VIH/SIDA : un essai à deux vaccins mais pas encore la bonne combinaison.

Les bonnes nouvelles sont rares dans la lutte contre le sida, encore plus dans le domaine des vaccins. C’est pour cela que l’annonce faite aujourd’hui d’un premier résultat positif est à considérer avec intérêt mais également avec beaucoup de prudence.
 
Deux échecs individuels peuvent, parfois, se transformer en ébauche de succès collectif.
L’essai vaccinal RV144, conduit par l’armée américaine en Thaïlande (j’imagine déjà les commentaires !) en est un exemple.
 
Il y a quelques années, le Département américain de la défense subventionnait un essai avec un vaccin fabriqué par la société VaxGen, vaccin qui était composé de fragments de la protéine d’enveloppe dite gp120, du virus VIH.
 
Dans la communauté scientifique, peu de gens croyaient à ce t essai et ils eurent bien raison car ce fut un échec total.
 
Mais, plutôt que de baisser les bras, les autorités américaines prirent, en 2003, la décision de lancer un nouvel essai vaccinal mélangeant primo vaccination et rappels, une technique dite de « prime-boost ».
 
Et pour accompagner le vaccin gp120 appelé AIDSVAX, ils ont choisi le candidat-vaccin du Français Sanofi-Pasteur, filiale de Sanofi-Aventis.
 
Ce vaccin, ALVAC, utilise le canarypox, un virus de la variole aviaire, dans lequel on insère trois gènes issus du virus VIH, un gene appelé gag/pro, un gene d’une protéine d’enveloppe gp41 et le gene de la gp120.
 
Dans l’assai thaïlandais, les vaccins ont été administrés à 16402 volontaires séronégatifs pour le VIH, femmes et hommes âgés de 18 à 30 ans.
 
Ils ont reçu l’ALVAC une première fois, puis un mois plus tard, puis aux troisième et sixième mois. Aux mois 3 et 6, ils ont reçu également une injection d’AIDSVAX.
 
Après 3 ans et demi de suivi, on a constaté que le groupe vacciné comptait 51 contaminations et le groupe placébo 74. La réduction du risque était donc de 31,2 %.
 
Pour les férus de statistiques, la valeur de p est de 0,039 avec les intervalles de confiance à 95 % allant de 1,01 à 50,2.
 
Pas de quoi hurler de joie, même si le r&résultat est, pour la première fois dans un essai vaccinal, positif.
 
Le professeur Jean-François Delfraissy, directeur général de l’Agence nationale de recherches sur le sida, ANRS, a dit, cet après-midi que ce résultat était « une lueur mais il faut être prudent, très prudent. En termes de santé publique, il n’y a pas de vaccin contre le sida après cette étude ».
 
Ce qui est important c’est qu’il y a eu plus de six cent mille prélèvements sanguins faits au cours de ces 42 mois et que des milliers d’analyses vont pouvoir être faites désormais afin de voir qui a réagi ou s’est au contraire infecté. Chercher pourquoi deux personnes vaccinées n’ont pas été protégées de la même façon par exemple.
Mais ces données scientifiques ne sont pas forcées d’aboutir rapidement.
De plus cet essai a eu lieu en Thaïlande, pays où, désormais, la prévalence du virus VIH n’est pas très élevée, comparée par exemple à ce qui se passe en Afrique.
Et il existe une grande stabilité dans les formes de virus rencontrés, qui sont des virus appartenant aux groupes B et E.
 
Rien ne dit, qu’un tel essai, conduit en Afrique, aurait donné un résultat favorable, peut-être même aurait-ce été tout le contraire.
 
Il y a donc encore des années d’efforts et de recherches qui attendent les chercheurs et l’industrie pharmaceutique.
 
Une industrie qui s’était plus ou moins retirée de ce champ de recherches tant les échecs ont été nombreux mais qui maintenant aura sans doute envie de rejoindre des groupes comme Sanofi- pasteur pour collaborer à des essais combinés de ce genre.
 
Une recherche qui implique public et privé, ONG, partenaires institutionnels et dont le nerf de la guerre reste l’argent.
 
Or, quand on voit le budget de l’ANRS dévolu à la recherche vaccinale par exemple, un peu moins de 6 millions d’euros, on se dit que ce n’est pas encore demain que la France pourra jouer un rôle majeur dans la mise au point d’un tel vaccin prophylactique.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à VIH/SIDA : un essai à deux vaccins mais pas encore la bonne combinaison.

  1. framboise4 dit :

    Je trouve que cette nouvelle de très grande avancée dans la lutte contre ce terrible virus du SIDA. Surtout lorsque l’on entend à la TV tous ces gens qui en meurent. C’est dramatique cette maladie.

    C’est pour ça, que ce vaccin qui arrive à protéger les populations du virus.

    C’est vraiment une super avancée scientifique. Et un immense espoir pour les malades, même si la prudence est de mise.

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