Urgences : une fermeture en série…télévisée.

Vendredi 3 avril, vers quatre heures du matin heure de Paris, ce sera fini. Les Urgences fermeront définitivement. Après quinze saisons, la série télévisée située à Chicago s’arrête.NBC diffusera le dernier épisode de la saison 15.
Une série qui aura participé à l’information des patients et des malades qui s’ignorent.
 
 
 
Le Cook county hospital est sans doute l’un des hôpitaux les plus célèbres au monde puisque, depuis quinze ans, il sert de cadre à la série « Urgences » dont le nom original est « ER » pour « emergency room » c’est-à-dire la salle des urgences !
 
La série est tournée à Hollywood, mais l’hôpital, le vrai, est à Chicago. C’est quasiment le seul hôpital public de la ville et il accueille toutes celles et ceux qui ont une couverture sociale équivalente à notre CMU ou à l’assurance-maladie des retraités. Il accueille aussi les patients que les onze hôpitaux privés de la ville rejettent, car insolvables.
 
Une des forces de la série aura été de bien faire sentir cette situation, de montrer ce que peut être une santé à deux, voire trois vitesses. Le pays qui consacre la plus grosse part au monde de sa richesse nationale à la santé laisse quarante millions de personnes sans protection.
 
Cette pédagogie aura été la grande caractéristique d’Urgences. Elle a incité des millions de téléspectateurs à faire certains tests de dépistage, des examens médicaux qu’ils n’auraient peut-être pas fait autrement. Le test de dépistage du VIH en premier lieu, mais pas seulement.
 
La série a aussi permis à des personnes de découvrir des pathologies ou des facteurs de risque favorisant certaines maladies.
 
Tous les épisodes dans lesquels étaient impliquées des femmes enceintes, par exemple, généraient dès le lendemain des appels chez les gynécologues-obstétriciens. Et c’est important qu’une femme enceinte soit sensibilisée, par exemple, aux risques liés à une élévation de la tension artérielle au cours de la grossesse. Le médecin peut bien sûr en parler, le dire et le répéter.
 
Mais un épisode bien écrit dans lequel, à cause d’un mauvais suivi d’une femme enceinte et d’une hypertension artérielle, apparaît une complication grave appelée pré-éclampsie, est mieux qu’un long discours. Dans cet épisode de la deuxième saison, le Dr Greene sauvait l’enfant mais pas la mère.
 
Les producteurs racontent que les standards téléphoniques des services de maternité ont été pris d’assaut dès le lendemain de la diffusion par des femmes qui voulaient en savoir plus.
 
« Urgences » aura ainsi sensibilisé les téléspectateurs à nombre de sujets de santé, de santé publique, d’économie de la santé. Mais elle aura également parlé du drame du Darfour ou de la situation en République démocratique du Congo, l’ex Zaïre, avec un épisode situé dans la ville de Kisangani, l’ancienne Stanleyville.
 
Dans un pays où on pense que l’Europe est un pays et où 51 villes s’appellent Paris, c’était une vraie gageure de sensibiliser l’auditoire aux drames du continent africain, des populations déplacées et ballotées par la guerre et la misère. Il faut donc, là encore, saluer les producteurs de cette série.
 
Des producteurs qui auront aussi su montrer le handicap et la différence. Même sil m’en coûte en tant que fan du Dr House, je dois bien avouer que l’actrice qui incarnait le Dr Kerry Weaver avait une béquille bien avant le médecin déjanté de l’hôpital du New-Jersey.
 
Actrice parfaitement valide, Laura Innes a devance Hugh Laurie dans la marche avec une béquille, suite à une dysplasie de la hanche, apprendra t’on dans le feuilleton.
 
Mais il y a eu aussi l’évocation de la surdité avec l’enfant du Dr Benton et le dilemme entre la possibilité d’appareiller ou de ne rien faire.
 
Enfin, il ne faut pas oublier les personnages de Carter, le jeune médecin issu d’une famille riche mais qui s’intéresse aux pauvres et que des millions de femmes ont sans doute rêvé de consoler de façon maternelle s’entend.
 
D’autres millions de mères ont du également rêver, en amenant leur enfant chez le pédiatre, de se retrouver nez à nez avec le sosie du Dr Ross, l’inoubliable George Clooney.
Manque de chance, en France, la majorité des pédiatres sont des femmes !
 
En France, les séries médicales n’ont jamais eu le brio des séries américaines. Les plus anciens se rappellent peut-être « Médecins de nuit » écrite par un certain Bernard Kouchner, et qui narrait les tribulations des précurseurs de SOS médecins. Les encore plus anciens se souviennent sans doute de la jeune infirmière sur son Solex, cheveux aux vents, car le casque n’était pas obligatoire à l’époque.
 
Chaque soir, Janique Aimée, le producteur devait aimer les contrepèteries, allait vers la clinique où opérait le beau chirurgien dont elle était, bien sûr, amoureuse.
 
Mais c’était plus « soft » que Grey’s anatomy où les chirurgiens arrivent à opérer entre deux rapports sexuels !
 
La force des séries américaines, et d’Urgences donc, c’est que ce sont des dizaines de scénaristes qui travaillent en même temps. Et ces scénaristes sont en liaison avec les grandes écoles de santé publique américaines, Harvard, Johns Hopkins etc., pour identifier les messages à faire passer dans les épisodes.
 
Chez nous, on s’y met doucement. On apprend ainsi que la ministre de la santé a demandé aux scénaristes de « Plus belle la vie » d’introduire ainsi des scènes et des dialogues permettant de sensibiliser les spectateurs à des questions de santé publique.
 
C’est important car la télévision est un moyen d’éducation important, même si cela ne paraît pas évident à tout le monde.
 
Il y a plus de téléviseurs dans les ménages français que de baignoires. C’est ennuyeux pour l’hygiène corporelle et mentale de nos concitoyens, mais ce peut être aussi une chance si on sait bien utiliser cette situation !
 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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