CROI 2010 VIH/SIDA :La PrEP ou comment un gel peut, à l’avance, refroidir les ardeurs du VIH

Mieux vaut prévenir que de ne pas guérir. Tel pourrait être le dicton des chercheurs qui essaient de développer une prophylaxie contre le virus VIH. Un traitement qui serait administré avant d’être exposé au virus.

 
On appelle cela la PrEP, prophylaxie pré- exposition en français . Ce concept connaît un regain d’intérêt depuis quelques années. Pourtant,
l’idée d’une barrière de protection locale contre le VIH est déjà ancienne. Elle repose sur le même principe que les gels microbicides et spermicides utilisés depuis longtemps. On a d’ailleurs longtemps cru que ces produits à base de nonoxynol ou de benzalkonium pourraient tuer le VIH comme ils tuaient les germes impliqués dans les infections sexuellement transmissibles et les spermatozoïdes.
 
Mais tous ces produits ont échoué et, désormais, tous les spécialistes ont la conviction que seuls les produits à base d’antirétroviraux (ARV) peuvent être des candidats sérieux.
 
Deux études, très préliminaires, ont été présentées jeudi à San Francisco lors de la 17ème session de la Conférence sur les rétrovirus, la CROI.
 
La première étude a concerné un médicament, le maraviroc qui est un « inhibiteur d’entrée ». Ce médicament est censé bloquer la porte d’entrée principale du virus dans la cellule, appelée récepteur CCR5.
Environ 80 à 90 % des virus VIH utilisent cette porte d’entrée.
 
Douze volontaires masculins en bonne santé et non porteurs du virus VIH ont reçu du maraviroc à la dose de 300 mg, deux fois par jour et pendant huit jours.
 
La présence et le taux de maraviroc ont été analysés dans le sang, le sperme et les tissus de la muqueuse rectale des volontaires après biopsie.
 
Cette étude a montré que le maraviroc était présent en quantité importante dans la muqueuse rectale, beaucoup plus que dans le sang et encore plus que dans le sperme.
 
Il semble donc que le maraviroc pourrait jouer un rôle pour freiner ou prévenir la propagation du virus VIH dans le tube digestif.
Mais il est encore trop tôt pour dire si ce produit peut protéger de rapports anaux.
 
Une autre étude, toujours avec la même drogue a concerné cette fois des macaques femelles. Les chercheurs ont, à partir de comprimés du commerce, fabriqué un gel. Ce gel a été appliqué sur les parois du vagin des singes quelques heures avant la mise en contact de ces muqueuses avec un virus semblable au VIH. Une bonne protection a pu être obtenue seulement lorsque l’utilisation du gel n’excédait pas quatre heures avant la mise en contact avec le virus.
 Ce problème pourrait être résolu avec la mise au point de dispositifs comme les anneaux vaginaux qui, une fois insérés, diffusent pendant un ou deux mois la substance dont on les a induit.
 
On imagine que ce type de protection pourrait être très efficace dans les pays pauvres où la prostitution est souvent un moyen de survie pour de nombreuses femmes. Le refus ou l’impossibilité pour le partenaire d’utiliser un préservatif fait que ces femmes paient un lourd tribut à la maladie et qu’elles transmettent le virus à leurs enfants.
 
Un tel gel serait peu coûteux puisque les chercheurs ont réussi avec un comprimé à produire du gel pour 25 macaques. Cela met la dose de gel à environ 0,40 euro.
 
D’autres antiviraux tel le tenofovir et l’emtricitabine, seuls ou en association font également l’objet d’évaluation, à la fois pour mesurer la protection vaginale et rectale. Mais les essais montrent que la protection ne fonctionne dans ce cas qu’en associant des doses pré et post- exposition, ce qui est un peu moins simple.
 
D’où, là encore l’intérêt de disposer d’anneaux vaginaux capables de libérer ces produits en continu.
 
Le faible coût de ces gels et anneaux pourrait paradoxalement être un obstacle au développement de ces méthodes.
 
Le fabricant de maraviroc n’a pas voulu, par exemple, fournir de produit à l’équipe qui a travaillé sur le gel pour les macaques femelles.
 
Il faudra donc beaucoup de pression et de vigilance pour être sûr que les recherches sur ces méthodes tant utiles dans certains pays ne soient pas sacrifiées au nom d’intérêts un peu moins nobles.
 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
Ce contenu a été publié dans Non classé, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

8 réponses à CROI 2010 VIH/SIDA :La PrEP ou comment un gel peut, à l’avance, refroidir les ardeurs du VIH

  1. Marcel dit :

    Cette histoire est intéressante
    On trouve aussi sur internet des annonces du Dr Chermann depuis 20 ans avec différentes sociétés Hemagen, Urrma Biopharma, Ivagen annonçant la sortie d’un test ou un vaccin. Cette dernière a partcipé aux études citées d’un kit, avec ces conclusions édifiantes pour le concept R7V.
    C’est bien vrai qu’on ne trouve rien sur R7V, une revue récente Braemnes et all. (trouvée sur internet) le précise.
    C’est d’autant plus inquiétant qu’on trouve dans les blogs des témoignages de gens qui disent avoir l’anticorps R7V, être protégés et ne plus se traiter.
    Le corps médical ne devrait pas être dupe, mais que faire pour établir la vérité

  2. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A MARCEL :

    Merci de cette information . Je dois vous avouer que cela dépasse largement mes compétences et que j’aurais bien du mal à vous donner une opinion, mais je vais, comme toujours, solliciter mes petits camarades et, en premier lieu, le Pr Francis Barin, co-découvreur du HIV2.

