Cancer et dépassement d’honoraires : le double effet pas cool.

Quand tombe l’annonce du cancer, il est facile de concevoir dans quel état d’abattement peut se trouver celle ou celui qui la reçoit.
Mais quand on apprend, de plus, que l’intervention sera assortie d’un dépassement d’honoraires, on peut imaginer que la patiente ressente les effets de la double peine. 
 
 
C’est à l’occasion d’un reportage que la jeune femme que j’interviewais m’a raconté son histoire. Elle a eu une récidive d’un cancer du sein. La première fois, on a juste enlevé la tumeur. Mais la deuxième fois, plus question de lésiner, cette fois c’était la mastectomie, l’ablation totale.
 
Elle a alors commencé un périple médical pour trouver le chirurgien qui pourrait l’opérer et ensuite reconstruire son sein.
 
Je parle de périple car, à quatre reprises, elle a rencontré un praticien qui lui demandait un dépassement d’honoraires. Pas pour l’acte de reconstruction, mais bien pour l’ablation du sein, pour traiter son cancer donc.
 
Et la fourchette allait de 400 à 950 euros, des sommes qui ne sont quasiment pas prises en charge par les mutuelles et, bien entendu, absolument pas par l’Assurance-maladie.
 
Le hasard a voulu que l’une de mes amies se trouve confrontée récemment à la même situation, le dépassement se montant à 500 euros  pour le chirurgien et 200 euros pour l’anesthésiste.
 
Il n’y a strictement rien d’illégal à ces pratiques, puisque les praticiens exercent en secteur 2, à honoraires libres.
 
Rien d’illégal, certes, mais cela pose quand même un problème.
Souvent, aujourd’hui, c’est au décours d’un examen mammographique de dépistage qu’on constate l’existence d’une masse tumorale. La femme va alors voir son médecin de famille ou le ou la gynécologue qui la suit.
 
Ce médecin a ses correspondants, les praticiens avec lesquels il a l’habitude de travailler. La patiente sera donc le plus souvient dirigée vers eux.
 
Et elle sera souvent mise devant le fait accompli parce qu’elle n’aura pas envie ou pas la force de refuser le dépassement, fatiguée et abattue par le diagnostic et surtout soucieuse de se débarrasser de la cochonnerie qui envahit son sein.
 
Ce qui est assez gênant, c’est que le cancer fait partie des affections de longue durée prises en charges à 100 % par l’Assurance-maladie. Il dispense donc, théoriquement, la patiente de l’avance de frais dans tous les domaines en rapport avec l’affection traitée.
Opérer son cancer entre dans cette catégorie, sauf que ce n’est, très souvent, pas le cas .
 
C’est une maladie dont le nom fait peur même si les extraordinaires progrès thérapeutiques font que dans un nombre de cas non négligeables, on peut parler de guérisons totales.
 
Le sein n’est pas n’importe quel organe et la mastectomie est vécue comme une mutilation.
 
Imposer aux femmes une sanction financière en plus de l’épreuve morale est assez difficile à comprendre.
 
Je pense que certains me rétorqueront que les actes chirurgicaux ne sont pas rétribués à leur juste valeur, que les assurances professionnelles atteignent aujourd’hui des montants à l’ »américaine ».
 
Tout cela est vrai, mais la souffrance d’une femme qui va perdre son sein ne peut pas se traduire en euros et mérite peut-être qu’on fasse, comme le précise le code de déontologie médicale, preuve de tact et de mesure.
 
De tact, surtout !

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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4 réponses à Cancer et dépassement d’honoraires : le double effet pas cool.

  1. mouette rieuse dit :

    il est vrai que maladie rime avec sanction financière : les dépassements d’honoraires, les franchises médicales, les refus de prise en charge des assurances, mais le pire: se retrouver au bout de trois mois sans salaire, avec uniquement les indemnités de la CPAM. Il est évident que les problèmes financiers ne peuvent pas arranger l’état des malades, au moment crucial ou il faudrait canaliser toute son énergie pour combattre la maladie et non se soucier d’un budget en berne. A quand l’obligation pour toutes les entreprises de proposer une prévoyance aux salariés ?

  2. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A LEMAZT13 :

     

    Le serment parle surtout de donner les soins gratuits à l’indigent.

    Le code de déontologie parle de « tact et de mesure » dans la fixation des honoraires.

  3. lemazet13 dit :

    N’est-ce pas trahir le serment d’Hippocrate que de demander de pareilles sommes auxx patients?

  4. grillon dit :

    et il n’y a pas que pour la reconstruction que les dépassements sont observés. J’ai un cancer, je sais de quoi je parle, nous payons aussi les franchises médicales et vu le nombre de médocs que l’on a… plus les analyses médicale etc. Le 100% est un leurre.

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