Leucémies : un composé du persil apporte un brin d’espoir.

Vous aimez le céleri et le persil. Vous avez raison, car vous faites le plein en apigénine. Et en laboratoire, cette substance semble une arme redoutable contre les cellules leucémiques.
 
 
Les chimistes l’appellent 4’-5-7-trihydroxyflavone, nous l’appelleront apigénine. Ce flavonoïde a déjà démontré expérimentalement des effets anti tumoraux dans les cancers de la prostate, du colon, dans le mélanome et, surtout, dans le cancer du sein.
 
Cette substance, naturellement présente dans de nombreux fruits et légumes est le constituant essentiel du persil en matière d’antioxydants.
 
Les mécanismes anticancéreux de cette substance sont divers. Elle agit sur les caspases, enzymes impliquées dans la mort des cellules. Elle joue aussi sur d’autres voies favorisant l’apoptose cellulaire, le « suicide programmé » des cellules. Elle intervient également dans les phénomènes de réplication de l’ADN.
 
Mais une étude récente menée par des chercheurs brésiliens et néerlandais et publiée dans la revue Cell Death and Disease montre que l’apigénine joue aussi un rôle dans la vie et la mort des cellules leucémiques.
 
Mais cette étude montre également, et nous y reviendrons, qu’il peut y avoir une interférence entre certains composés de notre alimentation et les effets des chimiothérapies utilisées pour combattre les cancers.
 
Les auteurs de l’étude ont regardé les effets de diverses concentrations d’apigénine sur des lignées cellulaires. Une lignée correspondait à des cellules de leucémie myéloïde, l’autre à une leucémie erythroïde.
 
Ils ont constaté des actions différentes en fonction des deux lignées, mais avec, au final, une action de réduction de la concentration des cellules leucémiques.
 
Dans un cas, sur les cellules myéloïdes, l’apigénine bloquait l’évolution du cycle cellulaire au stade dit « G2/M ». C’est le stade qui suit le moment où la cellule a synthétisé tout le matériel nécessaire à sa division en deux nouvelles cellules. On sait que cette faculté de synthèse et cette aptitude à se diviser sont hyper développées dans les lignées tumorales.
Ce signal d’arrêt dans le développement va conduire à une série de réactions chimiques provoquant la mort cellulaire par apoptose.
 
Pour la lignée erythroïde, l’action se déroule dans la phase « G0/G1 » au moment où la cellule est au repos ou quand elle va entamer son premier processus de croissance.
Dans ce cas on ne constate pas un « suicide » cellulaire secondaire à l’arrêt de croissance, mais l’apparition de phénomènes d’autophagie. La cellule va se « digérer » toute seule en libérant des enzymes toxiques contenues dans des vacuoles. L’effet n’est pas obligatoirement irréversible et définitif et dépend de la concentration en apigénine.
 
Mais toute médaille à son revers et les chercheurs ont constaté une interférence non négligeable entre l’apigénine et une substance très utilisée dans les traitements par chimiothérapie, la vincristine. Ce produit, tiré de la pervenche de Madagascar, est ce qu’on appelle un « poison du fuseau ». Ce fuseau est un assemblage de tubules microscopiques que la cellule tend entre ses deux pôles et le long desquels migreront les chromosomes au moment de la division cellulaire.
L’un des effets de l’apigénine étant de bloquer les cellules leucémiques avant le stade où elles élaborent ces fuseaux, cela rend inefficace l’action de la vincristine sur les cellules leucémiques.
 
Ce qui fait dire aux auteurs de l’étude qu’il faudra sans doute savoir utiliser l’apigénine à titre de prévention , mais qu’il semble impossible de l’utiliser conjointement avec la vincristine au titre de traitement dit « adjuvant ».
 
Il faut cependant noter que cet effet délétère n’a pas été retrouvé avec d’autres substances utilisées pour les traitements de la leucémie, notamment l’imatinib.
 
Il s’agit, rappelons le de données obtenues en laboratoire, sur des cultures de cellules et non pas lors d’essais cliniques sur des patients.
Mais on peut imaginer que de tels essais pourront être conduits un jour sur des personnes atteintes d’anomalies hématologiques pré-leucémiques, de façon à mesurer l’intérêt de l’apigénine.
 
En attendant, rien n’interdit de manger cinq fruits et légumes par jour, plutôt de saison car ils sont moins cher,  et de ne pas oublier persil et céleri.
 
Référence de l’étude :
 
RR Ruela-de-Sousa et al.
 
Cytotoxicity of apigenin on leukemia cell lines : implications for prevention and therapy.
Celle Death and Disease (2010) 1,e19; doi :101038/cddid.2009.18
Published online January 28,2010
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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4 réponses à Leucémies : un composé du persil apporte un brin d’espoir.

  1. Colette dit :

    Mince ! c’est celui que j’aime le moins. Dommage.

  2. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A COLETTE :

     

    Branche

  3. Colette dit :

    Bonsoir,
    voilà une information interessante. Juste une précision, lorsque vous parlez de ‘céleri’, vous parlez du céleri-rave ou du céleri en branche, voire les deux ?

  4. donia dit :

    Article très complet un peu trop scientifique pour moi mais intéressant tout de même, j’adore vos émissions !
    Donia

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