    Plus généralement, je m’étonne que depuis plusieurs années, lors de cette manifestation scientifique qu’est la CROI, le pahre des réunions scientifiques consacrées au VIH, on n’entende jamais parler des travaux de l’équipe du Pr Chermann. pas de communications dans les sessions « orales » pas plus que dans les « posters ».

    C’est sans doute bien pour le mythe du savant maudit, mais c’est inquiétant quant à savoir ce qui se passe eaxctement en matière de recherche sur le concept qu’il défend.

  3. Marcel dit :

    A propos de l’hypothèse du Dr Chermann:
    Une étude du MACS (Cohorte USA) sur 300 cas présentée au 14th
    international workshop on hiv observational databases cette semaine par Margolick et all. (1) montre que l’Ac protecteur R7V du Dr Chermann annoncé comme tel depuis des années par celui-ci marque les progresseurs, et pas du tout les non-progresseurs.
    Cette étude fait suite à celle d’Abidjan sur 500 cas qui aboutit aux mêmes conclusions,présentée à ICASA 2008 (2).

    Le Dr Chermann qui n’a jamais montré de preuves à ce jour, continue à annoncer
    sur vos ondes que R7V est la solution pour le vaccin qu’il a déjà mis en
    bouteille…
    Qu’en pensez vous?

    (1) The Relationship between Antibody to R7V and Progression of HIV-1 Infection
    Joseph B. Margolick1, J. M. Da Costa Castro2, A. Sanchez2, F. Gemrot2, J. P. Phair3, B. D. Jamieson4, C. R. Rinaldo5, L. P. Jacobson1
    1 Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health, Baltimore, MD 21205 2 Ivagen SA, 62 RN 113, 30620 Bernis, France 3 Northwestern University and Howard Brown Health Center, Chicago, IL 60611 4 University of California, Los Angeles, CA 90095 5 University of Pittsburgh Graduate School of Public Health, Pittsburgh, PA 15261

    (2) Absence d?interet pronostique de l?anticorps anti R7V chez des sujets infectés
    par le VIH a Abidjan,Côte d?Ivoire

    M. Kabran1, K.A. Inwoley1, D. Gabillard2-3, C. Seyler2-3, X. Anglaret2-3

    1Centre de Diagnostic et de Recherches sur le SIDA et les infections
    opportunistes (CeDReS), CHU de Treichville 2Programme PAC-CI, Abidjan, Côte d
    ivoire 3INSERM U.593, Université Victor Segalen Bordeaux 2, Bordeaux, France

     

  4. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A HUGO :

    Cette recherche vise, comme je vous l’ai dit, les femmes exposées à un haut risque dans des pays pauvres principalement. mais lors des présentations des essais à la CROI, il y  eu également un essai de phase 1 que je rapporte sur des volontaires sains masculins séronégatifs pour le VIH.

    Et les représentants des organes gays ont demandé, lors de la conférence depresse, si les études sur la muqueuse vaginale allaient etre faites aussi sur la muqueuse rectale.

    Le problème c’est que, visiblement, il y a de grosses différences dans la répartition du produit selon les sexes et que lapriorité reste les études sur la muqueuse vaginale.

  5. Hugo dit :

    J’ai lu aussi sur d’autres sites que l’on parle de prévention pour les gays justement. A savoir faire prendre des médicaments quand on est séronégatif. bref….

  6. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A HUGO :

    La prévention pré-exposition est destinée particulièrement aux femmes des pays du tiers-monde qui n’ont aucun moyen de prévention et qui vivent dans des pays à heut risuqe.

    Je ne vois pas ce qui pose problème dans cette démarche.

  7. hugo dit :

    Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans le monde du SIDA. J’ai lu beaucoup de choses sur une certaine dissidence du SIDA. Mais attention, une dissidence faite de scientifiques, chercheurs ec etc. Avez vous entendu la dernière interview de Monsieur Montagnier? Le SIDA serait elle la seule maladie qui ne réunit pas tous les spécialistes sur la même longueur d’ondes? perso, tout ça fait peur. Merci pour votre blog. 😉

  8. hugo dit :

    Mais ou va t on? A savoir, d?abord, que toute la communauté des spécialistes (scientifiques, chercheurs et professeurs) ne sont pas tous d?accord sur beaucoup de questions relatifs au VIH et aussi au SIDA. Proposer aux gens de prendre des médicaments avant d?être séropo est une folie. J?ajoute que par exemple, en France, on fustigeait à l?époque les découvertes du Professeur Hirschel (Suisse) qui disait clairement que lorsque l?on avait une charge indétectable on n?était plus contaminant (sous certaines conditions de temps et d?observance). Alors que le Canada et une partie des spécialistes américains, par exemple, donnaient raison au professeur Hirschel. Et maintenant, on entend des ?spécialistes? français (pas tous) qui finalement reprennent l?argument de Hirschel pour donner un sens à une consommation préventive de médocs qui empêcherait les contaminations.
    On est tombé sur la tête. Saura t on capable d?arrêter la spirale infernale des labos? J?aimerai beaucoup voir des luttes concernant les traitements.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.