CROI 2010 VIH/SIDA : L’Afrique reste le parent très pauvre de la prise en charge de l’infection.

C’est une désagréable sensation que celle du « déjà-vu » ou du « déjà-entendu ». Et pourtant ! Une fois encore, la conférence sur le sida montre à quel point les pays pauvres et le continent africain sont mal traités.
 
C’est presque paradoxal. Alors que plus de quatre millions d’Africains bénéficient désormais de traitements antiviraux contre le virus VIH, la situation n’a presque jamais été aussi difficile.
 
Le problème, en effet, c’est qu’il n’y a pas un, mais des traitements de l’infection. Ces traitements évoluent en fonction de la réponse de l’organisme et de l’apparition des résistances.
 
Mais passer d’un traitement de première ligne à un traitement de deuxième ligne est tout sauf simple dans ces pays défavorisés. D’abord parce que les molécules plus sophistiquées coûtent très cher et que, la crise aidant, jamais les programmes internationaux n’auront été aussi peu financés. Il y a, heureusement des donateurs comme Melinda et Bill Gates qui consacrent plusieurs milliards de dollars de leur fortune pour financer des programmes, mais les états occidentaux ne font pas obligatoirement montre d’une grande générosité, malgré un affichage en communication.
 
Il y a surtout le problème crucial de savoir à quel moment il faut pouvoir changer de traitement.
Sous nos climats, les choses sont simples, puisqu’on dispose de tests sophistiqués et coûteux, mais totalement pris en charge.
 
En Afrique ce n’est pas le cas. La plupart des pays ne disposent que d’une seule méthode, le dosage d’un certain type de globules blancs, les CD4.
 
Cette méthode est très bon marché et simple à réaliser. Le seul problème c’est qu’elle est une importante source d’erreurs par excès ou par défaut.
 
Elle identifie mal les patients en échec thérapeutique par exemple. Ces patients reçoivent un traitement qui ne supprime pas la présence du virus dans le sang. Or, le compte des CD4 peut mettre un certain temps à indiquer cet échec. Pendant cette période, l’insuffisance de traitement va permettre au virus de se multiplier à l’envi et, surtout, il va muter et acquérir des résistances.
 
Ces virus résistants seront transmis lors de rapports sexuels à des femmes et des hommes qui seront d’emblée confrontés à des souches difficiles à traiter.
On estime à environ 6 % le taux de transmission de formes résistantes d’emblée.
 
Mais le test peut aussi se tromper dans l’autre sens et indiquer qu’il faut changer pour un traitement plus coûteux alors que le premier traitement est parfaitement efficace. Ce sera autant d’argent mal employé et qui générera des manques pour d’autres patients.
 
Il existe pourtant un moyen bien plus efficace de faire la part des choses, un test appelé la mesure de la charge virale. Ce test est régulièrement pratiqué dans les pays riches. En France, il est pris en charge à 100 % depuis 1997.
 
En Afrique, c’est loin d’être le cas et les patients doivent bien souvent payer de leur poche. Or ce test coûte environ 20 dollars, soit 15 euros environ. Cela peut représenter dix jours de salaire dans certains pays !
 
La bataille se concentre donc aujourd’hui non plus sur les laboratoires, mais sur les fabricants de tests et de réactifs qui ne font pas d’efforts pour baisser les prix ou développer des instruments suffisamment simples et fiables pour être utilisés dans des contextes de santé rurale en Afrique.
 
La question pour les professionnels de santé de ces pays et pour les équipes internationales qui les aident est de faire passer le message : traiter plus et mieux.
 
Au passage, les médecins africains présents à San Francisco ont rappelé qu’un médicament très toxique, le d4T, était encore largement utilisé en Afrique alors que ce produit n’a plus aucune raison d’y être employé.
 
Le développement ne peut exister que si la population est en bonne santé. Or le sida frappe la classe d’âge la plus productive.
 
Aider ces pays ce n’est donc pas leur faire la charité, mais investir dans leur croissance et, partant, la nôtre.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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