Cancer du sein : les USA disent « no » au dépistage de masse avant 50 ans.

Non au  dépistage systématique du cancer du sein entre 40 et 49 ans. C’est ce que vient de recommander l’organisme en charge des politiques de prévention aux Etats-Unis. Et pour une bonne raison : trop de résultats faussement positifs générateurs d’examens inutiles et stressants.
 
Il faut croire que les Américains ne lisent pas Marie-Claire. Ce magazine avait lancé, il y a quelques semaines, une campagne à l’aide de quadragénaires offrant une vision de leur poitrine dénudée. Une action pour forcer la France à abaisser l’âge du dépistage systématique du cancer du sein à 40 ans plutôt que 50 ans actuellement. Et on alla même jusqu’à solliciter l’aide et le renfort de Carla Bruni-Sarkozy dans cette demande.
 
Seuls quatre pays au monde avaient une politique de dépistage débutant à 40 ans. Ils ne devraient bientôt n’être plus que trois, Les Etats-Unis vont, sans doute, abandonner, en effet, cette politique après que l’organisme en charge de la définition et de l’évaluation des politiques de prévention a rendu hier ses recommandations.
 
La US Preventive Services Task Force (USPSTF)  a examine cinq modalités censées réduire le risqué de cancer du sein.
Ces cinq modalités sont : la mammographie, l’examen clinique des seins par un médecin, l’autopalpation, la radiographie numérisée et l’imagerie par résonance magnétique ou IRM.
 
Alors que les Etats-Unis avaient jusque là admis un dépistage débutant à 40 ans et à un rythme annuel, l’organisme vient de réviser ses positions prises en 2002.
 
Il préconise, à l’instar de ce qui se fait chez nous, un dépistage systématique entre 50 et 74 ans et selon un rythme biennal et non plus annuel.
 
Mais ce qui frappe le plus outre-Atlantique c’est la recommandation de l’USPSTF de ne pas pratiquer de dépistage entre 40 et 49 ans.
 
Après avoir revu moult données et analysé les avantages et les inconvénients de ce dépistage systématique, l’organisme américain conclut que cette politique de dépistage précoce conduit entraine un nombre élevé d’examens faussement positifs générant des tests supplémentaires inutiles. Des tests qui génèrent une anxiété voire une angoisse, surtout lorsqu’il faut attendre le résultat d’une biopsie qui aura été pratiquée inutilement.
 
Plus encore, les auteurs soulignent le risque de « surdiagnostic », terme qui signifie qu’on va traiter des cancers qui n’auraient sans doute jamais fait parler d’eux ou des cancers peu évolutifs sans retentissement sur l’espérance de vie de la patiente.
 
Autant d’arguments que nombre de spécialistes du dépistage ont avancé de par le monde depuis des années mais qui a échappé à la rédactrice en chef de Marie-Claire et à ses amies « people », ainsi qu’à divers médias, France 2 y compris, qui ont donné à la campagne de ce mensuel un écho totalement injustifié.
 
Comme je l’ai dit précédemment et pour qu’on ne se méprenne pas sur les termes, il n’est pas inutile de dépister le cancer du sein chez des femmes avant 560 ans, mais de façon individuelle et non pas dans un programme de masse comme celui destiné aux femmes de 50 à 74 ans.
Celles qui sont porteuses d’une mutation génétique, BRCA1 ou BRCA2, qui ont une histoire familiale de cancer du sein ou une mastopathie qui a été classée comme bénigne mais avec des caractères considérés comme atypiques, doivent bénéficier d’une surveillance rapprochée,
 
Cette surveillance sera non seulement faite par la radiographie numérisée de préférence, mais aussi par l’échographie, indispensable sur des seins denses comme le sont ceux des femmes avant la ménopause. Et parfois le recours à l’IRM peut s’avérer nécessaire.
 
Il n’est pas impossible que l’évolution des techniques d’imagerie fasse que, bientôt, on dispose d’éléments fiables et rentables permettant de proposer des modifications des politiques de dépistage.
Mais pour l’instant, les campagnes telles que celle de Marie-Claire ont pour effet de paniquer certaines femmes qui vont aller dépenser des sommes élevées dans des cabinets de radiologie sans réelle raison médicale.
 
Un exemple de plus d’inégalités en matière de santé car ce genre de dépistage « sauvage » est l’apanage de celles qui peuvent se l’offrir, les plus démunies vivant avec une angoisse et une crainte qui leur ont été suggérées par des « people » dont les compétences médicales et scientifiques sont bien connues.
 
Des « people » qui auraient d’ailleurs parfois du signaler combien il est difficile de lire une mammographie quand les tissus ont été remplacés par des poches de silicone.
 
Référence des recommendations:
 
U.S. Preventive Services Task Force
 Screening for Breast Cancer: U.S. Preventive Services Task ForceRecommendation Statement
Ann Intern Med. 2009;151:716-726.
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A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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8 réponses à Cancer du sein : les USA disent « no » au dépistage de masse avant 50 ans.

  1. Michelle dit :

    Je pense que le dépistage systématique du cancer du sein en France profite surtout aux médecins , radiologues etc parce-qu’il est totalement prit en charge par la Sécurité Sociale , les femmes de + de 50 ans sont devenues une marchandise à mon point de vue .

  2. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A NATMOULIN :

     

    Merci !

    Mon problème c’est que j’ai des gros doigts et que je tape deux touches en même temps.

    C’est rectifié !

  3. Natmoulin dit :

    "il n?est pas inutile de dépister le cancer du sein chez des femmes avant 560 ans"
    Nous voici rassurés, il nous reste, encore, quelques centaines d’années à être tranquille !
    LOL

  4. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A CECILE :

    Je ne peux donner d’avis personnel sur ce blog.

    Que suggère le pneumologue ? Il doit savoir ce qui est le mieux pour vous.

  5. cécile dit :

    Docteur,
    Il y a 6 jours, suite à une forte fièvre (+de 40) et différents symptomes, le diagnostic de SOS médecins à été c’est la grippe A.
    Paracétamol + ibuprofène. Comme je suis insuffisante respiratoire sévère le lendemain j’ai consulté mon généraliste qui à confirmé la grippe A et m’a prescrit du tamiflu. Aujourd’hui, visite trimestrielle chez mom pneumologue à l’hopital, egalement confirmation grippe A toujours d’après les symptomes décrits et ajout d’un antibiotique car sifflements importants poumons. Je n’ai bien sur pas eu de test donc pas certaine à 100% que ce soit la grippe A.
    Dois je me faire vacciner ou suis je immunisée, pour mon généraliste pas la peine de me faire vacciner, pour mon pneumologue même s’il est persuadé que c’est la grippe A, par prudence il me dit de me faire vacciner.
    Que dois je faire, dommage de se vacciner si je suis immunisée, et de l’autre coté sans test comment savoir si c’est vraiment la grippe h1n1. Merci de m’éclairer et comment faire pour faire un test pour plus de certitude

     

  6. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A CHRISTELLE :

     

    Oui, mais les modalités sont à voir avec les médecins qui vous suivent selon que vous êtes ou non encore en traitement chimiothérapique.

    dans ce cas, les recommandations sont d’utiliser le vaccin avec adjuvant en deux injections espacées de 3 semaines. Les doses doivent être administrées deux semaines au plus tard avant une cure ou au minimum 7 jours après la fin de la cure.

  7. christelle dit :

    j ai un cancer du sein est ce que je peux me faire vacciner contre la grippe h1n1 ?????? SVP MERCI
     

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