Un traitement contre le cancer du sein jugé trop coûteux est refusé en Angleterre.

 
Les patientes britanniques atteintes d’un cancer du sein métastatique avancé ne pourront pas, en l’état actuel, bénéficier d’un traitement par une nouvelle molécule, le lapatinib.
C’est justement le mot « bénéficier » qui justifie la décision des agences sanitaires d’outre-Manche.
 
Ce sera probablement un « no ». Le NICE, l’Institut national britannique pour la santé et l’excellence clinique, recommande au NHS, l’équivalent de notre Assurance maladie, de ne pas prendre en charge les dépenses liées à l’utilisation du lapatinib, un anticancéreux, chez les femmes ayant un cancer du sein métastatique à un stade très avancé en association avec une autre molécule, la capecitabine ou Xeloda®
 
Le lapatinib, distribué sous le nom de Tyverb®, appartient à ce qu’on appelle en cancérologie les thérapies ciblées. C’est une molécule de la famille des inhibiteurs de tyrosine kinase, des médicaments qui ciblent certains mécanismes propres de la cellule cancéreuse sans, théoriquement, toucher aux cellules saines.
 
Parmi les indications du lapatinib, il y a une forme particulière de cancer du sein. Dans ce cancer, les cellules tumorales expriment de façon très importante à leur surface un récepteur appelé HER2.
 
Dans cette forme de cancer, un médicament, le trastuzumab (Herceptin®) a permis des progrès spectaculaires. Mais il est des cas où ce produit épuise ses effets et où la maladie progresse.
 
Dans l’arsenal thérapeutique, les spécialistes peuvent utiliser une combinaison faisant appel à la capecitabine et au lapatinib.
 
Mais cette dernière molécule a un coût très élevé, plusieurs dizaines de milliers d’euros par an. Les autorités britanniques exigent donc désormais, face à des thérapeutiques onéreuses, que soient intégrées des mesures médico-économiques, avec des études coût-efficacité et le recours aux QALYs, les quality adjusted life years ou années de vie ajustées sur la qualité.
 
Cet indice intègre autant la qualité que la quantité de vie. Une situation « idéale » de santé parfaite équivaut à un QALY de 1 et la mort à un QALY de 0.
Une situation de handicap, comme un  alitement prolongé, pourrait aboutir à un QALY de 0,7 par exemple.
 
Le NICE a repris les diverses données fournies par les essais cliniques de référence et en a conclu que le traitement combiné par Tyverb plus Xeloda prolongeait la survie globale médiane de 1,9 à 2 ,3 mois par rapport au traitement par Xeloda seul.
 
Le calcul de QALY indiquait par ailleurs que le coût était d’environ  93825 livres sterling, soit 107000 euros pour la combinaison contre 70 000 livres environ, soit 80 000 euros pour la capecitabine seule.
 
Pour rendre cela un peu moins abscons , si possible, cela signifie que l’année de vie ajustée sur la qualité reviendrait à 107000 euros dans un cas, à 80 000 euros dans l’autre cas et que le cas le plus cher correspond à un gain en terme de supplément d’année de vie à 0,15, soit une cinquantaine de jours supplémentaires.
 
Or, l’Agence sanitaire anglaise estime, sauf cas exceptionnel que la somme maximale en termes de coût-efficacité ne doit pas dépasser 30 000 livres soit un peu moins de 35000 euros par année de vie ajustée à la qualité..
 
Elle recommande donc de ne pas mettre à disposition gratuitement le Tyverb dans le système national de santé britannique.
 
A ce stade de la lecture, je pense qu’un certain nombre d’entre vous ont déjà fait un bond au plafond, fustigeant le système anglais et bénissant le Ciel d’être nés du bon côté de la Manche.
 
Mais s’arrêter là serait dommage. Car cette décision mérite une certaine réflexion. Face à des moyens qui ne sont pas illimités et pas extensibles, il y a des choix à faire.
Comment allouer les moyens ? Une survie prolongée de 50 jours est elle chiffrable et si oui à combien ? Et si ces 50 jours sont vécus de façon pénible, avec des effets secondaires importants pouvant même porter atteinte à la dignité de la patiente, le jeu en vaut-il la chandelle ?
 
Ou doit-on payer quel que soit l’issue, parce qu’on ne sait jamais ?
 
Ces débats sont déjà en place dans divers pays et posent des questions médicales et éthiques qui dépassent le strict cadre médical et la seule responsabilité des médecins.
 
Et à ceux qui pensent que notre pays n’est pas encore concerné, je propose de lire ou de relire le billet que j’ai consacré il y a quelques semaines à l’erlotinib (Tarceva®) dans le cancer du pancréas.
 
 
 
 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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