Cancer du sein : des tumeurs sensibles à un médicament contre l’hypertension artérielle.

Un médicament couramment utilisé dans le traitement de l’hypertension artérielle pourrait aider à combattre certaines formes de cancer du sein. Etonnant.

 
Les instruments dont disposent, depuis quelques années, les biologistes moléculaires permettent de faire des trouvailles impressionnantes.
 
On peut ainsi, jour après jour, dresser de véritables « cartographies » des tumeurs cancéreuses. Pour cela, ils disposent de « puces », des plaques minuscules, un peu de la taille d’une carte SIM pour téléphone portable, dans laquelle sont creusées des centaines d’orifices, appelés puits.
 
Ces puits permettent de mettre en évidence l’activité normale, exagérée ou déficiente d’une panoplie de gènes propres à chaque tumeur, donc à chaque patient.
 
En examinant ainsi des centaines de prélèvements, on arrive à obtenir une « signature génique », c’est-à-dire un ensemble de gènes communs à certaines formes d’un même cancer. Ainsi, pour certains cancers du sein, on a une signature faire de 70 gènes qui permet de prévoir l’évolution de la maladie.
 
C’est en dressant ainsi une carte que des chercheurs américains ont fait une constatation peu banale, qu’ils publient dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS)
 
Ils voulaient voir quels étaient, sur les échantillons de cancer du sein en leur possession, quels étaient les gènes qui fonctionnaient de façon excessive dans des proportions de dix à cent fois la normale.
 
Ils ont, bien évidemment, mis en évidence des anomalies connues, comme la surexpression du récepteur HER2, trouvé dans 20 à 25 % des cancers du sein, anomalie pour laquelle des molécules comme le trastuzumab ou le lapatinib ont prouvé leur efficacité.
 
Mais chez des femmes dont les tumeurs avaient des récepteurs aux œstrogènes positifs, mais qui n’exprimaient pas HER2, ils ont découvert une petite proportion d’une anomalie de surexpression du gène AGTR1.
 
Derrière cet acronyme se cache un gène qui, dans ces cellules, fabrique une protéine impliquée dans la régulation de la pression artérielle, la « tension ».
AGTR1 c’est le nom du récepteur à l’angiotensine 1. L’angiotensine est, avec la rénine, une substance élaborée dans notre organisme et qui joue un rôle essentiel dans les phénomènes de contrôle de la pression artérielle.
 
Le dérèglement de ce système complexe conduit à la survenue d’hypertension artérielle et nombre de médicaments sont déjà commercialisés qui interfèrent à divers points du système rénine-angiotensine.
 
Le losartan (Cozaar®) est l’une de ces molécules. Les chercheurs ont donc construit des modèles expérimentaux de cancers du sein développés à partir de ces cellules surexprimant le récepteur AGTR1, modèles in vitro et modèles animaux sur des souris.
 
Et ils ont constaté que le losartan entrainait une diminution de 30 % de la taille des tumeurs ainsi constituées. Pas de disparition, certes, mais une certaine diminution considérée comme une réponse partielle au traitement.
 
Il faut maintenant aller plus loin et vérifier que cette surexpression AGTR1 est retrouvée dans la même proportion par d’autres équipes.
 
Voir éventuellement ensuite si l’adjonction de losartan au traitement classique de ces cancers hormonodépendants change quelque chose.
 
Et, peut-être, envisager des recherches sur la molécule elle-même afin de la rendre plus performante.
 
En tous cas cette piste semble intéresser déjà plusieurs équipes de recherche en cancérologie, ce qui est en soi une bonne nouvelle.
 
Référence de l’étude :
 
Daniel R. Rhodes et al.
AGTR1 overexpression defines a subset of breast cancer and confers sensitivity to losartan, an AGTR1 antagonist
PNAS published online before print June 1, 2009, doi:10.1073/pnas.0900351106
 
 
 
 
 
PS : JEAN DAUSSET
 
Le tumulte de cette fin de semaine , entre la visite du président des Etats-Unis et le vote aux elections européennes, aura couvert la disparition d’un grand médecin français.
Jean Dausset s’est éteint à Majorque, à l’age de 92 ans.C’est gràce à ses travaux que les greffes d’organes ont pu progresser car il a montré l’importance de la compatibilité tissulaire.
Le prix Nobel de Médecine 1980 lui a été décerné pour ses recherches sur les groupes HLA. Il a, en effet, montré que nos globules blancs portaient, à leur suface, des protéines qui sont autant de cartes d’identité.
Pour qu’un greffon puisse être accepté par le receveur, il faut une compatibilité entre six de ces caractéristiques, six éléments du ûzzle semblables.
Dausset et Jean Hamburger ont été de grands artisans de la recherche sur les greffes.
 
C’était une époque où la recherche médicale et scientifique française occupait le premier plan mondial et les chercheurs français joussaient du respect et de la considération de tout un chacun, citoyens comme hommes politiques.
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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