaucoup d’encre.
 
Il n’empêche que cette étude montre qu’il ne s’agit pas d’une consommation parfaitement anodine en toutes situations.
Les spécialistes le rappellent : une consommation importante et régulière chez un sujet jeune qui a tendance à moins communiquer doit amener à rechercher des symptômes psychotiques.
 
Un discours qui ne plait pas à tout le monde, certes, mais que les parents ne doivent pas ignorer.
 
 
 
Référence de l’étude :
 
John McGrath et al.
Association Between Cannabis Use and Psychosis-Related Outcomes Using Sibling PairAnalysis in a Cohort of Young Adults
ArchGenPsychiatry. 2010;67(5) :(doi:10.1001/archgenpsychiatry.2010.6)

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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3 réponses à Cannabis : une consommation précoce et longue favoriserait l’installation de certaines psychoses.

  1. graines cannabis dit :

    cannabis endommager le système immunitaire et il en sera ainsi dangereux pour tous. Vraiment l’usage du cannabis, 17,7% des sujets admis la consommation au cours des trois dernières années

  2. Simon de "Arrêter de fumer" dit :

    J’ai vu bon nombre d’amis sombrer dans le cannabis et la dépression… certains ont « glissé » vers des drogues plus dures.

    Dans la pléiades des dommages causés par l’usage du cannabis, il ne faut pas oublier de citer la consommation de tabac (beaucoup plus régulière, celle-là) qu’il entraine presque à tous les coups, et qui s’installe durablement.

    En tous cas c’est bien que de telles études voient le jour. Dommage qu’elle ne fournisse pas de conclusions plus catégoriques…
    L’approche qui consiste à étudier des membres d’une même fratrie est très intéressante (et très parlante) !

  3. Doktowess dit :

    Bonjour,

    Durant mon résidanat de médecine générale j’ai accompli deux stages en psychiatrie, dont un dans un hôpital de jour l’an dernier.
    Le rôle étiologique du cannabis dans le déclenchement d’une schizophrénie faisait débat parmi les psychiatres.

    J’ai constaté que la cosommation de cannabis était très répandue parmi les jeunes schizophrènes que je suivais, bien plus à mon avis que dans la population générale de la même tranche d’âge.
    Effectivement le cannabis aggrave souvent leur état et déclenche des décompensations. Certains patients m’avouaient souvent des recrudescences hallucinatoires après avoir fumé un joint.

    Néanmoins je ne crois pas trop à l’hypothèse d’un lien étiologique, j’ai connu énormément de fumeurs parfois réguliers et je n’ai vu des fumeurs schizophrènes qu’à l’hôpital. Bien-sûr mes observations personnelles n’ont rien de rigoureux sur le plan épidémiologique.

    Une chose est sûre, et je crois que le problème est là: les patients schizophrènes s’ennuient, leur vie se résume souvent à l’isolement, aux difficultés de communication, et le cannabis semble souvent représenter pour eux un échappatoire.
    L’hôpital de jour où j’étais l’an dernier accueillait une file active de 50 patients, en grande majorité de jeunes adultes schizophrènes. Au moins 40 fumaient du cannabis au moins une fois par semaine, il était impossible d’agir sur cette consommation et nous en étions réduits à augmenter les doses des neuroleptiques pour compenser les effets, et à les interner quand ils décompensaient.
    Ces patients très isolés se socialisaient entre eux, ne fréquentaient pratiquement que d’autres patients, et fumaient entre eux.
    La situation s’améliorerait peut-être si les capacités d’accueil des foyers spécialisés augmentaient afin de permettre un suivi plus rapproché et de rompre l’isolement.

    De même, chez un adolescent qui s’isole, présente un émoussement affectif et des troubles du comportement étranges, le refuge dans le cannabis est un très bon signe d’alerte. Mais aucune étude ne prouve pour le moment qu’il s’agisse d’un facteur déclanchant: d’ailleurs cette étude identifie un lien entre fumette et schizophrénie mais n’identifie pas de séquence temporelle permettant d’établir le sens exact de la relation causale.

    Je n’aime personnellement pas trop le cannabis et je suis lucide sur ses inconvénients (toxicité somatique de la fumée, danger de la conduite automobile), mais en ce qui concerne la schizophrénie mon impression clinique est qu’il serait prioritaire d’agir en prévention secondaire (limiter la consommation par les personnes déjà schizophrènes) qu’en prévention primaire (supposer que le cannabis puisse rendre schizophrène).

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