Cancer/ASCO 09 : Un point très positif dans le cancer du sein « triple négatif ».

Certains cancers du sein sont particulièrement agressifs et résistants aux traitements. Mais cela pourrait changer grâce à une nouvelle famille de molécules qui amplifient les effets de la chimiothérapie et poussent les cellules malades au suicide.
 
Dans le mur que bâtissaient certains cancers contre la chimiothérapie une faille vient de s’ouvrir. Il suffisait pour cela de faire tomber le PARP-1.
 
PARP-1 est une enzyme présente au cœur de nos cellules et qui joue un rôle essentiel de vigie. Elle est là pour détecter les cassures qui peuvent affecter les brins d’ADN, support de notre patrimoine génétique. Et lorsqu’il y a cassure, PARP-1 lance les mécanismes de réparation.
 
Dans la cellule normale, c’est très bien. Mais dans la cellule cancéreuse c’est beaucoup moins intéressant car ces cellules ont une tendance à se diviser à n’en plus finir et à devenir immortelles alors qu’elles devraient plutôt se détruire.
 
Le rôle de certains produits utilisés en chimiothérapies, comme les anthracyclines ou les sels de platine c’est justement de casser les brins d’ADN pour pousser les cellules à se suicider selon un mécanisme appelé apoptose.
 
Mais certaines cellules résistantes à la chimiothérapie vont malgré tout survivre. D’où l’idée de les combattre en immobilisant les systèmes de réparation et, notamment en inhibant l’action de PARP-1.
 
L’un de ces inhibiteurs, le BSI-201 a fait l’objet d’une étude présentée aujourd’hui à la conférence de l’ASCO.
 
Ce produit a été utilisé en association avec une chimiothérapie comprenant du carboplatine et de la gemcitabine chez des femmes porteuses d’un cancer du sein dit « triple négatif ».
Ces cancers, qui représentent 15 % des tumeurs mammaires se caractérisent par l’absence de récepteurs hormonaux aux œstrogènes et à la progestérone et par l’absence également de récepteur HER2. Ces trois récepteurs, lorsqu’ils sont présents, sont de bons indicateurs de réponse aux traitements hormonaux et au trastuzumab pour HER2.
Mais quand ces trois marqueurs sont absents, le cancer du sein « triple négatif » est d’une agressivité particulièrement élevée avec une espérance de vie réduite et un taux de récidive de 30 %.
 
Le rôle du BSI-201 était donc d’amplifier les dégâts provoqués à l’ADN par le carboplatine. Et il semble que le pari a été tenu.
Cent vingt femmes, porteuses d’un cancer triple négatif métastatique, ont été réparties en deux groupes, l’un recevant la chimiothérapie standard, l’autre la chimiothérapie et le BSI-201.
 
Dans le groupe recevant la nouvelle molécule, les tumeurs ont diminué de volume chez 48 % des patientes contre 16 % seulement chez les autres.
La maladie a été mieux contenue chez ces femmes puisqu’elle n’a pas évolué e porteuses d’n moyenne pendant près de 7 mois alors qu’elle progressait chez les autres au bout d’un peu plus de trois mois.
Enfin, dans le groupe traité par la chimiothérapie, après 15 mois il n’y a plus de survivante, alors qu’elles sont environ encore 30 % dans le groupe BSI-201.
 
Un deuxième médicament agissant avec les mêmes modalités, l’Olaparib, a été testé seul, cette fois chez des femmes atteintes d’un cancer avancé d’un type très particulier là encore.
Il s’agit de tumeurs dans lesquels un gène appelé BRCA est déficient. Il existe deux types de mutations, BRCA1 et BRCA2. Les femmes porteuses de ces mutations- elles représentent 5 % environ des cancers du sein- ont une probabilité très élevée de développer un cancer du sein avant trente cinq ans et de récidiver dans l’autre sein.
L’étude préliminaire menée avec ce nouveau composé a montré que les femmes ainsi traitées voyaient leur maladie progresser plus lentement que celles traitées classiquement, un gain de 41 % en temps.
 
Ces deux études sont préliminaires, concernent des échantillons de patientes assez faibles mais montrent des résultats extrêmement encourageants dans des pathologies particulièrement graves.
 
 
 
 NOTE  D’ACTUALIT
 
Sanofi-Aventis a annoncé le 17 jullet que l’étude de phase  du BSI-201 allait débuter. Cette phase est la plus importante puisque de ses résultats dépendra la demande de commercialisation du médicament.
 
420 femmes atteintes de cancer métastatique triple négatif seront ainsi recrutées dans l’étude.
La moitié recevra un traitement par Gemcitabine et Carboplatine, l’autre moitié recevra le même traitement auquel sera ajouté le BSI-201.
Les objectifs principaux sont de mesurer la survie sans progression de la maladie et la survie globale.
 
Apparemment ce sont 75 centres nord-américains qui seront concernés et aucun centre européen.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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4 réponses à Cancer/ASCO 09 : Un point très positif dans le cancer du sein « triple négatif ».

  1. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A ANONYME :

    Bien que refusant les commentaires anonymes, je publie le votre en raison de son caractère particulier.

    Un essai débute actuellement en France avec le médicament. demandez à l’oncologue qui vous suit de vous orienter si vous entrez dans le cadre de l’essai. Les caarctéristiques sont sur le site de l’INCa je pense.

  2. Anonyme dit :

    je souhaiterais être recrutée pour l’étude et bénéficier du traitement BSI-201 associé à la carboplatine et gemcitabine.
    Atteinte d’un cancer triple négatif métastatique, 3 récidives ; comment faire ? Dans combien de temps pourrai-je avoir droit à ce traitement, sachant que le temps presse….
    Le précédent commentaire est daté du 4 aout 2009 ; nous sommes le 18 mai 2010 . Dois-je comprendre que cela fait presqu’un an que les tests ont eu lieu et que la commercialisation en Europe est imminente ?
    Merci pour votre réponse

  3. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A ANONYME :

     

    Le laboratoire découvreur de la molécule est américain, il est donc logique que l’essai se fasse là-bas. Mais les essais sont généralement internationaux quand il faut inclure des milliers de patientes.

    En Europe c’est l’Espagne qui est actuellement le pays leader des essais en cancérologie. Chez nous, il est assez difficile de recruter des patients.

    L’essai de phase 3 sera sûrement supérieur à un an, ce qui sera bon signe puisque cela voudra dire que les patientes ont une évolution très lente.

    En général, la demande d’homologation se fait très rapidement, une fois l’essai terminé.

  4. Anonyme dit :

    Comme souvent, on voit que les découvertes se font aux états-unis et que les éssais cliniques sont réalisés aux états-unis.

    Question : quand l’étude de phase 3 soit-elle se terminé ? et quel délai ensuite avant une demande de commercialisation ?

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