Thérapie génique : une belle avancée dans une vilaine maladie, l’ALD.

C’est une avancée en matière de thérapie génique qui devrait faire date. Pour la première fois, deux enfants ont vu une maladie génétique effroyable stoppée grâce à un « changement de gene ». Une thérapie qui pourrait avoir d’autres débouchés, notamment dans la maladie d’Alzheimer.
 
On l’appelle l’ALD, un mot plus simple que son nom entier : adrenoleucodystrophie.
La forme génétique, dite liée à l’X, est transmise par la mère et s’exprime chez les garçons.
 
Dans cette affection, les atteintes sont multiples, mais touchent essentiellement les glandes surrénales et le système nerveux central.
 
Par la défaillance d’un gene appelé ABCD1, des acides gras dits à très longues chaînes ne peuvent être dégradées dans le cerveau par des cellules spécialisées. Il s’en suit une destruction de la gaine de myéline qui entoure les nerfs et, à terme, la destruction du tissu nerveux lui-même.
 
La maladie débute tôt dans l’enfance et on voit des garçons de 6 ou 7 ans avoir des difficultés d’audition, de vision puis des atteintes sensitives et motrices avec des troubles qui s’aggravent.
 
L’évolution est fatale en quelques années.
 
La seule façon de freiner l’évolution de la maladie est de trouver un donneur compatible et de faire une greffe de moelle osseuse à l’enfant.
Les cellules ainsi transfusées vont palier peu ou prou les carences des cellules porteuses du gene inefficace.
 
Mais les donneurs sont rares, les traitements lourds, le risque de rejet non négligeable.
 
Comment donc sortir de ce cul-de-sac ?
Par la thérapie génique, mais le hic c’était de trouver le bon « véhicule » pour aller déposer le gene réparateur sur l »ADN des noyaux des cellules.
 
On sait que les meilleurs vecteurs sont les rétrovirus, famille à laquelle appartient le VIH, virus à l’origine du sida.
 
Mais cette famille de virus est particulièrement délicate à manier. Elle délivre parfaitement bien sa charge sur l’ADN.
 
Mais elle peut la délivrer dans des zones où cette intrusion peut générer de graves désordres.
On l’a vu, ainsi, avec le traitement des premiers « enfants-bulle » réalisé à l’hôpital Necker, à paris, par l’équipe du professeur Alain Fischer. Trois des dix-neuf enfants ont développé une leucémie secondairement à la thérapie génique, le virus ayant eu la funeste idée de s’insérer près d’une zone où le message génétique a entraîné une prolifération de cellules anormales.
 
Mais les travaux de Nathalie Cartier et de Patrick Aubourg publiés ce soir dans la revue Science, ont utilisé un lentivirus apparemment beaucoup plus maniable et, surtout, beaucoup plus traçable grâce à une collaboration de scientifiques allemands.
 
Deux petits Espagnols ont été ainsi traités il y a trois ans et un troisième il y a seize mois.
 
Ce sont les deux premiers qui sont inclus dans la publication scientifique.
 
Les chercheurs ont, par une simple prise de sang, récupéré des cellules souches sanguines chez ces enfants, leurs propres cellules donc, éliminant ainsi le risque de rejet.
 
Dans ces cellules, environ 200 millions par enfant, on a introduit le gene ABCD1 fonctionnel.
 
Pour cela on a mis le gene dans le lentivirus, cette sorte de virus VIH rendu inoffensif.
Puis, par simple transfusion, les cellules ont été replacées chez les enfants. Ces cellules sont allées se replacer dans la moelle osseuse.
Là, elles ont repris leur fonction, c’est-à-dire se diviser en cellules spécialisées, notamment des globules blancs.
 
Près d’un tiers d’entre elles a gardé ainsi le gene nef et fonctionnel et l’a transmis aux cellules filles.
 
Ces cellules nettoyeuses se promènent partout dans l’organisme et notamment dans le cerveau. Elles ont donc pu pallier une partie du déficit.
 
Si bien qu’à près 14 mois, les médecins ont constaté que les lésions du cerveau vues à l’IRM ne progressaient plus du tout, Un résultat identique à ce qu’on observe avec les greffes de moelle.
 
Mais la technique de thérapie génique est plus simple à employer, hormis la nécessité d’une chimiothérapie préalable pour vider la moelle osseuse de ses cellules. Mais cette mise en aplasie pourrait disparaitre des prochains protocoles.
 
Pas besoin de donneur, pas de risque de rejet et un virus qu’on semble bien contrôler pour l’instant.
De quoi se réjouir, même si le traitement bloque la progression de la maladie sans réparer les dégâts antérieurs.
 
Ce qui rend ce travail encore plus passionnant c’est que d’autres affections du système nerveux central sont causées par des mécanismes proches. Il y a la sclérose latérale amyotrophique, la SLA ou maladie de Charcot.
 
Il y a aussi la maladie d’Alzheimer où des protéines s’entassent et provoquent des morts neuronales.
 
On imagine donc combien, même s’ils sont préliminaires, ces résultats vont intéresser toutes les équipes impliquées dans la thérapie génique.
 
Pour terminer, il ne faut surtout pas oublier que cette recherche a été fiancée en grande partie par la générosité du public à travers l’association ELA, dont le parrain est Zinedine Zidane. Une autre partie du financement s’est faite par les dons du Téléthon et donc grâce à l’AFM.
 
C’est donc une victoire partagée par des dizaines de milliers d’équipiers et c’est très bien comme cela.
 
Référence de l’étude:
 
Nathalie Cartier et al.
 
Hematopoietic Stem Cell Gene Therapy with a Lentiviral Vector in X-Linked Adrenoleukodystrophy
Science 2009, 326 :818-823 doi :10.1126/science.1171242
 
Référence de l’éditorial :
 
Luigi Naldini
A Comeback for Gene Therapy
Science. 2009, 326 : 805
 
 
 
 

thérapie génique de l’adrenoleucodystrophie – Ma-Tvideo France2
Une équipe française a réussi à se servir d’une forme de virus du sida, rendu inoffensif, pour déposer un gene réparateur dans des cellules d’enfants malades.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à Thérapie génique : une belle avancée dans une vilaine maladie, l’ALD.

  1. YO dit :

    Je suis surpris de ne voir aucun commentaire sur cette avancée. Dans la recherche à priori (je ne suis qu’un malade lamda) si minime soit elle cette avancée devrait servir un jour à de multiples personnes.
    Sommes nous à ce point, nombrilistes pour oublier la détresse chez certains ?

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