CROI 2010 VIH/SIDA : Guérir du sida n’est peut-être plus une utopie.

C’est parti. La conférence sur le sida s’ouvre sur des perspectives plutôt optimistes par rapport aux années précédentes. Avec un leitmotiv : « nous avons beaucoup appris de nos échecs ». Et, pour la première fois prononcée officiellement, l’idée de pouvoir un jour guérir du sida.
 
En attendant les premiers résultats des nouveaux médicaments, demain matin ici et vers 18 heures à Paris, les organisateurs de la CROI ont fait un point sur ce que va être cette réunion.
 
Il s’en dégage trois axes principaux, le dernier étant sans doute le plus étonnant et le plus surprenant : les chercheurs pensent que guérir du sida n’est plus une utopie. Nous allons y revenir
 
 
AGIR PLUS TOT ET PLUS FORT
 
 Le premier axe  c’est la voie qui s’ouvre à la simplification des traitements. L’image des trithérapies avec le patient contraint d’absorber une vingtaine de pilules au cours de la journée est en train de s’effacer peu à peu.
Depuis quelques temps, il existe des combinaisons de trois molécules données sous la forme d’un comprimé. Une nouvelle combinaison de quatre produits sera présentée demain.
 
L’originalité de ces combinaisons c’est que ce sont autant d’obstacles mis sur la route qui conduit le virus de sen entrée dans la cellule à sa sortie, avec, désormais, la présence de médicaments anti-intégrase dans le cocktail (voir l’article « désintégrer l’intégrase »).
 
Le but est d’obtenir des combinaisons pour tous les stades du traitement, traitement initial et des rechutes. En évitant d’avoir dans ces combinaisons des médicaments aux mécanismes identiques afin de palier la survenue de résistances croisées.
 
Deuxième axe : traiter encore plus tôt pour réduire le risque de transmission et de mortalité. Cela s’applique dans nos contrées mais aussi et surtout dans les pays les moins favorisés. Or, dans ces pays, on est encore loin des objectifs pourtant prudents que s’étaient fixés donateurs et organisations internationales.
Pourtant, en traitant précocement, c’est-à-dire à partir d’un taux de CD4 inférieur à 350/mm3, on pourrait, selon un modèle mathématique élaboré par Bain Williams, réduire la transmission et la mortalité liées au VIH/Sida de dix à 25 fois.
 
Mais cela suppose d’avoir les médicaments et aussi les tests de laboratoire pour suivre l’efficacité des traitements. Or, la mesure de la charge virale par exemple, reste encore trop coûteuse pour nombre de pays pauvres alors que cet examen pourrait être fait pour 15 euros environ, soit sept à dix fois moins que ce qu’il coûte aujourd’hui.
 
 
 
UNE UTOPIE REALISTE
 
 
Arrivons-en donc à cette annonce surprenante : l’idée de guérir du sida.
Cette idée iconoclaste jusqu’il y a peu fait pourtant son chemin. Les spécialistes restent cependant très mesurés et dessinent un horizon à 25 ans. Mais ils pensent pouvoir finir par trouver le moyen de débusquer et de chasser le virus des « réservoirs » où il s’abrite et où il est à l’abri des médicaments actuellement utilisés.Il faudra donc inventer d’autres moyens et substances pour chasser définitivement l’intrus.
 
Comme le déclare John Mellors, qui préside la conférence, ce sont les échecs successifs des essais pour éradiquer le virus qui ont fourni le plus d’enseignement. On sait ce qu’il ne faut pas faire et on peut ainsi éviter d’investir des fortunes dans des recherches vouées à l’échec.
 
Il y a aussi des anecdotes incroyables qui peuvent donner des pistes. Ainsi un patient séropositif pour le virus VIH et qui avait un cancer a été traité par une greffe de moelle osseuse. Depuis, le virus a totalement disparu de l’organisme du patient, puisqu’il ne reçoit plus aucun traitement et que sa charge virale indique que le virus est indétectable.
Pour autant, on ne va pas faire des greffes de moelle osseuse à tous les porteurs du virus ! On ne sait d’ailleurs pas si ce résultat est lié aux cellules dont on a débarrassé son organisme avant la greffe ou aux cellules nouvelles apportées par la greffe.
 
Mais il s’est passé quelque chose que les chercheurs vont s’acharner à comprendre.
 
Sur le front des vaccins, rien ne bouge, en revanche, vraiment. L’essai fait en Thaïlande et qui combinait deux produits, l’un de chez Genvax, l’autre de chez Sanofi, est en cours d’analyse. Contrairement à ce qui avait été claironné haut et fort, cet essai n’a rien prouvé vraiment et la seule chose qu’on peut dire c’est qu’il est urgent d’attendre que soient analysés les centaines de milliers d’échantillons sanguins pour voir pourquoi certaines personnes ont pu être protégées. Ce qu’on sait c’est que ce n’est pas par le mécanisme habituel d’anticorps neutralisants.
 
Optimisme donc à l’ouverture de la conférence, mais optimisme prudent et rappel des règles élémentaires de prévention par les spécialistes.
Kevin De Cock, du CDC d’Atlanta rappelait aujourd’hui fort judicieusement que  
les mesures de prévention les mieux évaluées et les plus efficaces ne touchent que le quart des populations auxquelles elles sont destinées. Entre obstacles religieux, politiques conflits ethniques et manque de volonté, il y a encore du chemin à faire !
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
Ce contenu a été publié dans Non classé, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

1 réponse à CROI 2010 VIH/SIDA : Guérir du sida n’est peut-être plus une utopie.

  1. cagoule latex dit :

    il s’agit d’un virus qui mute en permanence, et c’est en partie la raison pour laquelle on ne trouve pas de vaccin, et que la recherche de traitement coûte aussi cher! Donc si c’est un peu comme pour la grippe ou pour les antibiotiques (c’est pas automatique…), en quoi des campagnes massives d’administration du traitement marcheraient mieux? on développerait la résistance, on obtiendrait des versions nouvelles intraitables… Sans côté que cette maladie nécessite une approche très particulière parce qu’elle touche au sexe (intimité, identité, fantasmes, instincts..).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.